ÉvaiKj. selon saint Lite, diap. x.viii, vers
pour aucun homme, néanmoins, parce que cette veuve m'importune, je lui ferai justice, afin qu'elle ne vienne pas toujours me rompre la tête. » Penset-on que, par là, Jésus-Christ voulut comparer Dieu au juge inique, et donner l'importunité de la prière comme un titre à la grâce divine? 11 citait simplement un fait qui probablement faisait de son temps quelque bruit, pour faire vivement sentir l'utilité de la persévérance. Jésus-Christ ne se sert jamais, pour atteindre son but, de moyens détournés ou impurs ; mais il puise, dans les faits communs de la vie humaine, des exemples et des raisons pour faire comprendre et accepter les préceptes divins. Toutes ces paraboles ont ce sens et ce dessein.
Après les préceptes relatifs aux rapports des hommes avec Dieu viennent les préceptes qui ont trait aux rapports des hommes entre eux. La foi et l'espérance s'adressent à Dieu ; la charité a les hommes pour objet.
On a beaucoup dit que la charité est le grand précepte de Jésus-Christ, la vertu chrétienne par excellence. Je ne sais si l'on a assez vu et dil d'où viennent à la charité chrétienne son caractère et sa grandeur.
Dans les diverses religions païennes, grossières ou savantes, ce sont les forces de la nature ou les hommes qui deviennent Dieu. Et même dans celles de ces religions où les dieux à leur tour se font hommes, c'est l'homme surtout qui paraît et vit dans cette incarnation du dieu. Dans le christianisme, au contraire, ce n'est pas un Dieu d'origine naturelle ou humaine qui se fait homme, mais le Dieu qui existe par lui-même, avant comme au-dessus de tous les êtres, le Dieu unique et éternel. Seule entre toutes les croyances religieuses , la foi hébraïque montre Dieu essentiellement et éternellement distinct de la nature et de l'homme qu'il a créés et qu'il gouverne. Seule, la foi chrétienne montre le Dieu unique et éternel,
le Dieu d'Abraham et de Moïse se faisant homme, et la nature divine s'unissant a la nature humaine dans la personne de Jésus- Christ. Et dans cette union , c'est la nature divine qui éclate , parle et agit. Et celte incarnation est unique, comme le Dieu qui l'accomplit.
Et pourquoi Dieu se fait-il homme? Quel est le but de cette incarnation unique et mystérieuse? Dieu veut sauver les hommes du mal et du péril qui pèsent sur eus depuis la faute de leur premier auteur. Il veut racheter le genre humain du péché d'Adam, devenu celui de tous les enfants d'Adam, et les ramener dans les voies de la vie éternelle. C'est là le dessein hautement proclamé de l'incarnation divine dans Jésus-Christ, et le prix de toutes les douleurs par lesquelles Jésus-Christ doit passer pour l'accomplir.
Il n'est pas besoin de longues paroles. Qui ne voit combien ce fait sublime relève la dignité de l'homme et met en lumière sa valeur? Par cela
seul que Dieu s'est fait homme, la nature humaine est glorifiée, et tout homme a, pour ainsi dire, sa part dans l'honneur que Dieu a fait à l'humanité en s'unissant à elle et en acceptant, pour un moment, les conditions de sa vie. Mais il y a ici, pour les hommes, bien plus qu'un honneur, bien plus qu'une glorification; il y a la manifestation éclatante du prix qu'ils ont tous aux yeux de Dieu. Car ce n'est pas pour quelques-uns d'entre eus, ce n'est pas pour telle ou telle classe, telle ou telle nation, telle ou telle portion de l'humanité, c'est pour l'humanité tout entière que Dieu s'est incarné dans Jésus-Christ, el que Jésus- Christ a subi toutes les douleurs humaines. Toute âme humaine est l'objet de ce divin sacrifice et appelée à en recueillir le fruit.
La est la source, et aussi le privilège de la charité chrétienne. C'est le dogme qui fait la puissance du précepte. Jésus- Christ crucifié, c'est la charité de Dieu envers les hommes. Comment les
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hommes ne se devraient-ils pas entre eux ce que Dieu a fait pour eux, et à quel homme la charité ne serait-elle pas due? Otez la divinité et le sacrifice de Jésus-Christ ; le prix de l'âme humaine s'abaisse, s'il est permis de parler ainsi; ce n'est plus de son salut, ni de l'exemple de son sauveur qu'il s'agît; la charité n'est plus que la bonté humaine, beau et utile sentiment, mais limité dans sa force d'impulsion comme dans son efficacité, car il vient de l'homme seul, et il ne peut que soulager incomplètement des misères inégalement distribuées. Ce n'est pas assez pour inspirer les longs efforts et les grands sacrifices ; ce n'est pas assez pour que le désir de la guérison morale, comme du soulagement matériel des hommes, devienne cette sympathie inépuisable et cette passion infatigable qui sont vraiment la charité, et que, dans le cours de l'histoire du monde, la foi chrétienne seule a su inspirer.
Ainsi les préceptes essentiels de Jésus-Christ,
les vertus qu'il commande comme la base et la source de toutes les autres, tiennent intimement à sa doctrine, à cette doctrine « qui n'est pas de lui, dit-il lui-même, mais de Dieu qui l'a envoyé, » c'est-à-dire aux dogmes fondamentaux de la religion chrétienne. Personne ne conteste la perfection, la sublimité de la morale évangélique ; on se complaît même à la célébrer pour en conclure, plus ou moins explicitement, qu'elle suffit aux hommes et qu'elle est l'Évangile tout entier. C'est méconnaître absolument le lien qui unit, dans l'homme, la pensée au sentiment et la croyance à l'action. L'homme est plus grand et plus exigeant que ne le disent ces moralistes superficiels ; pour lui et dans le profond instinct de son âme, la loi de sa vie est dans un rapport nécessaire avec le secret de sa destinée, et le dogme chrétien donne seul à la morale chrétienne l'autorité souveraine dont elle a besoin pour gouverner et régénérer l'humanité.