‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 33 sur 40 · Êvang. selon sinnl Jean, ciifip. iv, vers. li-S · texte numérisé non relu

Êvang. selon sinnl Jean, ciifip. iv, vers. li-S

caractère limité de la. religion d'Israël, s'établit le caractère universel de la religion de Jésus-Christ. Ce n'est plus un peuple, petit ou grand, ancien ou nouveau, c'est le genre humain tout entier qui est appelé au bienfait de la vraie foi et du salut, ci Allez donc et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit *. » — « Allez-vous-en par tout le monde el prêchez l'Évangile à toute créature humaine 2 . » Ce sont les dernières paroles de Jésus-Christ à ses apôtres, et les apôtres exécutent fidèlement les instructions de leur divin maître; ils vont, en effet, prêchant en tout lieu et à toute nation son histoire, sa doctrine, ses préceptes et ses exemples. Saint Paul est l'apôtre spécial des Gentils : « Nous en avons reçu, dit-il, de Jésus-Christ Notre-Seigneur, la grâce et la charge, afin d'amener tous les Gentils à l'obéissance de la foi en son nom. —

). Êvang. selon saint Matthieu, clwp. xwm, vers. 19. 2. Êvang. selon saint Marc, chup. XVI, vers, 15.

i04 HUITIÈME MÉDITATION.

Dieu est-il seulement le Dieu des Juifs? Ne i'est-il pas aussi des Gentils ? Oui, il l'est aussi des Gentils. — Il n'y a point de distinction entre le Juif et le Grec, parce qu'ils ont tous un même Seigneur qui est riche pour tous ceux qui l'invoquent 1 . » V.n dépit des préjugés juifs et des dissentiments qui s'élèvent à ce sujet dans l'Église naissante, saint Pierre adhère à saint Paul ; les Apùtres et les ancien.* réunis à Jérusalem, adhè rent à saint Pierre et a saint Paul. Le Dieiî d'Abraham et de Jacob est maintenant le Dieu universel comme le Dieu unique ; à tous les hommes également il prescrit la même foi, h

Une autre question, plus temporelle, grande pourtant el délicate, s'élève devant Jésus-Christ. Il retire aux Juifs leur privilège exclusif à la con-

■1. Èpitre de «»' ."■■(■.■( aux Romains, diap. i, vers', 5; Chap. m, vers. 28 ; chap. x, vers. 12.

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naissance et à la grâce du vrai Dieu ; que penset-il de ce qui touche à leur existence et à leur grandeur nationale? Leur prescrit-il la rébellion -et la lutle contre le souverain terrestre qui les gouverne? « Les Pharisiens se consultèrent pour le surprendre dans ses discours. Et ils lui envoyèrent de leurs disciples, avec des Hérodiens, qui lui dirent : Maître, nous savons que tu es sincère et que lu enseignes la voie de Dieu selo.^ la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, car tu ne regardes point l'apparence des hommes. Dis-nous donc ce qui te semble de ceci : Est-il permis de payer le tribut à César, ou non ? Mais Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pouiquoi me tentez-vous ? Montrez-moi la monnaie dont on paye le tribut. Et ils lui présentèrent un denier. Et il leur dit : De qui est. cette image et cette inscription? Ils lui dirent : de César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui appartient à César et a Dieu ce qui appartient à Dieu. Et ayant

entendu cette réponse, ils l'admirèrent, cl le laissant, iis s'en allèrent *. »

11 y avait, dans la réponse de Jésus-Christ, bien plus à admirer que ne ie pensaient les Pharisiens ; il faisait bien plus qu'échapper habilement au piège qu'ils lui avaient tendu ; il posait, en principe la distinction de la vie religieuse et de la vie civile, de l'Église et de l'Étal. César n'a nul droit d'intervenir, par ses lois et sa force, dans les rapports de l'âme humaine avec Dieu , et le fidèle adorateur de Dieu est tenu de remplir, envers César, les devoirs que le maintien de l'ordre civil lui impose. L'indépendance de la foi religieuse et l'obéissance à la loi politique, c'est la réponse de Jésus-Christ aux Pharisiens, et la source divine du plus grand progrès qu'aient fait les sociétés humaines depuis qu'elles s'agitent sur cette terre.

4. Évang. selon saint Matthieu, chap. *xn, vers. 15-2S. — Seltm saint Marc, etiap. xn. vers. 12-17. — Selon saint Luc, chap. xx, vers. l l J-2a.

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Je reprends ces deux grands principes, ces deux grands actes de Jésus-Christ, l'abolition de tout privilège dans les rapports des hommes avec Dieu et la distinction de la vie religieuse et de la vie civile; je les place en regard de tous les faits, de tous les états sociaux antérieurs à la venue de Jésus-Christ, et je ne puis découvrir, à ces caractères essentiels de la religion chrétienne, aucune filiation, aucune origine humaine. Partout, avant 1 Jésus-Christ, les religions étaient nationales, locales, établissant entre les peuples, ies classes, les individus, des distances et des inégalités énormes. Partout aussi avant Jésus-Christ, la vie civile et la vie religieuse élaient confondues et s'opprimaient mutuellement ; la religion ou les religions étaient des institutions incorporées dans l'État et que l'État réglait ou réprimait selon son intérêt. Dans l'universalité de la foi religieuse et l'indépendance de la société religieuse, je suis conlraint de voir des nouveautés sublimes, des

éclairs dé la lumière divine. Il a fallu bien des siècles pour que cette lumière fût acceptée du monde, et nul ne sait combien de siècles il lui faudra encore pour pénétrer le inonde entier. Mais quelles que soient, pour les deux grandes vérités rjue je viens de résumer, les difficultés et les imperfections de l'avenir, c'est dans la vie et dans les paroles de Jésus-Clirist que Dieu en a fait luire les premiers rayons.

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