‹ Méditations sur la religion chrétienneChapitre 16 sur 45 · PRÉFACE. XXX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXX

été maire de cette grande cité industrielle^ cette question : « Quelle est, chez vous, la proportion entre les ouvriers laborieux et honnêtes qui vivent bien dans leur ménage, mettent à la caisse d'épargne et demandent des livres à la bibliothèque populaire, et les ouvriers paresseux et désordonnés q^i passent leur temps à la taverne et ne travaillent qu'autant qu'il le faut pour avoir de quoi vivre? » Après un moment de réflexion, il me répondit : c< Les deux tiers. » Je l'en félicitai et j'ajoutai : « Permettez-moi encore une question. Si vous aviez, chez vous, de grands désordres, des attroupements séditieux, des émeutes, qu' arriverait-il? » — Chez nous, monsieur, me dit-il sans hésiter, les honnêtes gens sont plus braves que les mau-

xxxiï PRÉFACE.

vais sujets. » Je le félicitai bien plus encore. J'avais touché, dans mes questions, au fond du mal qui nous travaille. C'est dans le mauvais état moral et les désordres de la vie chez les classes ouvrières que réside surtout la cause de la faveur que rencontrent, parmi elles, les idées fausses qui menacent l'ordre social. La condition de ces classes est dure et pleine de mauvaises chances : quiconque y regardera de près et avec un peu d'équité sympathique, sera . profondément ému de tout ce qu'elles ont de souffrances à supporter, de privations à accepter et d'efforts à faire pour mener une vie à la fois monotone et périlleuse. Les heureux du monde s'alarment et s'irritent quelquefois quand ils entendent décrire,

PRÉf'ACE. XXXIII

dans les chaires chrétiennes, aussi vivement et plus purement que dans les romans philanthropiques, la difficile condition et les misères des classes populaires. Sans doute tout ce qui porte un caractère d'hostilité, une apparence de provocation de classe à classe, doit être scrupuleusement écarté de semblables tableaux ; mais il faut bien que le public mondain se résigne à les voir, et c'est surtout aux peintres chrétiens qu'il appartient de les mettre sous ses yeux. Il n'y a que de fortes impressions morales et des habitudes de vie honnête qui puissent hitter efficacement contre les tentations et les ambitions que suscite incessamment, dans les classes ouvrières, le spectacle du monde qui les entoure, de ce monde maintenant percé à

xxxiT PRÉFACE.

jour, et dont le mouvement, le bruit, les fortunes, les aventures, pénètrent rapidement jusque dans les ateliers de nos villes et les recoins de nos campagnes. Quelles influences défendront de l'irritation ou des séductions de ce spectacle les masses populaires, sinon celle des croyances religieuses, la discipline morale qu'elles maintiennent et les satisfactions morales qu'elles répandent dans les existences les plus rudes et les plus dénuées? Et ce sont précisément les croyances et la discipline religieuses, la foi et la loi chrétiennes, qui sont maintenant attaquées et minées parmi nous, dans les régions obscures encore plus que dans les régions brillantes de la société !

Ces attaques sont générales bien que

Page 1