XXXVIII PRÉFACE
simples et de convictions fortes, exposait un jour ses raisons contre les gardes royales ou impériales et tons les corps privilégiés dans l'armée : « Il y a peu de vrais braves, disait-il; il ne faut pas les mettre tous ensemble ; ce qu on a de mieux à faire^ c'est de les disséminer dans les rangs où chacun d'eux, par sa présence et son exemple, fera huit ou dix braves autour de ' lui. » Je ne suis pas juge de la bonté de cette maxime du maréchal dans Tordre militaire; je ne la crois pas constamment vraie et applicable dans Tordre politique; il y a des jours où, pour faire faire à une nation le progrès dont elle a besoin, pour la tirer de sa perplexité ou de son apathie, ce qu'il y a de plus pressé et de plus efficace, c'^est
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de former dans son sein des groupes d'élite où se réunissent, peu importe en quel nombre, des hommes distingués, animés dti même esprit, décidés dans leur pensée et leur volonté, et qui marchent résolument à leur but, confiants dans l'espoir d'y attirer beaucoup d'hommes qui ne répugneront pas à se joindre à eux, mais qui, d'eux-mêmes, ne se mettraient pas en mouvement dans la même voie. Nous sommes, je crois, dans un des moments qui appellent ce mode d'action sur la société, et qui autorisent à en espérer le succès.
Je ne saurais être accusé de méconnaître et d'atténuer le mal qui nous travaille sur tous les points que je viens d'indiquer, le droit des» gens, l'organisation politique,
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Téconomie sociale, les croyances morales et religieuses. Dans toutes ces voies, un mauvais vent souffle, un mauvais courant entraîne une partie de la société française, et c'est mon constant dessein d^éveiller, sur ce mal, toute la sollicitude du sens moral et du bon sens public. Mais, à côté de ce fait déplorable et plein de péril, un fait contraire et salutaire se produit et se développe : il y a aussi un bon vent qui souffle, un bon courant qui nous pousse ; en même temps que les théories violentes et révolutionnaires se répandent, les principes d'ordre légal et de libertés contrôlées et contenues les unes par les autres sont proclamés et soutenus; les maximes et les sentiments de Tejsprit de paix parlent au moins aussi hajit que les
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souvenirs et les traditions de Tesprit d'aventure et de conquête; la saine économie politique a des défenseurs zélés aussi bien que les prétentions et les rêveries socialistes; le spiritualisme s'aiSrme hautement à côté du matérialisme; le christianisme est en progrès savant et pratique en même temps que l'incrédulité, Vers.Fun et l'autre but, dans l'une et l'autre voie, il y a des groupes convaincus, actifs, influents, qui espèrent et poursuivent le triomphe de leur cause. Comme l'ardent chasseur de la ballade de Bûrger, la France est sollicitée par deux génies contraires, présents et pressants à ses côtés. Depuis Touverture du xix* siècle, notre histoire n'est que l'histoire de cette grande lutte et de ses vicissitudes, la série
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des victoires et des défaites des deux forces ^qui se disputent l'avenir de notre pôys.
Leur action s'exerce sur un peuple prompt aux impressions vives et variées, aux élans généreux, sympathiques et. mobiles, maintenant refroidi et intimidé par ses échecs dans ses' ambitions et par ses mécomptes dans ses espérances, ramené et retenu par l'expérience dans les limites d'un bon sens modeste, plus préoccupé des périls de sa situation que des droits de sa pensée, mais toujours remarquablement intelligent et sagace, ami de la^ liberté, même quand il la craint, et de Tordre quoiqu'il ne le défende qu'à la dernière extrémité, plus touché de la vertu que choqué du vice, honnête dans^ ses instincts et ses jugements moraux malgré
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la faiblesse de ses croyances morales et ses complaisances envers des hommes qu'il n'estime pas, et toujours prêt, malgré ses doutes et ses alarmes, à revenir aux nobles désirs qu'il a l'air de ne plus éprouver.
Il y a là évidemment de quoi donner courage au bon génie de la France. La vie des peuples n'est ni plus facile, ni moins mêlée de bien et de mal, de succès et de revers que celle des individus ; mais, à coup sûr, malgré ses lacunes et ses tristesses, l'état actuel de notre patrie, aussi bien que sa longue histoire, laisse un grand champ ouvert aux efforts et aux espérances des esprits élevés, fermes et honnêtes, qui se préoccupent sérieusement de ses destinées..
Que doivent et peuvent faire, pour attein-
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dre à leur but, les hommes engagés dans ce patriotique dessein, tous ceux qui ont à cœur de seconder le bon courant et de lutter contre le mauvais courant dont la double action se déploie parmi nous? À quelles conditions et par quels moyens pouvons-nous espérer de faire passer au crible du bon sens et du sens moral les idées confuses qui nous travaillent', et d'amener le public à sortir de cet état de doute et d'hésitation dans lequel les âmes languissent et s'énervent?
Les libertés politiques et les croyances religieuses, le mouvement de la vie publique et l'élan de l'âme vers la vie éternelle, le gouvernement libre et la religion chrétienne, ce sont là les deux puissances auxquelles nous devons recourir, les seules qui
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puissent porter remède à ce mal du trouble et du doute dans l'esprit et dans la conduite qui tantôt nous égaré, tantôt nous paralyse.
Je n'ai nul dessein de parler ici des libertés politiques en elles-mêmes et de leur nécessité pour garantir au pays la bonne gestion de ses affaires, intérieures et extérieures, aux individus la sécurité de leurs intérêts moraux et matériels. Le droit de la France à ces libertés et leur opportunité actuelle ont été naguère, sur leur théâtre le plus élevé, au sein du corps législatif, établis dans toute leur force et tout leur jour*. C'est uniquement à raison de son influence sur le mal de notre temps, la com-