Discours de M. Thiers sur les libertés nécessaires et
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plication des questions et rhésitation des esprits, que je touche à la liberté politique; je la regarde comme l'un des deux grands remèdes contre ce grand mal.
Quand toutes les questions sont soûlevées pêle-mêle et tous les esprits perplexes^ le premier des effets salutaires de la liberté est de mettre toutes les opinions , toutes les intentions en présence et aux prises. Au premier moment et pendant quelque temps, cette explosion simultanée de tant de faits complexes et de tant d'idées diverses ou contraires ne fait qu'accroître la confusion des questions et la perplexité des esprits ;
sur la liberté de la presse, dans les séances des 44 janvier 4864, 13 février 4866, 30 janvier, 7, 8, 15, 24 et %% février
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mai$ peu à peu, et bientôt pourvu que la liberté dure, le triage se fait dans les questions, la lumière pénètre dans les esprits -^^ les faits divers et les problèmes qu'ils soulèvent sont mis chacun à leur place et appréciés à leur juste valeur ; acteurs et spectateurs s'accoutument à les voir tous et à s'en faire des idées un peu précises. L'ordre se substitue ainsi par degrés à la confusion ; les opinions se déterminent et se classent; la lutte régulière et cidre prend la place de la fermentation dans le chaos. Je répète que l'essentielle condition de ce salutaire résultat, c'est que la liberté soit générale, réelle et quelle dure; si elle était partielle et passagère, elle ne ferait qu'aggraver le trouble et le doute.
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Un second effet, )3lus important peutêtre encore, de la liberté politique, c'est qu'elle oblige toutes les questions , toutes les idées à passer par l'épreuve de la mise en pratique. Tant- que la liberté intellectuelle existe seule , elle est orgueilleuse et intempérante; anx esprits qui n'ont pas à subir la responsabilité de l'action, tout semble permis et possible ; la pensée humaine s'enivre d'elle-même et se joue étourdiment dans le vague de l'espace et du temps sans limites. Mais quand à là liberté intellectuelle s'est ajoutée la liberté politique , quand au lieu de traiter spéculativement les questions, il faut les résoudre effectivement, quand des acteurs réels sont chargés de transformer en faits leurs idées ou les idées
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des spectateurs qui les regardent, alors la pensée humaine se replie sur elle-même, s'examine , reconnaît qu'elle ne dispose pas à son gré du* monde, et que, même pour se satisfaire, elle a besoin de se contenir dans les limites du bon sens, du droit et du possible. Elle apprend alors à se gouverner et à répondre de ses actes. La responsabilité engendre la sagesse, et la liberté seule engendre la responsabilité.
Nous avons eu de nos jours trois grands exemples du salutaire empire qu'exerce la liberté politique pour porter remède aux embarras des situations et pour résoudre les questions les plus diverses, je pourrais dire les plus contraires. Nous n'avons qu'à
jeter les yeux sur l'histoire contemporaine
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de r Angleterre, des États-Unis d'Amérique et de la France elle-même pour reconnaître ces exemples et leur autorité.
De 1792 à 1815, l'Angleterre a lutté d'^abord contre l'esprit de révolution, puis contre l'esprit que M. Benjamin Constant a appelé Tesprit d'usurpation et de conquête.
Par quelles forces, par quelles armes l'Angleterre a-t-elle soutenu ces deux redoutables luttes? Par les forces , par les armes de la liberté politique. C'est par les élections, la publicité, la discussion continiae au milieu de l'énergique déploiement de tous les partis, c'est en faisant appel à l'opinion et au sentiment du pays , c'est en tendant tous les ressorts du gouvernement parlementaire et libre, que l'Angleterre a pratiqué avec
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succès la politique de i^ésistance au plus puissant mouvement révolutionnaire et militaire qui ait jamais agité FEurope. Cette lutte terminée, après quelques années pendant lesquelles la politique qui y avait présidé s'est prolongée en s' apaisant, l'Angleterre est entrée dans une tout autre voie;* tantôt par les mains du parti libéral, tantôt par celles du parti conservateur, la politique de réforme à remplacé la politique de résistance; et depuis 1828, c'est dans cette voie que marche l'Angleterre ; c'est au profit d'innovations^ tantôt prudentes, tantôt hardies, quelquefois imprévoyantes peutêtre, que se déploient toutes les forces du pays et de son gouvernement. La liberté politique a, tour à tour et avec la même
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efficacité, servi la "cause et assuré le succès, tantôt de la résistance, tantôt du progrès.
Les États-Unis d'Amérique ont été mis à un» double épreuve encore plus rude. Leur gouvernement a eu à lutter contre le soulèvement d'une portion notable de leur peuple , et contre une guerre civile engagée au nom d'un principe d'indépendance populaire. Le pouvoir central de la confédération a soutenu rillégitimité radicale d'une insurrection entreprise pour maintenir l'esclavage d'une partie de la race humaine; il a défendu l'existence nationale de l'État contre les tentatives de dislocation fondées sur un tel motif; et après quatre ans d'une guerre civile dans laquelle les efforts et les sacrifices ont été prodigués des deux parts