‹ Méditations sur la religion chrétienneChapitre 24 sur 45 · AVEC L'ÉTAT ACTUEL DES SOCIÉTÉS ET DES ESPRITS · texte numérisé non relu

AVEC L'ÉTAT ACTUEL DES SOCIÉTÉS ET DES ESPRITS

Que la liberté ' et l'égalité, tantôt ensemble, tantôt l'une sans l'autre, soient, de nos jours, la passion, tantôt intelligente et honnête, tantôt aveugle et déréglée, des esprits et des peuples, c'est le fait évident et souverain de la civilisation moderne. Tantôt ce fait éclate par des révolutions

OU il déploie sa puissance; tantôt il s'obscurcit et s'affaisse dans les réactions que suscitent les excès et les malheurs des révolutions ; tantôt on se vante que le problème est résolu; tantôt on s'en décourage et on le tient pour insoluble* A travers ces accès de vanterie ou de découragement, la passion subsiste toujours, le problème reparaît toujours» On peut s'applaudir ou se désoler de cet état des esprits et des sociétés humaines; on peut l'encenser ou le maudire; on n'y échappera point; il y a là une épreuve que les hommes sont condamnés à subir, une œuvre qu'ils sont tenus d'accomplir.

A côté de ce fait et de ce problème, il y en a • un autre qui n'est ni moins grave, ni moins absolument imposé à notre temps. Parmi les amis de la liberté et de l'égalité, beaucoup regardent le christianisme, et spécialement le catholicisme, comme leur plus grand ennemi. Dans ses boutades de colère étourdie. Voltaire l'a traité comme tel;

LE CHRISTIANISME ET lA LIBERTÉ. 3

des milliers d'hommes, des hommes d'esprit, des foules obscures mais actives, parlent et agissent sous l'empire de cette idée ; tantôt brutale, tantôt hypocrite , la passion antichrétienne est ardente et fort répandue. Est-elle fondée? Le christianisme est-il, en effet, l'obstacle aux progrès de la liberté et de l'égalité? N'est-il pas vrai, au contraire, qu'elles lui doivent déjà beaucoup, et que, pour leur triomphe légitime et durable, elles ont besoin de son aveu et de son appui? Tant que cette question ne sera pas vidée, la grande question du XIX* siècle restera en suspens et l'ordre social en péril.

Dans les Évangiles, je rencontre à chaque pas ces paroles : « Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde s'il perdait son âme, ou que donnerait l'homme en échange de son âme? * — Ne craignez point ceux qui ôtent la vie du

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