‹ Méditations sur la religion chrétienneChapitre 5 sur 45 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

pule me saisit. A quoi pensé-je de jeter obstinément un pareil travail au milieu des événements et des problèmes pratiques et pressants qui agitent le monde civilisé? Que puis-je attendre de cette étude rétrospective et spéculative sur le passé et l'avenir religieux de ma patrie^ quand Tétat présent et le sort prochain des générations qui sont ou qui arrivent sur la scène sont en proie à tant de troubles et de ténèbres? Plus j'observe de près ces générations dont j'ai tant à cœur Thonneur et la destinée, car mes enfants leur appartiennent, plus deux faits me frappent et m'inquiètent : d'une part, le sentiment général de fatigue et d'incertitude qui se manifeste dans la société et dans les âmes; d'autre part, non-seulement la gran-

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deur, mais la complication inusitée des questions qui s'y élèvent. Je crains que, dans sa lassitude et ses fluctuations sceptiques, la France ne se rende pas un compte exact des problèmes et des périls semés sur sa route, de leur nombre, de leur gravité et de leur intime enchaînement. Je crains que, faute de bien connaître et de mesurer courageusement le fardeau, nous ne recueillions pas les forces et nous, ne prenions pas les résolutions nécessaires. pour. le porter.

Presque toutes les grandes époques historiques ont été vouées à une question, sinon exclusive, du moins dominante dans les événements comme dans les esprits, et autour de laquelle venaient se concentrer les dissentiments et les efforts. Pour ne pas remonter au

X PRÉFACE

delà des temps modernes, dans le xvr siècle la question de l'unité ou de la réforme religieuse, dans le xvn*' la question de la monarchie pure, conquérante au dehors, administrative au dedans, dans le xvni* la question de la liberté philosophique et politique, tels ont été successivement en France les divers points culminants des idées, les divers buts spéciaux du mouvement social. Les systèmes étaient opposés, mais clairs; la lutte était ardente, mais limitée; on marchait dans de grandes routes; on n'errait pas dans les infinies complications d'un labyrinthe.

C'est dans un véritable labyrinthe de questions et d'idées, d'essais et d'événements divers, confus, incohérents, contradictoires, qu'est plongé de nos jours le monde civilisé.

PRÉFACE. XI

Je n'ai pas la prétention de saisir le fil de ce labyrinthe ; je ne veux que jeter quelque jour sur ce chaos.

Je porte d'abord mes regards sur la situation et les relations extérieures des sociétés chrétiennes, sur les questions qui touchent à la distribution des territoires et des populations entre des États distincts et indépendants. Autrefois ces questions se réduisaient à une seule, l'agrandissement ou l'afifaiblissèment des divers États, et le maintien ou le trouble de ce balancement des forces qu'on appelait l'équilibre européen. La guerre et la diplomatie, les conquêtes et les traités débattaient et vidaient tette question suprême dont Grotius exposait la théorie et Âncillon l'histoire. Nous ne sommes plus dans une

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