EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, IX
Pendant que Jésus parlait aux disciples de
Jean, un chef de la synagogue s'approcha de hii et Fadora en disant : Seigneur, ma tille vient de mourir, mais venez lui iiij poser les mains et elle vivra. Jésus se leva et le suivit avec ses disciples. Au même iostaut une femme, affligée depuis douze ans d'une perle de sang, s'ap-
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prodia 4e lui par derrière et toucha la frange
de son vêtement. Car elle se disait en ellemême, si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. Mais Jésus, s'élant retourné et la voyant, lui dit : Ma fille, ayez coniiaûce, votre ioi vous a sauvée, et à l lieure néme elle fut guérie. Lorsque Jésus fut arrivé dans la maison du chef de la synagogue et qu'il eut vu les joueurs de flûte et une troupe de gens qui faisaient grand bruit, il leur dit : Retirez-vous, car cette fille n*est point morte, elle n'est qu'endormie, et ils se moquaient de lui. Quand on eut fait sortir tout le monde, Jésua entra, prit la jeune fille par la main et elle se leva. Et le bruit s'en répandit aussitôt dans tout le pays d'alentour.
(Yoy. TÉvangile de saint Marc, V, 22, et celui de saint Luc, VIII, 41 , pour avoir le complément de celte histoire.)
Cet évangile nous rapporte deux faits miracukux, une guérisoa subite et une résurrection, en nous indiquant le moyen principal par lequel la puissance divine, toujours prête k secourir l'iiomme qui rknplere, eat excitée à se manifBBter d'une
blê VJN&T-TBOlSliâMjS ÛUiÀNCHE
iDanière extraordinaire et en dehors des loift de la nature. C'est la foi qui produit cette mer*
veille, la foi qui, unissant inûmement Tàme à Dieu par son adhésion à sa parole, aUire sur elle une réaction bienfidsante de la vertu divine, laquelle, comme il est dit ici, sort du Créateur pour entrer dans la créature avec la vie dont elle est Forgane. C'est d abord la foi de Jaïre, qui en se prosternant devant Jésus-Christ rend hommage à sa puissance; ce qui était beaucoup pour un chef de la synagogue, dont les prin«» cipaux étaient si mal disposés pour le Seigneur. Puis il lui demande de venir guérir sa fille en lui imposant les mains, et enfin, quand on vient lui annoncer que sa fille est morte » sur la parole de Jésus il persiste dans sa confiance etmakiie avee lui vers la maison mortuaire, espérant celte fois plus qu'une guérison, une résurrection.
C*est ensuite la foi encore plus robuste et plus humble de celte pauvre femme, qui n'attend sa guérison.que de Jésus-Christ, après avoir dépensé tout son bien k consulter les médecins. Elle n'ose pas même lui parler ni se présenter à lui au milieu de la foule qui le presse. Mais elle est tellement persuadée qu^l peut la^ guérir, qu'elle se borne à toucher par derrière le bord de son vêlement, espérant qu elle sera guérie par ce contact. Elle Test en effets et sa foi si vive aeicité et attiré
APRÈS Lk PfiNTBCOTE. 57T
en «lie 1a vevta vivifiante du Fils de Dieu. Gomme à
sa foi se joint rhumilité, craignant d'avoir mal fait, quand le Seigneur demande qui Ta touché , elle ee confond en eienses en même temps qu'elle ra*
conte naïvement ce qui est arrivé. Et alors elle reçoit plus qu'elle n'a demandé; car Jésus, qui vient de la guérir, lui dit encore que sa foi l'a sauvée, en sorte qu'à la sant(' du corps la miséricorde divine ajoute le salut de Tâme. Ainsi Dieu, qid résiste aux superbes, se donne aux humbles, et il multiplie ses bienfaits en leur faveur justement parce qu'ils s'en jugent indignes. Ce qui nous apprend du reste, qu'à l'exemple da Sauveur,» quand nous exerçons la charité h Tégard de nos frères pauvres et souârantâ, nous devons toujours viser à atteindre les âmes en soulageant les.corps, et ne nous inquiéter du mal physique que pour tâcher de détruire ou au moins de diminuer le mal moral. Le salut des hommes doit toujours être la fin dernière de la bienfaisance chrétienne; le reste n'est qu'un moyen d'y contribuer.
La résurrection physique de la jeune fille figurant la résurrection spirituelle de Tâme, il y a ici plusieurs circonstances à remarquer. Jésus fait sortir de la maison les musiciens et la foule bruyante. Ainsi la première chose à faire pour rendre la vie aux morts spirituels est de les retirer du bruit du monde, de sa dissipation et de ses
576 VXNGT-XaOIâLÈM£ JDiUliLNCHË *
plaisirs. La retraita^ au moins par la «œur^ est préparation indispeasaUe de la 4X)nver8Îoii. Las
joueurs d'instruments et les autres s'éloignent en se moquant de Jésus, qui aiiinoe que la jeuae fille n'est point morte mais seulement endonnia.
Jésus u'en lient point coin^jle et opère le nii:acle, qu'ils ne sont pas dignes de voir. Il apprend par là à ses ministres, chargés après lui et en soa nom de ressiu-ciler les âmes, à ne se laisser ni déconcerter ni abattre par les propos du monde, et à n'y répondre qu'en accomplissant leurs fonctions sacrées avec plus de zèle et de persévé«* rance.
Deux autres Évangélistes disent qu'en commandant à la jeune Ullu de se lever, Jésus lui Junua la main pour l'aider. U ne suHit donc pas d'ex* horter les pécheurs à entrer dans la voie de la pénitence. Il faut encore, à l'exemple du Sauveur, leur tendre la main pour les soulever, lessoutetenir^ les diriger et empêcher de nouvelles chutes. ^
Lnlin saint Marc et saint Luc rapportent qu'après avoir rendu la vie à la fiUe de Jatre, Jésus
ordonna qu'on lui donnât à manger. U prend le
même soin de ceux qu'il ressuscite spicituellemeni» Ramenés à la vie et après qu'ils sont sortis dm
cercueil uu la curi uption du péché les tenait enfermés, il recommande qu'on leur rompe le pain
APRÈS LA PENTECOTE. 579
de la parole divine^ et qu'on leur fasse manger le pain du ciel qui procure la vie éternelle, et c'est
par cette nourriture substantielle que laviere- <«ouvrée sera conservée et fortifiée en eaz«
PRATIQUE
Ayons la foi de la pauvre femme et de Jaire et nous ne craindrons ni la maladie ni la mort, non que noua devions prétendre à être guéri subitement comme
l'une ou à ressusciter comme la fille de Tautre; ce qui, du reste, pouiTait aussi nous ôtrt; accordé ; mais au moins soit par le contact de notre cœur avec Jésus, soit par notre acquiescement sunplû àsa parole^nous* recevrons toujours un grand soulagement dans nos SQuffirances et une vive consolation dans la mort.
Seigneur, nous vous en prions, daignez absoudre votre peuple de ses iniquités, afin que votre bonté
nous délivre des liens du péché, dans lesquels nous a engagés la/ragiiilé de notre naturel parî^otre-Sei* gneur, etc.
LE YINGT'OUAmiÈME DIMANGHB
APRÈS U P£iNÏ£CÛI£.
£P1TR£ (aux Coios9., I, 9-14).
Nous ne cessons point de prier Dieu pour
vous, et de lui demander qu'il vous remplisse
de la connaissance de sa volonté, en vous donnant toute la sagesse et rintelligence des choses spirituelles, afin que vous marchiez d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant les fruits de toutes sortes de bonnes œuvres, et croissant dans la science du Seigneur ; que vous soyez justifiés en toute vertu par la puissance de sa gloire, exerçant la patience et la longanimité avec joie, rendant gr&ce à Dieu le Père, qui par sa lumière nous a rendus dignes d*avoir part à Théritage des saints , nous a enlevés à la puissance des ténèbres, et nous a transférés dans le royaume de son l^'ils bien-aimé, par le sang duquel nous avons été rachetés et nous avoas reçu la rémission de nos péchés., j
« XXIV* DIMANGHB APRÈS lA PENTECOTE. 581
L'Apôtre, en disant aux Golossiens ce qu'il demande pour eux dans sa prière de tons les jonrSy
nous montre ce qui constitue la vie chrétienne : l"" La connaissance de la volonté de Dien, qui ne s'acqniert que par* un rayon de la sagesse d'en haut, par l'infusion de l'Esprit-Saiut qui épure et élère Tintelligenoe. Une conduite en rapport avec cette connaissance, et qui s'attache à la réaliser en toutes choses, afin de ne faire que ce qui est agréable à Dieu » de fructifier en toutes sortes de bonnes œuvres, et de croître toujours dans la science divine , par la pratique fidèle de sa parole qui en augmente rintelligenoe et en étend la portée. 3" Une force de persévérance, communiquée par la puissance d'eii haut, et qui, soutien de notre faiblesse, consolide la vertu dbuis tous les cas où elle doit s'exercer, et produit la patience dans les soufi'rances, la longanimité dans les contradictions avec une joie de Tftme, une sérénité du cœur qui surpassent tout sentiment , et qu'aucun motif humain ne peut procurer. Voilà aussi ce que nous devons demander pour nous dans notre prière de chaque jour, afin de profiter de Tin^mense miséricorde, qui nous a fait participer dans la lumière au sort des saints, nous arrachant à la puissance des ténèbres pour nous transporter dans le royaume du Fils de Dieu, dont le sang a lavé nos péchés et nous a rachetés.
b8% VINaT-QUATRIÈai£ DiMÂNOHE £YAM(fIL£ mJÛÏi SAINT IUTÏIU£U| mUY,
Jésas dit à ses disciples : Quand vous verrez dans le lieu saint Tabominaiion de la désola^» tion, prédite par le prophète Daniel, que celui qui lit comprenne. Alors que oonx: qui sont dans la Judée s'enfuient sur les montagnes; que celui qui sera sur le toit n'en descende point pour emporter quelque chose de sa maison, et que celai qui se trouve dans les champs ne revienne pas chez lui pour prendre son vêtement. Malheur aux femmes qui seront alors enceintes ou nourrices. Priez donc que votre fuite n'arrive point durant l'hiver ni m jour du sabbat. Car la tribulation sera si grande alors, qu'il n*y en a point eu ile pareîHe depuis le commencement du monde et qu*il n*y en aura jamais. Et si ces jours n'eussent été abrégés, aucun honune ne serait sauvé ; mais ils m-* ront abrégés en faveur des élus. Alors, si quelqu'un vous dit : le Christ est ici ou il est là, ne lè croyez jioint. Car il s'élèvera deftux Christs et de faux prophètes qui opéreront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à sé-
APRÈS LA PENTECOTE; 588
êKore, fl^il était possible , les élas euT-mémes,
Je vous en avertis d'avance. Si donc on vous ÛH : le Christ est dms le désert, ne sortez pomt. Le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez pas, car comme un éclair sort de rOrient et parait jusqu'à rOccident, ainsi sera l'avènement du Fils de THomme. Partout oii sera le corps , les aigles s'assembleront. Aussitôt après ces jours de tribulations le soleil s'obscurcira , la lune ne donnera plus sa lumière , les étoiles tomberont du ciel et les vertus des deux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de rilomnie paraîtra dans le del. A celte vue, tow l6S peuples de la terre pousseront des gé^ missements, et ils verront le Fils de l'Homme qui viendra sur les huées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. Il enverra ses anges qui, au son de la trompette, rasseml>leront ses élus des quatre coins du monde, d'une extrémité du ciel à Tautra Gom* prenez ceci par une comparaison tirée du ûguier. Quand ses branches sont tendres et que ses feuilles paraissent, vous jugez quo Télé est proche. Ainsi, lorsque vous verrez toutes ces
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cliûses, sachez que le Fils de l'homme est pro* che, qu'il est à la porte» Je vous le dis en yé« rité, cette génératioa ne passera point que tout cela ne soit accompli. Le ciel et la terre passe-* ront; mais mes paroles ne passeront point.
L'%lise enseigne qu'à la consommation des
siècles Jé^-Ghrist paraîtra avec majesté dans les nuées du ciel pour juger les vivants et les morts. Mais le glorieux avënement sera précédé de la pins effroyable tribulation qui ait jamais existé. L'évangile de ce jour en énumère les signes. Ainsi ce monde périra avec tout ce qui en Tient et lui appartient. Le ciel et la terre passerout y mais la parole du Seigneur ne passera point, et tons ceux qui seront attachés à celle parole vivront comme elle, avec elle et par elle. En effety dit le pape saint Grégoire, le ciel et la terre sont des créatures^ qui n'ont point en ellesmêmes la nécessité de l*être. Mais la parole de Jésus-Christ est éternelle comme Dieu lui-même et ainsi elle ne peut cesser d'être.
La parole divine est le flambleau de l'humanité au milieu de l'obscurité du monde et des ténè*bres de notre raison. Elle seule nous dit nettement
ce que nous sommes, et ce que nous devons être, notre nature, notre fin; dernière et la route qui j
APRÈS LA PENTECOTE. S8S
eenduit. Elle wtiÈ a déreilé notre pané, notre
présent et notre avenir. Elle nous donne la lu* mière pour discerner ce que nous avons à faire^ et la force pour TeiéenteF.
Elle est éternelle en elle-même, mais elle peut périr dans notre âme par Textinction de la foi, et alors elle est pour nous comme si elle n*ezistait pas. Aussi les efforts de l'ennemi de Dieu et des hommes tendent toujours à Tempécher de s'éta? blir dans les cœurs ou à l'en expulser, et pour cela il emploie tous les moyens, suivant les circonstaness, la nolencei la âédnction, la fausse sciencOi l'orgueil de la volonté on le désir de Tindépendfince. La violence, qui a voulu étouffer Tannonce de la parole on l'Évangile, a produit les per» sécntions et les martyrs, et le sang des martyrs a été une semence de nouveaux chrétiens. La séduction a tâché d'amollir les coeurs par la sensualité et les doctrines matérialistes, par les illusions de l'imagination et des arts, par la fascination des honneurs et de la gloire dn monde. L'orgueil de la raison la pousse k soumettre la parole, divine à sa critique, à la rabaisser à sa mesure pour n'en garder que ce' qu'elle comprend on ce qui lui plait ; on bien, dans Fexaltation de PinteUigence, elle invente des doctrines snbtîles, des hérésies philosophiques qu'elle met à la place des dogmes révëléS) et qa^elle cherche à autoriser aux yeux des peu-
ple9 pu** hn- apparenees démtéreerammt^ de» semblants de vertus, et même des prodiges^ qui sédttîraiaiit les élus eia-»mdme9 , s'il était posais ble. Satan peut se transformer en ange de Iuh
mièxe.
Ne croyes pas à timtea ees Ghoees, dit le Ses^
gnenr, mais attftcbez^vans fermement à la parole de Dieu. Celui qui persévérera jusqii'h la fin dans sa foi sera sauvé. (Matdi., X, 2^.) Veillée et priei; tOTez-vous prêts; car le Fils de l'Homme viendra comme l'éclair, qui paraît tout à coup de l'orient k rocddent. (Mattk XXIV, 27.) J^u sed oosmalt le moment fatal.
Mais ce qui est certain, c'est que la cmosomma* tion du siède arrive pour chacun de nous par la mort, et ce sera peut-être demain , aujourd'hui, tout k l'heure. Alors le soleil s'obscurcira devant nos yens éteinte, te terre nous échappera, ce qui nous entoure disparaîtrii, et toutes les puissances de notre être seront ébranlées; le monde périra pour nous, quand nove mourrons au meode» Nous n'emporterons rien (|ue le bien et le mal que nous y aurons fait et par quoi nous seron» jugés. Où seront alors ces brillantes images et ces douces jouissances, qui nous auront enchantés si longtemps, et détournés de la parole divine et de rÉmgile du salut? Que deiiendra notre raisra, si pleine d*elle-méme, avec son jugement propre^
APRÈS LA PENTECOTE.
ses opinions hardies et ses systèmes «'nentur<'s? Notre intelligence avec 8es spéculations subluue», et 888 idées transcendaiilaks, qui devaient expliquer à fond les dogmes clii rtiens ou se nieltrc à leur place? Où en sera cette philosophie, dont nous étions si fiers, parce que, en nous élevant audessus du fuiuialisme de la parole révélée par 1 idée pure, elle semblait fonder Tindépendance de notre volonté et la substituer à la volonté divine } Au moment de la mort et devant son effroyable réalité toute cette fantasmagorie disparait, les illusions humaines s'évanouissent.-Tout cela est dévoré comme la paille dans la fonrnaise, et il ne restera en nous que ce nous aurons recju et gardé du trésor de la parole divine, à savoir Tor du ciel que la rouille n'entame point, que le feu épure davantage, avec ce que nous aurons surajouté à ce fondement impérissable de rétemeUe vie. (1 Cor., III, U2.) Nous vivrons en Taulre monde en raison de notre foi et de notre attachement à la parole de Dieu en celui-ci.
PRATIQUE
Agissons chaque jour, comme si la fin du monde devait arriver demain. Elle peut arriver en effet, au moins par la mort , qui fera finir le monde
pour nous et nous enverra au jugement de Dieu, où
588 ZXIV* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.
nous n'aurons plus de soutien que notre foi et ses (Buvres.
Seigneur, nous vous en prions, excitez ]es volon* tés de Tos fidèles afin que, travaillant avec plus de ferveur k l'oeuvre divfne, ils reçoivent de votre mîsé-
ri corde des secours plus aboadanU, par NoUe-Sei- ^ueur, etc.