‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 123 sur 161 · SAINTE MARIE-MADELEINE · texte numérisé non relu

SAINTE MARIE-MADELEINE

rière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, et les essuyait avec ses cheveux ; elle les baisait et les oignait de ce parfum. Ce que voyant, le pharisien, qui Tavait invité, dit en lui-mêfne : Si cet homme était prophète, il saurait quelle est cette femme qui le touche; car elle est pécheresse. Alors Jésus lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire. — Maître, parlez. — Un créancier avait deux débiteurs, Tun lui devait cent deniers et Taufre cinquante. Et comme ils n'avaient point de quoi le payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel donc l'aimera davautage? Simon répondit : Je crois que c'est celui auquel il a le * plus remis. Jésus lui dit : Vous avez bien jugé. £t, se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez* vous cette femme; je suis entré dans votre maison et vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds ; elle au contraire a arrosé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné de baiser; mais elle, depuis qu'elle est entrée, iid ces^é de me baiser les pieds. Vous n'avez point répandu d huile sur ma téte et elle

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a arrosé mes pieds de parfums. C'est pourquoi, je vous le dis, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Celui à qui on remet moins aime moins. Puis il dit à la femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire entre enx : Qui est celui-ci, qui remet aussi les péchés? Mais Jésus dit à cette femme : Votre foi vous a sauvée : allez en pair.

L'histoire de Madeleine est xm des récits les plus iostructifs et les plus consolants de Ji'Évan* gile. Elle nous apprend comment on peut rentrer en prrâcef auprès de Dieu par un repentir sincère, et Madeleine est le type de Tinnocence réparée, comme Marie est celui de la vertu sans tache. Quel encouragement, quel secours pour les âmes coupables ou souillées, que Tezemple de cette^pé^ cheresse qui efface ses fautes par ses larmes, et rachète ses désordres à force de loi et d'amour I C'est la première chose qui nous frappe à la leo* tnre de cet évangile. Voilà une femme que toute sa vie devait éloigner de Jésus-Christ, qui est la pureté même, et cependant an milieu des égarements de son cœur et de ses sens, quaud elle paraît le plus abandonnée à l'esprit du monde et à ses illusions, elle est saisie par la grâce, et la foi la plus

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ardente la pousse tout d'un coup k renverser tous les obstacles qui la séparent àa Sauveur. Bravant

ropinion des hommes, leurs moqueries, le respect humain, elle court se jeter aux pieds dé Jésus au milieu d'un festin, et elle manifeste aux yeux de tous par ses larmes, par son humiliation, par sa prière muette , son repentir et sa foi. Elle répand sur les pieds de Jésus avec ses larmes un parfum précieux, symbole de la vie de son àme qu'elle veut désormais consacrer à son service. Puis elle les essuie de ses cheveux , Tomement de

SdL beauté dans le monde, et dont elle fait J 'hommage et ie eacriiice à Celui auquel elle veut uni- ^ement plaire à l'avenir. Madeleine est assurément le modèle le plus parfait de la pénitence et àe ses heureux effets.

Mais en face d'eUe Kmon nous présente le type de l'orgueil et de la dureté. La figure de ce pharisien est dans ce tableau évangélique comme le repoussoir dcL celle de Madeleine, Tune aussi assombrie par fenvie et la malveillance soupçonneuse, que l'autre, quoique agitée par la dou}^, est rassérénée au milieu de ses pleurs par les rayons de sa foi et de son amour. Jugeant selon les apparences et surtout d'après sa mauvaise di&» position, Simon se réjouit malignement de ce qu'il Toit| Jésus ayant Tair de faire cause commune avec une ftiume perdue de réputation. Il en cou-

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dut es. lui-ukéioa qu'il n'est pas même un proliUte, eontae eeux qui disaient : Il mange avec les pécheurs elles publicains, ou encore : N'est-ce pas le £ils d'un charpentier, et ne connaissons- OMS pas toiile sa famille? Il juge de même Ma* deleine très-sévèrement, et cela au moment où «Ue est plus pjocbe du salut que personne, même ceux qui se eroient les plus justes. Gela nous apprend à ne pas juger légèrement les autres, quand noua n'en avons point la mission. Car d'abord ils ont lenr juge auquel ils n'échapperont pas, et ensuite savon&^nous ce qui se passe en eux au moment même où nous les condamnons, Dieu gouvernant la liberté humaine sans la violenter par des ressorts invisibles. Saul ne respirant sur . le chemin de Damas que menaces et persécutions contre les chrétiens allait être changé soudainement par un coup de la grâce. Ne faisons donc pas comme le pharisien en face des personnes du monde les plus légères, les plus entraînées par son esprit, et tout en déplorant*^ le mal et ses dé- * i^fidreSf avions pitié de ceux qui en sont les instruments et les victimes. N'affichons pas à leur égard une sévérité dui'e qui les repousserait, tandis que la douceur et la compassion peuvent les toucher et les raiiieuer à Dieu. ,

A la réflexion si malveillante du docteur de la loi mr h Sauveur et sur Madeleine est oj^osée

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la parole si aimable et si profonde de Jésus , qni relève et satrve la coupable : beaucoup de péchés lui seront remis^ parce qu'elle a beaucoup aimé« Parole dont le monde a abusé comme de phoi-* sieurs autres, pour excuser ses désordres ou jeter du ridicule sur l'Évangile ! L'amour, dont il est ici question, et qui est une source de pardon et de salut, est Tainour de Dieu, dont l'âme de la pénitente vient d'être embrasée, dévorant en elle tous les autres amours qui l'avaient entrainëe jusque-là, en sorte que, n'aspirant plus qu'à son Sauveur, elle va le chercher partout, même au milieu d'un grand festin, où elle tombe à ses pieds comme une victime qui s'immole : ce qui est la meilleure preuve du véritable amour. £Ue se donne donc tout entière à Dieu ; elle lui restitue par son sacrifice son âme, son esprit, son corps, toute son existence, et c'est cette pleine donation d^elIe-méme qiii la purifie et la I^^habilite• Cest pourquoi le Sejgneur lui dit ; Votre foi vous a sauvée, allez en paix; comme plu>i tard il dira avec la même charité au bon larron qui vient de confesser sa divinité èur la croix et au milieu des outrages qui l'accablent de tous côtés : En vérité, je vous le dis, aujourd'hui vous serez avec ma» dans le paradis. Ge que confirme encore l'exemple du pauvre publicain, s'avouant pécheur, se frappant k poitrine et invoquant la miséri-

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corde divine, en face du pharisien superbe qui offre avec joie k Dieu sa justice et ses mérites. Ce

fut l'humble publicain qui retourna justifié dans sa maison.

Le bienfait et la gloire de i'Ëvangile, c'est d'of* frir à notre imitation, d'un côté ce qu'il y a de plus pur, de plus sublime, de plus divin, à savoir la vertu parfaite et sans tache en Jésus-Christ et la sainte Vierge, ce qui pousse les âmes élevées à une perfection plus grande par le désir et l'espoir de leur ressembler ; et de Tautre ce qu*il y a de plus impur, de plus criminel^ de plus dégradé» que le monde méprise et repousse après en avoir joui dans son int^t ou pour son p!aisir, recueilli par la charité de Jésus-Ghrist^ éclairé, soutenu et ramené par sa grftce, puis purifié par le repentir et tous les moyens de contrition, délivré du joug du mal et des liens de l'enfer par l'absolu lion, et enfin réconcilié avec Dieu et attaché à Jésus-Christ comme membre de son corps mystique, et, à ce titre, participant à la puissance, à la gloire et à la félicité de l'étemelle vie. Madeleine, )a pèche* resse qui, au jugement de Simon le pharisien, n'était pas digne de toucher Jésus-Christ, a été tellement renouvelée par sa foi, par son amour et par le sang de son maître répandu sur elle du haut de la croix, que nous invoquons maintenant sou intercession auprès de Celui qu'elle a tant aimé ,

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et que dans le temple du Dieu vivant elle a 'on «atd auprès de Tantel de la sainte Vierge, comme

elles se sont trouvées l'une à côté de l'autre au pied de la croix de Jésus-Ghrist.

PRATIQUE

Quelque coupable que nous puissions être» allons avec confiance aux pieds de Jésus-Christ, dès que la grâce nous y appelle, le cherchant avec désir là où

nous pouvons le rencontrer; sans nous laisser arrêter par le respect humain ou les moqueries du monde. Que notre conversion soit prompte, courageuse, sincère comme celle de Madeleine, et, comme elle, nous recevrons notre pardon et nous serons comblés de consolation et de joie. Le premier pas fait, la paix du Seigneur nous sera rendue, et sa main nous conduira dans les sentiers dci la justice.

Divin Sauveur, rcnou .elez sur tant de pécheurs de nos jours les miracles de votre grâce en les éclairant pour les ramener k vous. Touchez leurs cœurs, afin qu^une véritable pénitence les ayant purifiés à vos yeux, ils soient fidèles à vous aimer et à réparer votre gloire en vivant et mourant pour vous. Ainsi soit-il.

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