‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 21 sur 161 · ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, VJII · texte numérisé non relu

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, VJII

Jésus étant descendu de la montagne, une

grande foule de peuple le suivit, et voici qu'un lépreux vint à lui et Tadora en lui disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Jésus étendant la main, le toucha et dit : Je le veux, soyez guéri. Et à l'instant sa lèpre fut guérie. Jésus lui dit : Voyez, n'en dites rien à

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personne, mais allez vous montrer au prélre et offrez le don prescrit par Moïse en témoignage. Gomme Jésus entrait à Gapharnaùm, un cente* nier s'approcha de lui et lui fit cette prière : Seigneur, mon serviteur est couché dans ma maison, frappé de paralysie et il suuiire extrêmement. Jésus lui dit : J'irai et je le guérirai. Mais le cenlenier lui répondit : Seigneur, je ne suis point digne que vous entriez dans ma maison, mais dites setlement une parole et mon serviteur sera guéri. Car quoique je ne suis moi-même qu'un homme soumis au pouvoir, ayant des soldats sous moi, je dis à l'un : allez, et il va; à l'autre : venez, et il vient, et à mon serviteur : faites cela, et il Je fait. Jésus, en* tendant ces paroles, en fut dans Tadmiration, et dit à ceux qui le suivaient : Je vous le dis en vérité, je n'ai point trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous déclare que beaucoup viendront d'orient et d'occident et prendront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob (Makcbie , 1, 1 1), mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et

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des grincements de dents. Alors Jésus dit au centenier : Allez , et qu'il tgus soit fait selon votre foi. £t son serviteur fut guéri au même moment.

La lèpre, qui est une corruption du sang, figure ici le péché, qui est la corruption du cœur, lequel défigure lame en la couvrant de souillures, comme la lèpre couvre la peau d'une humeur infecte. Le péché est conti^ienx comme elle. Le lépreux de cet évangile montre au pécheur à qui il doit s'adresser pour être guéri et ce qu'il a à faire. H commence par se prosterner devant Jésus ^ s'hnmiliant devant Celui dont il implore le secours. Combien de pécheurs entrent dans le temple du Seigneur, daignant à pehie fléchir les genoux ou donner un signe d'adoration, et ne prononçant point un mot de prière. Celle du lépreux est courte^ mais elle exprime la foi la plus vive en la puissance et en la bonté du Sauveur : Seigneur , si vous voulez, vous pouvez me guérir. Ainsi devons-nous approcher du tribunal de la pénitence , avec le sentiment vif de la maladie de notre cœur, Taveu sincère de nos fautes et la confiance la pins entière au pouvoir et k la miséricorde de notre juge. Touché de la foi du lépreux, Jésus lui dit : Je le veux, sois guéri^ comme an saint tribunal il

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dit par son ministre : Je t*absous. C'est la même parole qui chasse les maladies du corps et celles

de Tâme. Puis viennent deux recommandations qui s'adressent à nous conune au lépreux. La première nous enseigne à ne pas nous vanter des bienfaits reçus ni des bonnes œuvres accomplies. N'en parlons à personne pour ne pas risquer de nous glorifier et d'en 6ter à Dieu la gloire. La seconde prescrit daller se présenter auproUe, pour faire constater sa guérison^ salon la loi de Moise, afin de pouvoir rentrer dans la vie

civile ; nous pour nous dijcouvrir jusqu'au fond devant le médecin de Tâme, aiin d'être pleinement purifiés et de rentrer dans la vie de la gr&ce. Le don imposé par la loi aux lépreux guéris est le symbole de la saiùfacUon^ partie essentielle de la pénitence chrétienne , et qui s'aeoomplil ordinal^ rement par des prières, des jeûnes, des abstinenceSy des aumânes et des bonnes œuvres.

Le centenier, qui vient après le léprew, présente à notre imitation plusieurs vertus, qui lui attirent les éloges du Sauveur. U montre d'abord une touchante charité pour son serviteur malade, et ainsi il est un exemple du soin que les maîtres doivent prendre de ceux qui les servent. Puis, plein doconfianoe eu la puissance de celui qu'il imploiû| il se contente de lui exposer simplement l'état de son serviteur» fiafin son humilité , qui décline

Thonneur que lui ferait Jésus en entrant dans sa maison , à cause de son indignité, dont le sentiment l'en rend justement plus cligne, lui donne occasion de manifester l'énergie de sa foi , puis* qu'il ne demande à Jésus-Ghrist qu'une seule parole pour opérer la guérison. Aussi l'Église, en mémoire de la foi de ce païen , que le Seigneur a trouvée plus grande et plus méritoire que celle d'Israël, et pour exciter la nôtre par son exemple, nous fait redire sa parole au moment de la sainte communion, c'est-à-dire quand nous allons rece-* voir dans notre cœur Celui qui descend du trône de sa gloire pour venir par un incompréhensible miracle de sa bonté se renfermer sous de viles es^ pèces et s'incorporer à nous. Par là aussi nous exprimons notre reconnaissance et notre indignité de l'honnovur immense qui nous est accordé. Les autres paroles du centurion expliquent admirablement l'obéissance chrétienne, telle que l'Église l'eiSeigiie aux fidèles, au point que Jésus Tadmir» et le loue; ce qui est la plus grande des récompenses. Cet houmie était cependant un païen, et le voici élevé par sa foi au-dessus des enfants d'Israël, dont beaucoup seront jetés dans les ténèbres extérieures, tandis que les gentils entreront dans le royaume des cieux par la vertu de leur . foi, qui en fait spirituellement des enfants d'Abraham. Aussi Jésus termine-t-il par cette parole :

Allez, et qu'il vous soit fait comme vous avez cru ,

nous enseignant par là que la foi, qui anime nos prières, est la raison et la mesure de leur efficacité. Demandez avec foi et sans restriction, dit Tapôtre saint Jacques ; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer, que le vent agite et ballotte. Que celui*là ne s'imagine pas qu'il obtiendra quelque chose du Seigneur. (Jacq., I, 6-7.)

PRATIQUE

Ne ferons-nous pas pour Dieu ce que le soldat fait pour son capitaine, allant où il lui dit d'aller, venant quand il VappcUe, et faisant ce qu'il lui ordonne de faire ? D'autant plus que nous ne risquons rien de nous abandonner pleinement à la volonté divine, dont les commandements sont souverainement sages et la parole toujours infaillible. Soyons donc de vrais soldats ' de Jésus-Christ.

PRIÈRE

Que par le secours de votre grâce, Seigneur, ma

confiance en vous devienne si entière, qu'elle vous engage à m'assister dans tous mes besoins et à m'accorder tout ce que je vous demanderai pour mon salut. Par Jésus-Christ, etc.

QUÂTRIÈlfE DIMANGHE APRÈS Vtsmkm.

EPITRE (aux Rom., XIII, 8-10).

Ne soyez redevables àpersonne quederamour

qu^'oû se doit les uns aux autres; car celui qui aime son prochain accomplit la loi. En effet, vous ne commettrez point d'adultèrei vous ne tuerez point, vous ne déroberez point, vous ne porterez point de faux témoignage, vous ne convoiterez point le bien d*autruî, tous ces commandements et les autres, s*il y en a, sont compris dans cette parole : vous aimerez votre prochain comme vous-même. L'amour du prochain ne souffre pas qu'on lui fasse du mal, et c'est pourquoi l'amour est le complément de la loi.

L'Église nous rappelle par ces paroles ce que nous avons à faire à Tégard de nos semblables, pour accomplir pleinement la loi divine, qui est la loi d'amour : car, comme tous les devoirs envers Dieu se résument dans cette parôle : Ta aimeras *

le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme et pardessus tout, ainsi les commandements qui regEr-

dent le prochain sont compris dans cette phrase : Tu aimeras ton prochain comme toi*mâme. D'un côté comme de l'autre la loi ancienne n*est cfue

pour nous apprendre à aimer. Elle est le pédagogue ou Tapprentissage de Tamour divin dont la charité , enseignée par rÉyangile , est la plénitude et la perfection. Mais on n'arrive à cette apogée de 1 amour que par degrés, et ces degrés sont exposés dans cette' épftre. II y a d'abord les devoirs spéciaux, qui ressortent de la position de chacun et de ses rapports avec les autres liommes : devoirs des parents , des enfants , des maîtres, des serviteurs ; devoirs de reconnaissance et de convenance; devoirs du citoyen, en raison de rétat politique de la société dont il est membre et des fonctions qu'il y remplit. L'accomplissement de ces devoirs est de stricte justice, et c'est pourquoi TApôtre dit : Nemini quidquam debeatis^ ne devez rien à personne. H y a ensuite le devoir général de tout homme envers ses semblables, envers lesquels il n'a point d'obligation particulière* C'est Tamour que nous nous devons les uns aux autres^ parce que nous sommes les membres d'un même corps, ou^ comme ditPÂpôtre, membres les uns des autres ; ce qui est nettement exprimé par cette formule : Tu aimeras ton prochain comme

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toi-même. C'est encore de l'équité, puisque devant la justice nous sommes tous égaux comme

devant Dieu par notre nature ; et ainsi l'amour ' inné que nous avons pour nous-mêmes, qui nous pousse et nous autorise à soigner notre propre existence avant celle des autres, chacun étant chargé par la Providence de pourvoir à la sienne, ne nous fournit cependant point de raison légitime de préférence dans l'application de la justice distributive. Il y a encore deux parties dans cette zone de la charité : la partie inférieure où l'amour de soi empêche par la réflexion défaire aux autres ce qu'on ne voudrait pas avoir à soufl'rir de leur part, et c'est pourquoi il est écrit : Celui qui aime son prochain ne lui fera point de mal(/?o?/i., XIII, 10); puis la partie supérieure, où l'amour du pro» chain n'est plus seulement négatif ou pour empêcher le mal, mais positif, pour effectuer le bien, en nous portant^ à fiadre pour les autres ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous. Ici le précepte tend à se confondre avec le conseil de perfection ; car, notre désir du bonheur étant infini, si nous aimons le prochain comme nousmêmes, non-seulement nous lui souhaitons cet infini bonheur, mais encore nous devrons nous employer à le lui procurer comme à nous-mêmes. Ainsi nous arrivons graduellement à la sommité de l'amour^ formulée dans cette parole de Notre*

Seigneur : Aimez-vous les uns les antres, comme

je vous ai aimés (Jean, XIII, 34) ; celui qui aime bien donne sa vie pour ce qu'il aime ; ce qui porte à aimer son prochain y non plus seulement comme soi-même, mais plus que soi, ou avec le sacrifice de soi-même. C'est pourquoi l'Apôtre dit : PlmUudo ergo legis dilectio^ l'amour est la plénitude de la loi. (flom., XIII, 10.) Et saint Augustin ajoute {lib.XV^ cap. XXII , De CivU, Dei) : Definitio brevis et vera mrtutis est ordo amoris, Tamour renferme toutes les vertus. Dilige et fac qitod vis , aimez et faites tout ce que vous voudrez (De Doct. Christ. ^ lib. cap. xxii). Non poîest de isla radiée nisi bonum transir e, que l'amour soit le principe de vos actes, et de cette i-acine il ne peut sortir que du bien.

évangile: S£L0N saint MATTHIEU, VIII, 23-28.

Jésus étant monté sur une barque, ses disciples le suivirent. Et voici qu'une grande tempête s'éleva sur la mer, en sorte que la barque était couverte par les flots, et lui cependant dormait. Alors ses disciples s approchèrent de lui et réveillèrent en disant : Seigneur, sauvez^ nous, nous périssons 1 Jésus leur répondit : Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de

uiyitiztxl

in? Et se levut aussitdt, il commanda ainc

vents et à la mer, et il se ûi un grand calme. 0^ ceux qui étaient présents furent dans TadmiraUon, disant : Quel est celui à qui les vents et la mer obéissent?

Dans le miracle de la* tempête apaisée les saints Pères voient deux allusions : Time à Tâme fidèk, l'autre à TJËglise. Les apôtres suivaient leur divin maître ; il était au milieu d'eux, quand la tourmenle assaillit leur barque. Que les chiétiens fidèles ne s'étonnent donc pas, si malgré la présence du Sauveur ils subissent des orages intérieurs, et sont éprouvés par des tentations violentes. Leur piété même leur attire de plus vives attaques de Tennemi du salut. Le souvenir de Jésus dans la barque, au milieu des ilols soulevés, figuï*e l'épreuve à laquelle il soumet l'âme en ne lui faisant plus sentir la vertu de sa présence, comme s'il l'abandonnait pour un temps à ellemême et la laissait livrée sans le sentiment de son secours aux agitations de la vie. Ou encore ce sont des fautes qui, sans faire perdre la présence de Jésus-Christ, en atténuent refiet, en diminuent la grâce, comme des négligences, des distractions volontaires ou des attachements étrangers. C'est ordinairement pendant ce temps que s'élèvwt les

orages. Le tort des apôtres en recourant à leur maiUe.est. de l'avoir invoqué trop tvd et avec trop peu de confiance. C'est qaand nous sentons la tempête naître an dedans de noos , que nous devons appeler Celui qui peut seul la calmer. Croire que de noos-mèmes nons senms assex ferts pour la Taincre et nons sauTor, est nne tentation très-dangereuse et qui nous expose au naufrage; ou Jbien dans ce cas, notre prièroi comme celle des apôtres, n'a pas assez de foi ; elle semble se méfier du Sauveur, ou craindre qu'il n'ait pas la volonté OU la puissance de nous arraclier au péril, puis* que nous a?ons peur de prinr tout m invoquant son secours. Et cependant, Lien qu'il nous reprock» notre peu de foi et notre faine peur, il nous |n*éserve de la ruine malgré notre impef&dîon et k cause de notre boxme volonté»

L'autre allusion se rapporte aux otages oontre lesquels lutte continuellement le vaisseau de l'Église au milieu de la mer du monde, et c'est poofquei on l'appelle r£glise militante. C'était, selon la tradition » dans la barque de Pierre que Jésus traversait les ilotâ. La véritable Église de Jésufi-Cbrist est celle qne gouverne le Prince des apôtres. C'est encore la barque de Pierre qui porte les destinées de riiumanité de la terre au eiel sous ta direction du Fils de Dieu, pilote iavisible, que Pierre animé de son esprit remplace

au gouvernail, la conduisant au port par l'unique route qui y mène et à travers les écueils dont elle est semée. Un tel voyage ne peut donc se faire sans essuyer des orages. L'arrivée est assurée, mais la traversée est pénible; et^ au milieu des accidents de tout genre qui viennent assaillir la nef, Jésus-Christ, qui y sera présent jusqu'à la consommation des siècles, semble parfois y dormir et l'abandonner au gré des vents. De là les persécutions, les hérésies, les schismes, les scandales et tous les maux qui désolent TÉglise. De nos jours l'incrédulité a déchaîné contre elle toutes les fureurs des passions humaines, et, en ce moment, on dirait que la barque de Pierre va sombrer au milieu die la tourmente la plus terrible qu'on ait encore vue sur la mer du monde. Le Seigneur semble dormir dans la tempête, et les incroyables audaces de l'impiété ont Tair de profiter de son sommeil. Il se réveillera, n'en doutons pas; d'un geste il commandera aux vents et à la tempête et le calme renaîtra. Son Église,

abaissée pendant un temps par la violence de l'orage, se redressera purifiée, brillante d'un nouvel éclat, rajeimiey et les peuples de la terre, étonnés auj(3urc]'hui et peut-être scandalisés de son humiliation et de ses périls, s'écrieront encore une fois avec admiration : Quel est celui-là , pour que les vents et la mer lui obéissent? et, s inclinant

APRÈS L'ÉPXPHANIË.

ISl

avec respect devant le Pilote de la barque divine, ils rendront hommage à Dieu«

PRATIQUE

Soît dans nos épreuves particulières, soit dans celles de PÉglise, quelle que soit la menace du danger, n^ou» blions jamais que par notre foi en Jésus-Christ nous sommes dans sa barque, sous sa conduite et protégés

par sa puissance. Crions avec confiance vers lui au ' milieu de la fureur des flots , et quand tout paraîtra perdu, il nous sauvera à son moment, d'un mot, par un signe, si notre foi ne défaille pas en nos frayeurs et la face du monde sera renouvelée*

PRIÈRE

P Jésbs, plein de bonté, daignez dans les dangers auxquels^ nous sommes exposés, nous accorder votre

secours, que nous voulons toujours implorer avec la plus grande confiance. Déployez votre puissance contre nos ennemis, commandez à la mer agit^^e et aux vents de la persécution de s'apaiser, atin que, votre JÉglise jouissant de la paix, nous puissions mieux vous servir et arriver plus sûrement au port de r étemelle félicité.

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