‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 3 sur 161 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LËS ËPÎTBËS ËT LES ÊYÂNGILËS.

Biea que tous les jours de Tannée doivent être sanctifiés par la prière, par les œuvres de la justice chrélienne et de la charité, et en rappportant à Dieu tout ce que nous faisons et ce que nous sommes, cependant pour exciter notre faiblesse, BOUS réveiller de Tassoupissenaent de Thabitudei ou nous arracher à Teutralnement des passions, l'Église, qui sait comme son divin fondateur ce qu'il y a dans Thomme, a déterminé certaines épo* queset certains jours, où elle nous exhorte particulièrement à élever notre âme vers Dieu par des prières plus fréquentes, à la purifier par les actes de la pénitence, à la fortifier par la méditation plus approfondie de la parole sainte. Par là elle nous dispose à la célébration, des mystères de la

religion oa de quelque grande fête. Ainsi FAvent^

ou le mois qui précède ] avènement du Sauveur sur la terre , est employé à préparer en nous les Toies du Seigneur^ c'est-à-dire à nous disposer h le recevoir dans la sainte communion le joui de Noël, comme en ce jour il a daigné naître pour le salut des hcHumes. Le Carême est la préparatraQ aux mystères de la passion et de la résurrection de Jésus-Christ, et les Vigiles , ou les veilles de certaines fêtes, doivent disposer à les célébrer plus dignement^ afin que nous en relirions plus de fruit.

SPITRE (Rom., XHI, 11, 14).

Nous devons d'autant plus exercer la cba* rité que nous savons que le temps presse et que rheure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement, puisque nous sommes plus près de notre salut que quand nous avons reçu la foi. La nuit est déjà fort avancée et le jour s'approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière. Marchons honnêtement comme pendant le jour et non dans les débauches, dans llvro* gnerie, dans Timpudicité, dans les disputes et les jalousies» Mais revétez^vous de Notre^Sei-

PBËMIËH DIMANQHfl DB L'AYJBMT. 3

gneur Jésua-Ghrist et ne vous préoccupez point

du soin de votre chair dans vos désirs.

L'Église emploie en ce premier jour de TAvent les paroles à» saint Paul aux Romains pour tirer les âmes du fatal assoupissement qui leur ôte le sentiment, le goût des choses du ciel et le désir de les rechercher. Le propre du sommeil physique est de nous enlever la conscience de nous-mêmes et de suspendre Texercice de la volonté libre; ce qui nous empêche de rten faire d'utile au dé* veloppement de Tesprit et du cœur. Ainsi dans le sommeil spirituel, dont l'Apôtre parle, l'âme chrétienne perd avec la conscience de sa dignité le sentiment de la vie surnaturelle que le haptéme a mise en eUe ^ et sa volonté, enchaînée et fascinée par le charme des choses sensibles, devient incapable de travailler à son avancement. Chez les uns ce sommeil est si profond, qu'il leur ôte entière-^ ment le souvenir des vérités éternelles qui leur ont été annoncées, des grâces qui leur ont été faites, et de la haute destinée à laquelle ils furent appelés, quand le sacrement de la régénération les a initiés à la vie divine. Us ne vivent que pour le monde et les choses du monde. Chez' d'autres c'est un assoupissement passager ou un demi- sommeil, dans lequel il y a alternative et faxtte entre la vie

naturelle et la vie samaturelle, la nature et la

grâce, le vieil homme et la créature nouvelle en Jésus- Christ, l'âme se réveillant de temps en temps, revenant à elle-même, et s'évertuant ponr . secouer sa somnolence, et sortir par les exercices de piété, de pénitence et les bonnes œuvres de Tapathie morale où la retiennent Texigence des appétits du corps, la concupiscence de la chair et Tentrainement des passions.

L'Église s'adresse au?: uns et aux autres de ces endormis, à Tépoque où l'avènement du Sauveur s'approche et où la lumière étemelle a commencé à briller dans nos ténèbres par Tenfantement du Verbe incarné. Elle les avertit que la nuit est pas-» sée, que le jour approche, et qu'ainsi il faut se mettre à marcher honnêtement, comme en plein jour, où Ton est exposé aux regards de tous. Pour cela il faut rejetter les œuvres de ténèbres, et revêtir les armes de la lumière* L'Âpôtre énumère ici les premières : c'est pour le corps la bonne chère ou les excès du boire et du manger, les œuvres de la chair proprement dites ou les impudicités et les débauches, et pour le moral, c'est l'esprit de contention et Tenvie qui rendent les hommes ennemis les uns des autres et les portent à se vouloir du mal. Ailleurs {Éphés., VI, 6) il fait la description des armes de lumière, avec lesipielles le chrétien doit combattre et vaincre

dans le grand combat de la vie. C'est le casque da jsalnt , qui garantit sa tête on sa raison contre

les mauvaises suggestions, les arguments faux et perfides du tentateur. C'est le bouclier de la foi « qui repousse les attaques de la fausse science et les assauts de l'orguelU C est la ceinture de la vérité qui 9 en serrant nos reins, c'est-À*dire en maintenant la concupiscence par la discipline, nous préserve des amorces et des illusions de la sensualité. C'est la cuirasse de la justice, qui protège les volonté contre les atteintes de la volupté, de la vaine gloire ou de Tintérêt propre, toujours prêts à se satisfaire au mépris des droits d'autrui et en les sacrifiant à Tégoisme. C'est enfin le glaive de la parole divine, qui par son double tranchant sert d'un côté à faire pénétrer la vérité dans les âmes, et de l'autre à dissiper les ombres de Terreur et du mensonge. Voilà Tannure complète, que l'Église fournit au chrétien pour lutter avec avantage contre l'ennemi de Dieu et des hommes, comme le chevalier du moyen âge s'avançait au combat tout bardé de fer. L'Apôtre demande plus encore, il veut que nous revêtions Jésus-Christ lui-même, c'est-à-dire, comme il le recommande, que nous ne soyons plus les esclaves de la chair, de ses appétits et de ses œuvres; majs que tout en donnant au corps ce qui lui est indispensable pour subsister, nous ne lui fassions plus

l'honneur de rien désirer qui ne se rapporte qu'à ses satisfactions et aux jouissances de ce monda. Conversatio vestra est in cœlis {Philip, ^ III, 10). que toute votre vie soit portée au ciel. Siconsvâ*** Transits mjm Christo, qumsursum sunt sapiie^ non qu3B super terram (Coloss., III, 1). Puisque vous ayez ressuscité avec Jésus-GIurist , cherchez les choses d'en haut et n'ayez plus de goût pour celles de la terre ; et alors, si Tesprit de Dieu seul vous £aitagir, vous serez vraiment les enfants de Dieu; ce ne sera plus vous qui vivrez, mais Jésns-Ghrist en vous. {Galt., VI, 29.)

ÉVANGILE SELON SAliST LUC, XXI, 25-33.

Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ^ et sur la terre les nations seront dans Tangoîsse à cause du bruit confus de la mer et des flots. Les hommes sécheront (le frayeur dans Tattente de ce qui doit arriver dans tout l'univers ; car les vertus des cieux seront ébranlées, et alors ils verront venir le Fils de THonmie sur une nuée, avec une grande puissance et plein de majesté. Or, quand ces choses commenceront d'arriver, regardez en haut et levez la tét^, parce que votre

rédemj^ion approche* iésus leur pr<4)osa ensuite cette comparaison : Voyez le figuier et tous les autres arbres. Lorsqu'ils commencent à pousser, vous savez que Tété est proche. Ainsi 9 lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.

Au moment où TÉglise dispose ses fidèles à célébrer le premier avéoement du Fils de Dieu, afin qu'au jour anniversaire de son humble naissance ils le reçoivent dans leur cœur comme dans une crèche, elle leur rappelle un second avéaraie&t qui sera aussi manifeste, aussi glorieux, que le pramier a été caché et obscur. En ce temps-là, et ce sera la consommation des temps, tout sera bouleversé dans le monde et autour du monde, et sous les ruines de Tunivers écroulé, dévoré par le feu, apparaîtra le Fils de THomme au milieu des nuées avec une grande puissance et mie grande majesté, entouré de la multitude de ses anges, pour juger les vivants et les morts. G*est ce jugement final que cet Évangile nous annonce, nous

invitant à ne jamais le perdre de vue et à nous y préparer par toute notre conduite. Si nous avons .

le bonheur de vivre en enfants de l'Église^ dans robéissance à ses commandements et conformément à la parole divine, qui ne passera point, quand les signes de la désolation universelle éclateront, ou, ce qui est la même chose pour chacun, quand la dissolution de notre existence par la maladie et par la mort deviendra imminente, alors nous pourrons regarder en haut avec confiance et lever la tête vers le ciel, parce que la mort est une délivrance pour Tâme animée de Tespérance chrétienne. Mais pour cela elle doit s'affranchir de bonne heure de la servitude du corps et du joug de lesprit du monde qui la rabattent vers la terre et Yj attachent. C'est pourquoi dans le temps de l'Avent TEglise recommande les xnorlilications de la chair, de l'esprit et du cœur, les privations, les abstinences» les jeûnes qui retranchent au corps le superflu en le réduisant au nécessaire, l'abstention du plaisir et des fêtes du monde pour setour^ nerplus aisément vers Dieu parla prière, et enfin le renoncement à beaucoup de choses qui plaisent à la nature, afin d'offrir à Jésus-Christ son cœur tout entier et tout son amour. Elle invite aussi à veiller et à prier sans cesse, pour n'être point envahi par les tentations chaque jour renaissantes avec les besoins de notre existence, la satisfaction

PREMIER Dimanche de l'avent. 9

de nos appétits et les influences extérieures qui y

correspondent, ni surpris soit par le dernier jour de Tnnivers qui enveloppera soudainement comme on filet tous ceux qui habitent la terre, èoit par notre dernier jour à nous, par la fin subite de notre vie ici-l)as. Car la mort^ qui n'épargne personne, frappe à chaque moment ceux qui Tat* tendent le moins.

PRATIQUE

Ne perdons jamais la pensée de la mort ni du jugement dernier, afin que, par la recherche du bien et la fuite du mal, nous soyons toujours prêts à paraître devant Dieu, qui nous demandera compte de notre vie, et en état de participer aux bienfaits et à la gloire de la résurrection universelle.

PRIÈRE

Seigneur, manifestez votre puissance, et par le se* cours de votre grâce, venez nous sauver des périls pressants où nos péchés nous engagent; vous qui,

étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en* l'unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il*

.£PITRE(Rom.^ XV, 4<13).

Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction, afin que nous ayons espérance par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent. Et que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la*grâce d'être toujours unis de sentiments et d'affection les uns avec les autres selon Jésus-Christ, afin que d'un même cœur et d'une même bouche vous glorifiiez Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus- Christ. C'est pourquoi supportez-vous les uns les autres, comme Jésus-Ciirist vous a supportés

pour la gloire de h'mi. Car je tous déclare que

Jésus-Christ a été le ministre de l'Évangile à l'égard des circoncis, a6n que la véracité de Dieu fût prouvée par raccomplissement des promesses faites à leurs pères. Quant aux gentils, ils doivent louer Dieu de la miséricorde qu'il leur a faite, selon qu'il est écrit : C'est pourquoi. Seigneur, je publierai vos louanges parmi les

DEUXIÈME DIMANCm DB L'AVEMT. il

uaticMis, et je chanterai la gkûre de votre aam.

U est encore écrit : Réjouissez-vous, nations, avec son peuple. Et ailleurs : Nattons, louez toutes le Seigneur ; peuples, glorifiez-le tous. Isaïe dit aussi : Il sortira de la tige de Jessé un rejeton qui s'élèvera pour régner sur les uar tions, et les n^ons espéreront en lui. Que le Dieu d'espérance vous remplisse de joie et de paix dans votre foi, afin que vous abondiez en espérance et dans 1) vertu du Saint-£sprit.

La vérité principale qui ressort de cette épitre^ c'est l'unité à laquelle Dieu a voulu ramener toos les horames par une même foi, source d une même espérance et d'une charité commune. Or, la foi a pour prmcipe et pour objet la parole divine, laquelle, dit l'Apôtre, a été écrite pour notre instruction. Jésus-Christ est venu accomplir les prophéties et les promesses de la parole de vérité, appelant tout ensemble au royaume céleste et à la participation de la vie divine les juifs et les gentils. Tous, en vertu de la réconciliation opérée par l'effusion expiatoire de son sang avec Dieu et entre eux, ont pu, par le sacrement de la régéné-> ration qui en a fait de nouvelles créatures , devenir les eniiwts de J)içU| les frères et les cohéri*-

la 4)£UXIËME DIMANCHE DE L'AVENT.

•tiers de Jésus-Christ, par conséquent ne plus

former qu'une seule famille qui est l'Église, qu'un seul troupeau dont Jésus-Christ est le pasteur. Aussi TApôtre recommande-t-il aux Romams de s'unir de cœur avec les juifs et entre eux dans les sentiments d'une véritable fraternité, honorant Dieu d'une même bouche, et se supportant les uns les autres comme le Sauveur leS|fi tous supportés, L'Église nous adresse aujourd'hui avec encore plus de raison ces paroles de saint Paul, puisqu'il n'y a plus entre nous de distinction de circoncis et d'incirconcis, et qu'en tant que catholiques, brebis du même bercail , ou enfants de la même famille spirituelle, conduits par la même houlette et nourris de la parole et du pain du ciel , il ne doit plus exister entre nous de divisions de nationalités, de races, d'intérêts, ni d orgueil. Conservons donc précieusement cette foi une^ qui, en nous remplissant de joie et de paix, nous unit intérieurement à nos frères, en même temps qu'elle fait abonder en nos âmes Tespérance des biens célestes et les vertus de l'Esprit-Saint.

Page 1