‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 4 sur 161 · ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XI · texte numérisé non relu

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XI

Or Jean, ayant appris dans sa prison les œuvres de Jésus-Christ , envoya deux de ses

disciples lui dire : Êtes-vous celui qui doit venir^ ou devons- nous en attendre un autre? Et Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean ce que vous avez entendu et vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressus* citent, rËvangil^ est annoncé aux pauvres (Isaïe, XXXV, 5, LXI, 5), et heureux celui qui ne sera point scandalisé à cause de moi. Lorsqu'ils s'en allaient, Jésus se mit a dire de Jean à la multitude : Qu'êtes- vous allés voir dans le .désert? Un roseau agité par le vent! Qu'êtesvous allés voir? Un homme vêtu avec mollesse ! Ceux qui s'habillent de la sorte habitent dans les palais des rois. Qu'êtes-vous donc allés voir? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, car c'est de lui qu'il a été écrit : Voici que j'envoie devant vous -mon ange qui préparera la voie où vous devez marcher.

Jean*Baptiste, le précurseur, et à ce titre plus qu'un prophète; puisqu'il a eu le bonheur de voir le Messie dont il a été chargé de préparer les voies , envoie deux de ses disciples à Jésus pour lui demander ; Êtes-vous celui qui doit venir ou

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les Pères, que Jean eût le moindre doute sur la mission de Jésus-Christ. Mais c'était pour que ses disciples reçussent le témoignage de la bouche même du Sauveur, et afin que la vertu de sa parole les éclairât. Jésus leur répond en leur montrant les prophéties accomplies. Voici piès de deux mille ans que la doctrine évangélique est établie dans le monde, dont elle a renouvelé la face, et on entend des hommes, des savants surtout, demander comme les disciples de Jean, mais non avec la même Intention : Jésus-Christ est-il celui qni doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Nous leur ferons la même réponse.

1"* Les aveugles voient, non plus seulement quelques aveugles par les yeux du corps, et qui étaient dans les prophéties les images de l'aveuglement spirituel du genre humain, que la Ivir mière de TEvaugile est venue guérir. L'honune, détourné de Dieu par sa désobéissance, par TinfractioQ volontaire de sa loi, était tombé dans Taveuglement de l'esprit, dans l'obscurité du cœur, et, dit saint Paul , ne pouvant pas se pas- ser de Dieu , il le cherchait à tâtons, comme un aveugle, à travers toute la nature. La parole de Jésus-Christ lui a ouvert le seas intellectuel et divin par Tinfusion de la lumière céleste , et les apôtres^ comme autant de ilambeauX| ont ré-

pandu les rayons de cette lumière jusqu'aux extrémités du mande {P&alm.^ XYIII, 5). Autrefois vous étiec ténèbres, maintenant vous êtes lumière; dit Paul aux gentils devenus ckrétiens {Ephés., V, 8).

2** Les boiteux marchent. Avant Jésus-Christ riiumanité , s'avançant à tâtons dans les ténèbres, allait comme au hasard, errante et incertaine, ^tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, même le peuple de Dieu aidé cependant d'une manière si merveilleuse, mais presque toujours infidèle, et à plus forte raison les gentils , abandonnés aux passions de leur cœur* Elle boitait des deux côtés, suivant l'expression énergique des prophètes. Jésus-Christ Ta raffermie sur la plante de ses pieds, comme le paralytique de la piscine de Siloé* Il a redressé ses voies par les préceptes de l'Évangile, complément de la loi ancienne, et il les a menées à la perfection par ses conseils et par l'efficacité de la grâce, qui peut seule la rendre capable d'y marcher droitement, fermement, et avec persévérance.

3° Les lépreux sont guéris. C'est la lèpre du péché originel, le virus mortel, dont Satan avait infecté l'humanité dans son âme, dans son esprit et dans son corps, et qui en a été expulsé victorieusement par la vertu du sang de Jésus-Clirist , appliqué à tous les chrétiens par Teau régénératrice du

baptême, qui en fait de nouvelles créatui*es et des

enfants de Dieu. Ce sont, en outre, tous les ve^ nins des péchés actuels, qui peuvent aussi pro« duire la mort de Tâme, et que le sacrement de pénitence doit combattre et détruire par le remède souverain de Fabsolution. Le sang de la Victime sainte, répandu sur la terre pour laver nos iniquités, forme une piscine divine, où tous ceux qui ont souillé leur robe baptismale par le péché peuvent la blanchir de nouveau, et reparaître purs et sans tache devant Dieu. C'est pourquoi les morts ressuscitent. Car les sacrements, qui rendent à Tâme, séparée de Dieu par le péché mortel, mais purifiée et réconciliée par leur vertu, la participation à la vie divine qu'elle avait perdue, la ressuscitent en effet en la ramenant de la mort du péché à Téternelle vie.

4« L'Evangile est annoncé aux pauvres. G^est le dernier signe et le plus manifeste de Celui qui devait venir. Jésus-Christ a aimé les pauvres de pré- • férence, et c'est surtout pour eux qu'il est descendu sur la terre. U les a déclarés plus heureux que les autres, quand ils savent profiter de leur pauvreté matérielle pour acquérir par la patience, la résignation et le dépouillement de leur esprit propre la richesse du ciel : Beatipauperes spiritu (Matth., V, 3) . U leur a annoncé qu'ils sont aussi les enfants du Père céleste , ayant droit comme les autres k son

amour et & ses bienfaits, par lesquels ils seront dédozninagés dans un monde meilleur des privations endurées chrétiennement dans celui-ci : éga* lité devant Dieu, devant la loi éternelle. Il leur a rendu leur dignité , en les appelant à la liberté véritable, qui les élève au-dessus des puissances et

des influeucBS de la terre par robéissance h Dieu seul. Il leur a apporté le vrai bonheur, non en leur distribuant les biens de ce monde toujours périssables et qui au fond ne donnent point de joie à Tâme, mais en leur communiquant les trésors du ciel, la lumière de la vérité, les grâces, les béné* dictions, les vertus d'en haut, la patience, Tespérance et la force au milieu des peines inévitables de cette vie. Ainsi seulement s'améliore réellement le sort des pauvres ici-bas. Qu'on les rende chrétiens, et on les rendra plus heureux en les rendant meillears. Mais vous leur distribueriez toutes les richesses de la terre sans les changer au dedans^ que vous n'avanceriez en rien leur bien-être ni surtout leur progrès. Vous ne feriez qu'augmenter les moyens et l'immoralité du désordre, donc la profondeur du mal et de la misère.

Nous pouvons donc affirmer avec assurance que Jésus-Christ est bien celui qui devait venir et qu'il n*7 a point lieu d'en attendre un autre. Car l'humanité était aveugle, et il lui a ouvert les yeux; elle était sourde, et il Ta fait entendre; elle boi-

tait, et il a redressé sa marche; elle était dévorée par la lèpre du péché, et il Ta guérie ; elle était morte à la vie du ciel, et il l'a ressuscitée. Il a fait tous ces miracles par son évangile annoncé de préférence aux pauvres, mais qui ne produit ces merveilleux effets qu'en ceux qui le reçoivent avec foi, comme il a été dit à Taveugle-né, à l'hémorrhoïsse, aux lépreux reconnaissants, au paralytique, à la Ghananéenne , à tous ceux que Jésus et les apfttres ont guéris : votre foi vous a sauvés. Vous êtes heureuse, Marie, parce que vous avez cru, et de grandes choses s*accompliront en vous (Luc, I, 49).

PRATIQUB.

Considérons souvent les miracles que Jésus-Christ a faits pendant sa vie sur la terre, et les changements merveilleux que son Évangile a opérés dans le monde, dont la fàce a été renouvelée par la seule vertu dé

sa parole, pour nous affermir dans notre foi en la di«

vinitédu Sauveur, efdans notre reconnaissance d'une si grande miséricorde et de tant d'amour.

Seigneur, excitez nos cœurs à préparer les voies de votre Fils unique, afin que nos âmes, étant purifiées par la grâce de son avènement, nous puissions vous

rendre un culte digne de votre majesté souveraine. Nous vous en prions par notre Seigneur Jésus-Christ, qui étant Dieu, vit et règne, etc*

EPITRE (Pliilip,, IV, 4-7},

Réjouissez-Yous sans cesse dans le Seigneur; je le dis encore une fois, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais présentez à Dieu vos demandes avec des actions de grAces dans toutes vos prières et vos supplications. Et que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs- et vos esprits en Jésus-Gbrist.

Le Seigneur est proche. L'Église nous en avwtit de toutes nkamères, en ce temps sol^mel de TAvent, afin que nous nous disposions à le recevoir comme de bons serviteurs qui attendent leur maître, on plutôt comme des amis qui attendent celui qu'ils aiment. C'est pourquoi elle nous engage à nous réjouir dans le Sauveur qni est la source de tous les biens, et qui est le bien souverain duquel descendent tous les dons parfaits. Quimportent aa chrétien fidèle les

trésors de la terre , s'il est uni à celui qui est le bien suprême, et à quoi lui servirait de les posséder, si^ en se séparant de son rédempteur, il perdait son âme? C'est pourquoi Tunion intime de Tâme avec Jésus-Christ par la foi est une source intarissable de joie, de cette joie profonde et pTire que les anges goûtent pleinement dans la gloire du ciel, et dont la grâce nous donne les prémices ici-bas. Un cœur possédé par Jésus- Christ^ animé de son esprit, est satisfait dans son fond, dans son besoin le plus essentiel, et ainsi ne peut être troublé sérieusement par les acci* dents du monde, ni agité au fond par les désirs et les passions qu'elles excitent. Sa foi le met audessus de leurs atteintes, et l'espérance céleste qui en sort élève son amour plus haut que la terre. De là sa modération ou sa modestie dans ses rapports avec les hommes. C'est pourquoi aussi il ne s'étonne ni ne s'inquiète de rien, ne désirant ni ne craignant les choses d'ici-bas, qui ne font que passer, et remettant avec une confiance filiale son existence présente et future entre les mains de Dieu. Il sait que pas un cheveu de sa tête ne tom« bera sans sa permission, et en toutes circonstances , si graves qu'elles soient , il borne sa prière à demander à Dieu ce qui lui est néces- ' saîre ou utile, sous la condition de l'accomplissement de sa sainte volonté, et en lui rendant grâces

de ce qu'il a déjà fait pour loi. Pois, il attend

avec calme, avec résignation, la manifestation des desseins providentiels, ne s'agitant pas outre-* mesure pour chercher le bien-être ni pour éviter la souffrance, mais recevant volontiers de la main de Dieu tout ce qui lui arrive.

Telle est la paix que T Ap6tre souhaite aux Philippiens, paix qui surpasse tout sentiment humain, parce qu'elle vient de Dieu seul par Tirradiatiou de sa lumière dans l'esprit, par l'infusion de son amour dans le cœur : ce qui préserve l'un de Tincertitude de la science humaine, et l'autre de l'agitation des passions. « La paix soit avec vous, a dit Notre-Seigneur à ses apôtres la première fois qu'il reparut au milieu d'eux après sa résur« rection; je vous donne ma paix, qui n'est pas comme celle des hommes. » (Jeaui XIV\ 27.)

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