‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 43 sur 161 · J£UDI SAINT · texte numérisé non relu

J£UDI SAINT

tout) quand on croit avoir pour soi la raison et la justice ; car alors , comme Jésus Ta fait , on 6te le

vêtement de sa dignité propre, on s'entoure du linge de la charité , avec lequel en essuie et prend sur soi les fautes des autres.

Saint Augustin {tract. 55 in Joan.) indique à ce passage un sens mystique. Jésus ôtant sou vêtement signifie Tanéantissement du Fils de Dieu, qui semble se dépouiller de sa gloire en se faisant homme. Le linge dont il s'entoure est la forme du serviteur qu'il a acceptée. L'eau versée dans un bassin pour laver les pieds de ses disciples est le sang qu'il a répandu sur la terre pour détruire l'impureté du péché. U a essuyé avec ce lioge les pieds qu'il avait lavés, c'est-à-dire que par la chair dont il s'est revêtu il a affermi les pieds des évangé* listes. £n prenant la forme du serviteur il n*a point déposé ce qu'il avait, mais il a reçu ce qu'il n'avait pas. Il a été dépouillé de ses vêtements pour être crucifié, mort il a été enveloppé de linges, et toute sa passion a servi à nous laver. Puis la purification de jnotre rédemption étant accomplie mystiquement par Teffusion de son sang, il a repris ses vêtenrents le troisième jour par sa résurrection, en sortant du tombeau revêtu du même corps transfiguré, et il est monté au ciel, ob il est assis à la droite du Père, d'où il viendra juger les vivants et les morts.

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. Rien n'empêche d'adopter à la fois ces deux sens, qui se confirment l'un l'autre , Texemple et la leçon d'hnmble charité donnée par le Sauveur à ses apôtres étant la préfiguration du sacrifice de la croix qui s'accomplira le lendemain, et dont cette dernière purification les rend capables de profiter en effaçant les taches les plus extérieures de ceux qui étaient déjà purs. Ce qui semble expliquer pourquoi Notre-Seigneur a choisi ce moment pour, laver les pieds de ses apôtres.

pratique;

Servons-nous les uns les autres, comme le Sauveur nous a servis. Ne dédaignons aucun office, si bas qu'il paraisse, pour être utile à nos frères; mettonsnous à leur disposition par la charité et pour les services les plus répugnants, à l'exemple de Jésus, qui a voulu laver les pieds de ses disciples, pour nous apprendre à la fois à être humbles et charitables.

PRiiRE.

0 Dieu, de qui Judas a reçu la punition de son crime et le bon larron la récompense de sa foi, daignez nous traiter avec miséricorde, afin que, comme

notre Seigneur Jésus-Christ dans sa passion a rendu à chacun selon son mérite, il nous accorde aussi, après nous avoir dépouillés du vieil homme, la grâce delarésurrection; lui qui, étant Dieu, vitet règne, etc.

LE VMMËDI SAINT.

Après avoir lu la Passion de Nôtre-Seigneur et adoré la croix ou plutôt le Crucifié qui a sauvé le monde, contemplons le divin Rédempteur dans les moments les plus terribles de ses soulTrances; et en voyant comment il les a supportées, revenons sur nous-mêmes pour reconnaître notre faiblesse,

et combien nous avons besoin de sa grâce pour le suivre dans la voie où il nous invite à marcher à sa suite, si nous voulons vraiment être ses disci* pies; car il a dit : Que celui qui veut être mon disciple renonce à lui-même , prenne sa croix et me suive.

Considérons d'abord Jésus au jardin des Oliviers, dans la grotte de Géthsémani, en face du calice de nos iniquités qu'il doit boire jusqu'à la lie pour les expier k notre place et satisfaire à la justice divine outragée par notre révolte et notre ingratitude* Toute sa passion est virtuellement dans rhorrible agonie qu'il subit en ce moment, on dans la lutte de la nature humaine contre l'affreuse mort qu'il lui faut accepter en tant que victime volontaire, pour racheter l'humanité coupable. L'angoisse du Fils de l'Homme , accablé d'une

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tristesse mortelle qui le remplit de crainte et d'horreur, es( tellement violente qu'elle le couvre d'une sueur de sang , et cependût tout en demandant •par trois fois que ce calice s'éloigne de lui, s'il est poesibie, par trois fois aussi il l'accepte, disant : Qu'il en soit ce que vous voulez et non ce que je veux. - Et nous , où en sommes-nous devant le moindre sacriiice, non ^as seulement en faveur des autres et pour leur épargner une peine ou leur procurer un Lien , mais mt-'me pour accomplir notre devoir et résister à un penchant, à un désir, à une mauvaise habitude. jQue de raisons ou de prétextes pour éviter dans ces cas, non pas la mort on une grande douleur, mais même la plus petite peine ou l'ennui le plus ordinaire. Nous disons souvent que nous ne clicrchons que la volonté de Dieu, et quand elle se présente, nous ne voulons pas la voir, si elle nous contrarie, on nous tftchons de lui échapper d'une manière ou de l'autre, afin de faire ce que nous voulons, ou au moins de ne pas faire ce que nous^ne voulons pas.

Regardons Jésus en face de Judas, devant la trahison et la perfidie. Ami, lui dit-il, qu'êtesvous venu faire id? £t il souffre que le miséràble applique ses lèvres sur les siennes , il subit avec douceur l'horrible impression de cet odieux baiser. Et nous, comment recevons-nous , je ne dirai pas nos «uienûs, mais ceux que nous soupçonnons de

VENDREDI SAINT

nofos youloir du mal ou de n'être pas de nos amî$? Nous sommes tout prêts à les accuser, à les

condamner, à les repousser, leur faisant éprouver directement ou indirectement les effets de notre colère ou de notre disposition malveillante, et cela souvent à cause de la moindre contradiction dei leur part, ou même sur le simple soupçon qu'ils ne nous sont pas favorables. •

Jésus amené devant Caïphe, c'est-à-dire en face de rhypocrisie , ne répond aux accusations multi7 pliées dont il est l'objet que parle silence, ou bien il ne parle que pour affirmer simplement ce qui est. £t nous, à la plus légère accusation, comme nous sommes hors de nous, surtout si elle a quelque fondementl Avec quelle violence nous réagissons par la parole et parTaction conti^e ceux qui disent du mal de nousl Gomme nous les chargeons à notre tour pour nous venger, excitant les autrescontre eux, et nous imaginant que le monde entier doit prei^dre notre cause en main, et qu'il n'y a point de châtimeiU assez terrible pour ceux qui nous traitent de la sorte 1 Oh 1 apprenons donc par Texemple du Sauveur à garder aussi le silence quand on nous accuse, à laisser tomber les paroles de mé- ^ disance ou de calomnie, ou, si nous devons répondre, à ne dire justement que ce qui est nécessaire pour affirmer la vérité et détruire le mensonge.

Jésus devant Pilate ou en face de la lâcheté 1

VENDRËDI SAINT

Pilate ne le croit pas coupable ; il ne trouve rien dans sa conduite qui mérite une condamnation, et cependant il l'abaDclonne à la fureur de ses ennemis, se contentant de se laver les mains du sang innocent et le rejetant sur leur tête. C'est le type de la prudence humaine qui craint par-dessus tout de se compromettre , même pour la défense de la Térité et de la justice. G*est la lâcheté de Vintérèt propre ou de Tégoïsme, qui, ne voyant rien à gagner et beaucoup à risquer à combattre riniquité, s'arrange avec elle pour avoir sa part, ou, comme dans ce cas, 8*il n'y a point à profiter, en dégage, autant qu'elle peut, sa responsabilité. N'avonsnous jamais été des Pilâtes en face de Jésus-Gbhst accusé? N'avons-nous pas quelquefois abandonné sa cause ou sa doctrine, sa parole, ses commandements ou son £g]ise en face des maximes- du • monde qui les condamne, ou de son esprit qui les repôusse ou les tourne en ridicule? N'avons-nous pas en paroles, en actions ou par omission, ne fut-ce même qu'en participant par le silence ou par un sourire aux attaques de ses ennemis, trahi Jésus-Christ, pactisant avec l'injure par faiblesse, on au moins le laissant outrager, blasphémer, maltraiter, parce que nous n'avons pas eu le courage de nous y opposer, et ahn de ne pas nous at tirer la persécution ou la moquerie du monde? Jésus devant le peuple en face de l'ingratitude,

VENDREDI SAINT

Ecce hoTM ! Yoilà rhomme ! voilà votre roi, lui dit Pilate^ et le peuple répond par des cris de mort :

Toile ^ toile ci/m, crucifujatur ! Tuez-le, tuez-le, qu'il soit crucifié 1 G est ce même peuple qui le recevait il y a quelques jours eu triomphe à son entrée à Jérusalem, jonchant le chemin de branches d'arbres, étendant ses vêtements sous ses pas et criant : Hosanna au fils de David 1 £t il n'y a là personne pour le soutenir ; tous ses apôtres se sont enfuis, et leur chef, celui dont il fera la pierre fondamentale de son Eglise^ effirayé du sort de son maître et craignant de le partager, le renie par trois fois avec jurement. Qui de nous se croit en droit de le juger, de le condamner? Qui osera lui jeter la première pierre? Qu'aurions-nous fait à sa place et dans cette extrémité? N'avons-nous pas un jour ou l'autre renié notre maître pour moiiis que cela, par la fascination de l'esprit du monde ou par Tentrainement du respect humain/ Apprenons par la vue de Jésus-Ghrist calme et d^ne devant les fureurs du peuple, qu'il a comblé de ses bienfaits, à supporter l'ingratitude de ceux auxquels^nous a^ons fait qudque bien. C'est peutêtre ce qui nous coûtera le plus, parce que le ressentiment de notre cœur blessé , de notre orgueil ofiEensé, s'autorise des réclamations de la justiee foulée aux pieds , et nous avons Tair de soutenir les droits de l'équité^ quand au fond

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mm sommes pleins des récriminations de notre personne.

Jésus devant la mort ! Jésus entre les mains de ses bourreaux et attaché à la croix 1 Pas une plaintel Il se livre h eux comme la brebis à celui qui Ta régorger,' et dans l'agonie de ses derniers moments il prie pour ceux qui Tout crucifié. « Pa^ donnez-leur, mon Père, parée qu'ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc, XXIII, 24.) Et nous, quand nous avons à souûrir quelque chose des autres, ou que nous nous croyons maltraités, ne fùt-œ qu'en paroles, nous leur imputons, au contraire une intention encore plus mauvaise que la vérité, les accusant de plus qu'ils ne font, bien loin de les excuser ou d'atténuer leurs torts. Nous savons qu'à l'exemple de Jésus-Christ nous devons rendre le bien pour le mal et bénir ceux qui nous man« dissent/et cependant que de peines nous avons k pardonner la moindre injure, à oublier la plus petite injustice, à étouffer le plus léger ressentiment.

Jésus crucifié et agonisant, après avoir prié pour ses bourreaux, ouvert la porte du ciel au larron pénitent, pourvu m sort de sa mère et à celui de ses disciples en la personne de Jean, au milieu de Tabandonuement de la victime condamnée à Fimmcdation et consumé par la soif, ne perd point de vue dans ses derniers moments, et malgré ses immenses douleurs, le but de sa mission, qui est de

V£NDR£DI SAINT;

restituer à Dieu rhumanité rebelle par le sacrifice de sa volonté, de son esprit, de son corps, de toute sa personne, par Tobéissance jusqu'à la mort de la croix ; et de là les deux dernières paroles toml)ées de ses lèvres mourantes : « Consummatum estf > tout est consommé, lesquelles s'expliquent par celle-ci : In manus tuas^ domine, commendo spiritum meum, » Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains 1 C'est là, en effet, la consom* mation de la perfection de rhumanité coupable, ou l'apogée de son retour à Dieu par la donation entière d'elle-même : consommatioiot qui devait avoir lieu par l'amour libre de la créature avant le péché, et qui depuis n*a pu s'accomplir que par l'immolation de sa volonté pervertie ôu le sacrifice volontaire du coupable, s'offrant en victime h la justice divine en la personne du Dieu fait homme, qui a souffert et est mort pour nous racheter. Mais

pour avoir pari au bénéfice de sa murt, qui nous a réconciliés avec son Père par le prix de son sang, il nous faut mourir avec lui dans toute les parties de notre persuuue, dans notre âme, dans notre esprit, dans notre corps, et consommer aussi en nous, par la mortification et l'immolation de la nature viciée ou de notre fausse existence en un corps de mort, conmxe dit saint Paul (iiom., YII, ^4), la remise ou la restitution de notre esprit entre les mains de Dieu. Telle est la fin dernière

VENDREDI SAINT

du mystère de la croix, accompli au Calvaire d'une

manière sanglante en la personne adorable de Jésus-Gtirist pour le salut du monde, et qui doit se renouveler en chaque chrétien, suivant sa mesure, d'une manière sanglante ou non sanglante et pour son propre salut, par l'immolation de toute sa personne à la volonté, divine.

PBATIQUE. ,

Chaque jour place sur notre chemin une croix nouvelle, ou quelque chose qui nous traverse et nous

contrarie. Prenons cette croix avec bonne volonlé, portons-la avec résignation, et suiv ons Notre- Seigneur dans sa voie douloureuse et jusqu'au Golgotha, s'il y a lieu*

PRIÈRE

Salut, ô croix, notre unique espérance ! en ce temps de la passion du Sauveur, augmentez la justice dans les &mes pieuses et accordez le pardon aux pécheurs.

LE 8AMEN SADIT:

L'épitre et 1 évangile de ce jour se rapportant rtine et Tautre à la résiuredion, comme TépUreet révangile du jour de Pâques , il nous a semblé k propos d'offrir à la méditation des fidèles des extraits des magnifiques prières par lesquelles ÏÉr gKse bénit, le samedi saint, le feu nouveau qui va briller sur ses autels , image de celui que Jésus- Christ est venu apporter sur la terre et qu'il a voulu y faire brûler, le cierge pascal avec l'encens , symboles de Tâme s'exhalant vers le ciel par la prière, et Teau, signe et instrumeiit de la purification ^ où rhomme doit renaître par la vertu de r£sprit-Saiût dans le baptême.

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