ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, XVI
Jésus dit à ses disciples : Maintenant je vais à Celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande où je vais* Mais parce que je vous ai dit «es choses, la tristesse a rempli votre cœur. GepeadaM, Je vous dis la vérité » il vous est arantageux que je m'en aille : car, si je ne m*tn vais pas, le Consolateur ne viendra point
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à vous ; mais si jè m'en vais, je vous l'enyerrai.
Et lorsqu'il sera venu , il couvaincra le monde du péché, de la justice et du jugement Du péché, parce qu'ils n'ont pas cru en moi ; de la justice 9 parce que je vais à mon Père et que vous ne me verrez plus ; du jugement , parce que le prince de ce monde est déjà jugé. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire , mais vous ne pouvez les porter présentement. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité; car il ne parlera point de luimême, mais il dira tout ce qu'il aura entendu et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu*il recevra de ce qui vient de moi . et il vous l'annoncera. Tout ce qu'a mon Père est à moi. C'est pourquoi je vous ai dit qu il recevra de ce qui est à moi et vous Tannoncera.
Le Sauveur, après être retourné par son ascension vers Celui dont il avait reçu sa mission, assis au ciel à la droite du Père , a envoyé le Saint-Esprit aux apôtres, comme il le leur avait promis, pour leur enseigner toute v^té, et leur expliquer tout ce qu'il leur avait dit. L'Église a été fondée
par la deficente du Saiat*Esprii dans le cénacle, où
les disciples, unis dans une même foi et un même amour, se sont mis à parler toutes les langues: symbole d'une Église universelle, une et la même chez tous les peuples, dans toutes les parties de la terre, et sous les formes si diverses de l'humanité et'de la civilisation. Depuis œ temps TEsprit de . vérité parle par l'Église qu'il inspire ou assiste, et c'est par elle qu'il a convainca le monde toucliant le péché, touchant la justice et. touchant le jugement.
l"" Touchant le péèhé, car avant l'enseignement de l'Église le monde n'avait point une connaissance exacte et sûre de la nature du mal et par conséquent du péché. Chez les païens le bien et le mal sont confondis dans les spéculations des philosophes comme dans l'idolâtrie des peuples. Toutes les passions, même les plus grossières, y sont divinisées, et il n'y a point de crime sur la terre qui n'ait son modèle ou son apologie dans le ciel. L*£glise a appris au monde que le péché consiste à ne point accepter, à ne point observer la loi de Dieu, laquelle a été révélée par la parole éternelle^ par le Verbe divin, par le fils de Dieu fait homme, qui est Jésus*Ghrist. Donc le péché du monde est de ne point croire à Jésus-Christ, le Verbe éternel, parlant dans l'origine au premier homme, puis par les patriarches, par Moise, par les pro-
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phètesy et enfin inunédîafeementet personnellement
aux juifs, qui n'ont pas vouln croire en lui. C'est au nom de Jésus-Christ et par la foi en sa parole que l'Église promet le salut à ses enfants, et les délivre du péché et de la mort. Elle leur demande, comme Jésus à Pierre : Que dites-vous que je sois! Et tous ceux qui m répondent point : « Vous êtes rÉglise du Dieu vivant et vous avez les paroles de la vie éternelle, » elle les laisse dans leurs pédiés, c'est-ànlire dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.
2o Touchant Injustice, parce que je vais à mon Père et que TOUS ne me verrez pûis.
C'est rEspritrSaint, parlant par l'Église, qui a révélé au monde comment le ci'ime de l'iiomme enrers Dieu a été réparé par le sacrifice dn Bé^ dempteur, et l'étemelle justice rétablie par la restitution complèie de la volonté humaine à la ▼olonté divine; ce qui a été accompli par le sacrifice de Jésus-Christ, qui a daigné revêtir la nature humaine, pour en expier la révolte par l'obéissance jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Jésus dit à ses apôtres qu'il va vers son Père. U lui ramène rhumanité régénérée en sa personne par son immolation volontaire. Il va avec elle à son Père, la lui rapportant pure et transfigurée; mais il y va en passant par la Yoie donloforeuse, par le Calvaire et par la
croix. 0 mystère adorable! nons avons été justifiés par Teffasion de son sang^ et l'ordre a été victorietsemenl restauré , parce qn'il est retourné à son Père à travers les souffrances de l'expiation, rimmolation de la victime, et le triomphe de la mort sur la mort. Nous ne eonnaissons donc la véritable justice (jue parle Saint-Esprit, nous enseignant par l'Église le sens et la'portée du sacri* fice de THomme-IMeu , et nons ne pouvons partie ciper à cette justification souveraine qu'en prenant part , selon nos forces , aux douleurs et à la mort qui Tont effectuée. Aussi on ne devient nn vrai disciple de Jésus Christ que par le renoncement à soi-même et le portement de la croix.
8^ Touchant le jugement, parce cpxe le prince de ce monde est déjà jugé.
Il est jugé par la vie et la mort de Jésus-Christ qui , comme dit saint Paul (Col., Il, 25), a dépouillé de leur domination les puissances de l'air, et a passé triomphalement à travers le monde. Satan, qui s'était emparé du monde par rase en séduisant et subjuguant le cœur de Thomme, a été vaincu par la parole , la vertu et la mort du libérateur. Il a été jugé par la présence même du Christ, et précipité par son apparition comme les ténèbres devant la lumière ; aussi Jésus dit à ses disciples : Ayez confiance ^ j'ai vaincu le monde. (Jean, VI, 33.) Et quand il leur communique sa
Oigitized
puissance sur les mauvais esprits, qu'ils chasseront en son nom, il s'écrie : J'ai vu Satan tombant du ciel comme la foudre. (Luc, X, 18.) A l'heure de sa mort son sang divin qui pénètre la terre en fait sortir les puissances des ténèbres, qui en couvrent un moment la surface, et depuis ce temps l'Église et les saints chassent le démon avec empire par le signe de la croix ou les paroles des exordsmes au nom du Dieu fait homme. C'est ainsi que nous serons jugés nous-mêmes,suivaDt ce qu'il restera de Satan en nous , ou qu'il en sera chassé par Jésus- Christ en vertu de notre foi en sa parole, et surtout si sa vie pénètre et transforme la nôtre par la manducation de sa chair et Tabsorption de son sang.
C'est là le vrai jugement, le jugement définitif qui s'accomplira spontanément, quand les hommes comparaîtront devant Dieu ; car alors par la seule efficacité de la lumière divine, la séparation du bien et du mal se fera comme d'elle-même dans ' leurs œuvres, dans tout ce qui sera sorti d'eux, dans leur vie entière. Ce qui est venu de Dieu retournera à Dieu , et au démon ce qui lui appartient, ce qui s'est donné à lui. Ainsi au jour solennel de la réparation universelle le Saint-Esprit convaincra le monde et toutes les créatures de la vérité et de la justice du jugement de Dieu.
En écoutant toujours la parole de l'Ég-liso , nous sommes certains de n'agir que par la motion de l'Esprit-Saiût qui la dirige, et alors nous trouveroas dans ses décisions la confirmation ou le redressement des dictées de notre conscience.
PRIÈRE
0 mon Dieu, guidez mes pas dans la voie de yos
commandements et de ceux de votre Ég'ise, afin que ma raison n'obscurcisse point en moi les vérités du salut, que ma propre volonté ne s'oppose jamais à la vôtre, et que je ne fasse rien qui puisse éloigner votre grâce et contrister le Saint-Esprit. Par Jésus- Christ, etc.
LË QNQUIËU£ DIMâNGHË AP£ëS PAQUES.
fiPITRE (Jacques, I, 22-27).
Ayez soin de mettre en pratique la parole de Dieu, et ne vous conteutez pas de Técouter en vous trompant vous-mêmes. Car celui qui écoute la parole sana la pratiquer» est seinJ^lable à un homme qui considère son visage dans un miroir et qui, après s'être regardé » s'en va et oublie aussitôt quel il était. Mais celui qui examine sérieusement la loi parfaite, qui est la loi de la liberté, et qui s y attache, celui-là n'écoutant pas seulement pour oublier tout de suite, mais faisant ce qu^ii écoute, trouvera son bonheur dans ce qu'il fait. Si quelqu'un croit avoir de la religion et ne met pas un frein à sa langue, et se laisse aller aux séductions de son cœur, sa religion est vaine. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu, notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction et à se préserver de la corruption du siècle.
CINQUIÈME DIMANCHjB APRÈS PAQU£& 311
L'apotre saint Jacques, qui affirme dans le chapitre sniirant de son Épitre que la foi est morte sans les (euyres, qu'elle esl comme un corps sans âme, et qu'elle ne peut se prouver que par les actes qui la réalisent, nous rappelle ici qu'il ne suffit point d'écouter et de goûter la parole divine pour être un disciple de Jésu^-Ghrist, mais qu'il faut encore la mettre en pratique dans sa vie de tousies jours, parce qu'alors la parole ne restant pas dans la téte ou dans l'imagination, s'infuse dans la volonté, dans le cœur, dans toute la personne où elle répand ses vertus. C'est pourquoi celui qui fait ce qui lui est enseigné et ce qu'il écoute trouve son bonheur dans son action. La loi parfaile de liberté, c'est-à-dire la loi mosaïque perfectionnée par l'Évangile, et dont le but est de délivrer complètement Thomme du mal, est comme un miroir où nous voyons, à l'aide de la lumière divine, nos misères et nos imperfections. Si nous n'y j etons qu'uncoup d'œfl en passant, sans réfléchir à ce que nous avons aperçu, nous l'oublions bien* tôt, et ainsi cela ne sert aueunemoit à nous amender. Mais celui qui y arrête ses regards, et les fixe longtemps sur ce qui lui 'est présenté, est porté par sa raison et par sa conscience à mettre sa conduite en harmonie avec ce que la loi recommande. Combien de personnes se croient pieuses et même avancées dans la piété, parce qu'elles trouvent du
31 s GIKQUIÈlfE DIMANCHE APRÈS PAQUES.
plaisir à lire la parole sainte et à la glorifier, préférant aussi les livres de spiritualité à tous les autres, mais s'inquiétant peu, pourvu qu'elles en jouissent dans leur esprit, de les appliquer à leur conduite. Illusion fatale, qui s'attache à leur perfection spéculative ou imaginaire, qui est presque tout entière dans les pensées , dans les images et dans les mots ! On se croit très -affermi dans la dévotion, parce qu'on en accomplit exactement les observances extérieures et qu'on fréquente assidûment rÉglise, et Ton ne sait pas retenir sa langue. On parle sans cesse de charité, de l'amour de Dieu et du prochain, et Ton dénigre, on rabaisse les autres en mainte occasion par la médisance ou même par la calomnie. On voudrait en paroles trouver des remèdes à tous les maux du 'genre humain, afin qu'il n*y eût plus de souffrance ni de misère sur la terre, et, en attendant, on ne voit pas ou on délaisse les afflictions de la veuve et de rorphelin qui sont à la porte. On vante, on exalte dans le discours la pureté des saints, qui vivent en ce monde comme les anges, élevant leur cœur au-dessus de la corruption du siècle, et avec ces belles paroles on reste dans la vie du monde, dominé par son esprit, préoccupé de ses vanités. On cherche à servir les deux maîtres à la fois, et, comme dit le Sauveur, on ne réussit qu'à déplaire à l'un et à l'autre. (Matth., VI, 24.) C'est la reli-
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gion stérile des gens da monde qui veulent paraître chrétiens, ou des chrétiens qui ne veulent point renoncer à être des hommes du monde.
fiYÂNGILE SELON SAINT JEAN, XVI, 23-30.
En vérité^ en vérité ^ je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez , afin que votre joie soit complète. Je vous ai dit ces choses en paraboles. Le temps vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père. £n ce jour-là vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis point que je prierai mon Père pour vous* Car mon Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti de mon Père et je suis venu dans le monde; maintenant je laisse le monde et je retourne à mon Père. Ses disciples lui dirent : maintenant TOUS parlez ouvertement et vous ne vous servez plus de paraboles. I^ous voyons bien à présent qVe vous savez toutes choses et qu'il n'est pas
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besoin qu'on vous interroge; c'est pour cela que nous croyons que vous êtes sorti de Dieu.
Jésus 9 au moment de quitter ses disciples, leur donne une nouvelle, preuve de son amour et de sa sollicitude. H leur apprend comment ils doiveut prier pour être exaucés, et afin que leur joie soit complète : « Demandez et vous recevrez. » (Mallh., VII, 7.) Toute demande sera-t-elle exaucée? N'y en a-t-il point d'indiscrètes, d'imprudentes, d'ineonvenantes? Et le plus souvent leur succès ne serait-il pas un malheur pour ceux qui les forment? De là les mécomptes de ceux qui prient avec une foi faible, mais avec un désir vif et très-humain d'obtenir ce qu*ils demandent. S'ils ne réussissent point, ils se découragent de la prière, ils la calomnient et la délaissent. L'incrédulité ou rindifférence est le résultat le plus ordinaire de cette mauvaise manière de prier. G*est pourquoi le Seigneur nous a dit comment il but prier pour être exaucés. C'est en son nom que nous devons nous adresser à Dieu, ce qui suppose la foi en ce nom sacré, la foi en celui qu'il représente, en Jésus- Christ comme Fils de Dieu. « Mon Père vous aime, dit-il à ses disciples, parce que vous croyez que je suis sorti de Dieu. » La far au Verbe incarné, au Dieu fait homme pour être le médiateur entre la divinité et Thumanité^ le Aédempteur del'henui&e
CINQUIÈME DIMAKGHë APRÈS PAQU£S. 31&
déchu et tombé dans l'esclaTage du prince du mal! Celui qui a le Fils a la vie. La yie éternelle du Père est dans son Fils. » (1 Jean, I, 11.) H &ut demander avec une foi ferme. < Demandez tLveo uBe foi qui n'hésite pas, dit l'apôtre saiat Jacques. (Jacq., I, 6.) Car celui qui hésite est semblable au flot de la mer ballottée par le vent. » Aussi Jésus disait*il à ceux qui se préseEtaimt à lui pour être guéris : « Pouvez- vous croire ? » et ensuite : « Qu'il vous soit fait selon votre foi! »
Geax-là seuls peuvent prier avee assurance en son nom, c'est-à-dire en union d'esprit et de cœur avec lui et pour obtenir par lui, ce qui implique qu'on ne demande rien qui ne lui soit agréable ou qu'il n'approuve. Ainsi l'explique l'apôtre saint Jean par ces paroles : « Nous recevronsde lui tout ce que nous demanderons, parce que nous gardons ses commandements et faisons ce qui lui plait. » {l Jean, III, 22.) Donc la première condition pour prier au nom de Jésus- Christ, c'est d'observer ses préceptes et de faire ce qui est Conforme à sa volonté. Dieu fera ce que nous demandons de lui , si nous faisons ce qu'il demande de nous. Jésus a dit : « Si vous demeures; en m^oi et que mes paroles demeurent en vouSy demandes tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » (Jean, XV, 7.) Alors uni à Jésus-Gbrist par votre foi, et par lui à
son Père, demandant en son nom et seulement ce qui est conforme à ses commandements, c'est-kdire ce qui se rapporte au salut, vous serez iufail*liblemenl exauc(5 d'une manière ou de l'autre, un jour ou Tauti^e, en raison de votre foi. Vous recevrez ce qui peut seul donner au cœur une joie pleine et parfaite, à savoir les grâces nécessaires à Tavancement, au perfectionnement des âmes, ou les prémices de la vie étemelle, qui vient du Père par le Fils et l'Esprit, et que vous goûterez déjà ici-bas par la foi^ Tespérance et la charité, jusqu'à ce que vous en possédiez plus tard la substance et la plénitude dans la gloire du ciel.
Prions avec foi, avec assurance, avec persistance, sans jamais nous lasser ni nous décourager an nom de notre seigneur Jésus-Christ, ne demandant que ce qui est conforme à sa loi, et sous la condition que sa volonté soit fàite et non pas la nôtre.