SVANGILB SELON SAINT JEAN, XVI
Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et un peu de temps encore et vous me reverrez, parce que Je vais à mon Père. Sur cela quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Que veut-il nous dire par là : Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus , et un peu de temps encore et vous me reverrez, parce que je vais à mon Père? Ils disaient donc : Que signifie cela : Encore un peu de temps? nous ne savons ce qu'il veut dire* Mais Jésus, connaissant qu'ils voulaient l'interroger, leur dit : Vous vous den^andez les uns aux autres ce que j'ai voulu dire par ces paroles : Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et un peu de temps encore et vous me reverrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira. Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. Quand une femme enfante, elle est dans la douleur, parce que son heure est venue; mais après qu*elle a mis au monde un fils, elle
2d8 TROISIÈME DIMANCBE APRÈS PAQU£S.
ne se souvient plus de ses souffrances à cause de la joie qu'elle ressent d^aroir mis un homme au monde. C'est ainsi que vous êtes maintenant dans la tristesse. Mais je vous ' reverraij' alors votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie.
D'après les interprétations des saints Pères et des Docteurs, le peu de temps dont parle ici Notre- Seigneur s'applique h deux époques : d'abord au temps de sa mort, qui va l'enlever à leurs regards, et alors ils pleureront et gémiront , pendant que 1b monde, c'est-k-dire les ennemis de Jé«i&-Gbrist, sera dans la joie. Mais quelques jours après il reparaîtra au milieu d'eux dans le cénacle, et il passera quarante jours k les instruire et à les foiv tîfier par sa parole, jusqu'au moment où il retournera vers son Père par son ascension. Saint Augoslîn entend le peu de temps, où les disciples seront privés de la vue de leur maître, delà durée du monde jusqu'à la consommation des siècles : durée qui semble longue pendant qu'elle s'écoule^ mais qui ne paraîtra rien quand elle sera passée. Or, jusqu'à la fin du monde les disciples de Jésus- Christ auront à combattre et à souffrir sur la terre^ pendant que les ennemis de Dieu chercheront k s'y réjouir de toutes manières et par tous les
moyens. Et pour leur faire comprendre le but de ces tribulations, qui est de les renouveler par réprouve el de les enfanter à la vie étemelle, ce qui, comme tout enfantement, ne peut se faire que dans la douleur, Jésus-Ghrist emploie ici la comparaison de la femme qui met m jour un homme au milieu des angoisses, mais dont les tourments sont adoucis par Tespérance d'être mère^ et couronnés par son triomphe d'avoir mis un homme au monde. Cette femme toujours dans les douleurs et dans la joie de la maternité^ c*est r^glise , qui enfante à Bieu des eniants spirituels au milieu des persécutions sans cesse renaissantes, et dans une tribulation qui ne cesse poiut. C'est avec rÉglise, la mère féconde des enfants de Dieu, toute ftme chrétienne qui a reçu au baptême le germe de la vie divine, lequel doit se développer en elle au milieu des contradictions et des orages de la terre, pour y reproduire et y former l'homme nouveau, Thomme du ciel et de Téternité, Jésus-Christ lui-même, qui vivra dans la créature régénérée, et dont elle ne pourra plus être séparée, parce que, dès qu elle a pu le connsdtre et le servir, elle s'est donnée à lui librement , avec prédilection , dans toute la plénitude de sa connaissance, de sa volonté et de sou amour.
Oigitized
PRATIQUE
N'oublions jamais qae les ennuis et les contradictions de ce monde sont les conditions de Tépreuve
par laquelle notre âme doit ])asser pour se dégager des liens de la terre et retourner vers Dieu. L'espoir de revoir Jésus Christ et de lui être uni nous soutiendra an milieu des ténèbres et des douleurs de la tribulation, qui n^auront qu'un temps*
PRIÈRE
Seigneur» que Totre grâce détache mon coNir de la terre, et qu'elle soumette mon esprit et ma volonté à
tout ce qui exige de moi l'obéissance à vos saints commandements!
LE QUâTRIËMË dimanche APRÈS PAQUES.
ÊPITRE (Jacques, I, 17-21).
Toute grâce excellente et tout don parfait
vient d'eu haut et descend du Père des lumières, en qui il Q*y a ni changement ni ombre de variation. Il a bien voulu nous engendrer par la parole de la vérité , afin que nous fussions comme la première de ses créatures. Vous savez toutes ces choses, mes ti ès-chei s frères. Oue chacun de vous soit donc prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère. Car la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu. C'est pourquoi, rejetant toute impureté et l'excès de la malice , recevez avec soumission la parole qui vous a été annoncée et qui peut sauver vos âmes. •
Le but de cette épître est de nous porter à recevoir la grâce de Dieu implantée dans notre âme comme une greffe du del , qui y a inséré la vie divine par le sacrement de la régénération^ et qui^
611 continuant à la nonnir et à la cultiver par la
prédication, opérera notre salut, c'est-à-dire nous unira iodissolnUemeiU à Dieu par Jésas-Ghrist^ si nous sommes fidèles à l'écouter et à la suivre. Mais pour cela il faut que nous rejetions l'impureté et Texcës de la malice : l'impureté qui vient des sens et de leur concupiscence , en sorte que lame quijs'y abandonne, envahie par les attraits sensuels , par les instincts grossiers du corps ^ n'a plus de goût pour les choses spirituelles et ne les comprend plus : l'excès de la malice, qui est dans Të^ïsme par lequel le moi humain se préftoe à tout, parce qu'il s'aime par-dessus tout, plus que Dieu dont la loi le gène, plus que toutes les créatures qu'il n'aime que pour lui. Sachez donc , dit l'Apôtre, tenir en bride vos sens et leurs iustincts, l'imagination, les passions, la raison propre et Toi^eil de la volonté, qui vous poussent à agir sans mesure, à parler beaucoup, à écouter peu, et à vous mettre en colère contre ce qui voi^s choque ou vous résiste. Et en effet, ea revenant sur nous-mêmes, nous remarquerons combien, soit par légèreté ou imprudence, soit par confiance ou vaine complaisance en nous-mêmecT, nous nous laissons aller k parler trop souvent sans savoir ce que nous disons, et uniquement pour imposer aux autres nos «pinâoni, nos ieiiti<ments, ou les occuper de nousj qu'au contraire
nous avons de la peine à nous taire pour écouter les autres, ee qui est cependuit le seul moyen de
s'instruire ; et enfin qu'il faut bien peu pour nous irriter contre les hommes et les choses. Alors nous n'agissons plus par la direction de la raison ou de la couscience dans la vue de la viTilé, de la justice et du bien, mais sous la pression de la colère, on de la passion malvelUante qui aveugle Tesprit et emporte la volonté. C'est pourfjuoi TApôtre dit que la colère n'accomplit point la justice de Dîen. Dose, si nous tonlons sauver
notre âme, fuyons Timpureté, abjurons Tégoïsme, gardons-nous de la colère , parlons peu, écoutons volontiers, et surtout la parole de Dieu, qui par la foi nous met en rapport vivant avec le Père des • lumières, avec le Principe immuable et indéfectible de toute perfection.