‹ Méditations sur les principales vérités chrétiennes et ecclésiastiquesChapitre 100 sur 282 · I. POINT · texte numérisé non relu

I. POINT

Xje maître donne du pain à son chien , et cet animal en a tant de leconnoissance , que pour un morceau que son maître lui jette, il le suivra par-tout ; il souffre d'en être battu, et le défend toujours au péril de sa vie. De plus , le maître nourrit ses serviteurs ; mais s'il en nourrissoit quelqu'un des propre mets qu'il mange à sa table , ne jugeroit-on pas qu'il l'aimeroit et l'estimcroit beaucoup? Or

CHRÉTIEN N ES. 1 qS

le Fils fie Dieu nous nourrit des propres mets <U)nt il se nourrit lui-même dans le Paradis , et dont il repaît les Anges. Panent Anc^eloruni manducavit hoino. Psal. 77. 25. Il y a encore une autre manière de nourrir; caries mères nourrissent leurs enfants non-seulement des viandes de leur taLle , mais de leur propre substance. G est ce que Dieu nous promet, lorsqu'il dit : Il y a des mères qui donnent à nourrir leurs enfants à des seins étrangers ; mais moi, je le nourrirai de moimême. Ut sugatis , et repleamini ah uhere consolationis cjus. Isaï. (j6. 11. Les bonnes mères qui voient que leurs enfants ne sont pas encore assez forts pour manger du pain , le mangent elles-mêmes , afin qu'il se convertisse en lait, dont elles puissent les nourrir. Dieu en fait de même , nous nourrissant de sa Divinité même , mais accommodée à notre portée. Voilà pourquoi le Verbe s^est fait cliair, et la raison pour laquelle étant Dieu et Homme, il s'est couvert en ce Saint Sacrement des accidents du pain et du vin. Admirez ici la sagesse , la puissance et la bonté de Dieu , qu'il fait éclater si hautement en ce divin Mystère ; consumez-vous tout en amour et en gratitude , produisant des r^ctes vigoureux de Foi de ce Mystère étonnant. Ah mon Dieu! ce m'étoit trop dhonncur, <j:ie vous me donnassiez les miettes qui tom-

Lent de votre taLIe. Mais vous ne vous contentez pas de nous donner si peu ; vous ne nous donnez pas seulement , comme vous fîtes aux Apôtres sur le mont de Thabor, une miette , ou un petit échantillon de ce f|ui se donne en la gloire : vous vous donnez vous-même tout entier; vous donnez le même Dieu de la gloire, quoique caché, pour s'accommoder à notre foihlesse , qui ne pourroit pas ici-bas en supporter Téclat.

Et nihil mîhi deerit, i.^ Pour le temporel; 2.^ pour le spirituel. Pour le temporel, il ne faut que se souvenir de ce que Notre-Seigneur dit lui-même en l'Evangile : Nihil solliciti sitis,... respicite volalilia cœli.., considerate lilia agn\ Malth. 6. 25. 26. et 28. Mais sans s'arrêter à ces exemples, il faut jeter les yeux sur celui qui peut tout nous donner, qui réside dans nos Tabernacles : car c'est en la plénitude et en la suffisance de Dieu que doit être toute notre coniîance. Ces exemples sont bons pour des Séculiers ; mais pour des âmes éclairées , il ne faut regarder autre chose que la suffisance de Dieu même que nous avons au Saint Sacrement. Car si Dieu ne nous suffit, qui est-ce qui pourra nous contenter, puisqu'il est suffisant à lui-même? Il est par-tout par son iranien-

site ; il connoît tout par sa sagesse, il opère tout par sa puissance, il r<'git et gouverne tout par sa providence ; et puisqu'avec toutes ces grandeurs il s'est donné à moi au Saint Sacrement, nihil niiJu deerit. Pour le spirituel ^ Dieu nous fait encore part de sa suffisance et de sa plénitude. Quand vous auriez les plus violentes passions, commis les plus énormes péchés, ayez recours à PAutel : Jésus-Cîirist y est non-seulement comme Sacrifice pour effacer nos péchés , et être offert pour tous nos besoins 5 mais encore comme Sacrement , pour augmenter la grâce à ceux qui sont contrits et confessés, pour réparer leurs pertes , et leur donner des forces contre tous leurs ennemis.

Après cela pouvons-nous craindre que rien nous manque ? Non , je ne servirai jamais d'autre Maître que lui, puisqu'il me nourrit dès ma jeunesse. Deus qui pascit me ah adolescentia mea. Gènes. 48. i5.

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