I. POINT
X OUR mieux coniioître les obligations cle toute l'Eglise ù Saint Charles, considérez les désordres qui étoient répandus dans tout l'Etat Ecclésiastique, et par une suite nécessaire , parmi tous les Chrétiens. Dans ce malheureux siècle , la plupart des Pasteurs et des Supéi'ieurs étoicnl dans l'ignorance, et meuoieut
une vie scandaleuse. L'h.'résio avoit d'']h mfecté une pai'iie des Provinces Chrétiennes, par leur nonchalance; le vice avoit passe en coutume parmi eux, et les choses en étoient venues à ce point dans le Diocèse de Milan, que les Prêtres ne croyoient pas être oLligés de se confesser , parce qu'ils confessoient les autres; et Pon dist^it en commun proverhe , que qui vonloît se damner, il falloitquil se fit Prêtre. Ce fut cette désolation extrême qui mut la divine Bonté de donnera 1 Eglise un autre S. AmLroise en la personne de S. Charles son d'gne successeur, pour dissiper toutes ces ténèbres; pour soutenir la maison de Dieu , qui semhl oit être proche de sa ruine, et pour afFe-mir les colonnes de cet édifice, que la doctrine dépravée et les mœurs corrompues avoîent comme ébranlé. Ce fut pour ce sujet qu'il le remplit de toutes sortes de grâces dès sa tendre jeunesse; qu'il le rendit par ses verrus autant redoutable aux méchants, qu il étoit aimable et vénérable aux bons; qu'il î'éleva au Pontificat, pour être comme une lumière aixlente et luisante sur le chandelier de l'Eglise.
Remerciez Dieu d'avoir suscité en nos jours un si grand Saint pour le bien de son Eglise. Mais si vous avez le bonheur de demeurer dans un Séminaire, ajoutez à cette connoissance celle que lui doivent tous les Séminaires
du monde , lesquels doi\ent considérer Saittt Charles comme Tauleur ou le réparateur de CCS saintes Familles ; qui en a donné le premier la forme et 1 exemple , qui en a dressé les règlements et tous les exercices , et à qui Dieu avoit communiqué un esprit tout particulier pour ce dessein.
Non potest civitas abscondi supra montem posita : Tieque accendunt lurernam , et ponunt cam sub modio, sed super caudelabrum , ut luceat omnibus qui in doiuo fiunt. iVlatth, 5. \.l\. et i5,
Dilcctus Dec et hominibus , eu jus menioria in bcnc- ^iclione est. Eccli. 45. i.
IL POINT
Considérez les moyens dont Saint Charles s^est servi pour travailler à la réformatioii universelle du Clergé et du Peuple. Les vertus et les dispositions qui se trouvoient en Saint Charles pour entreprendre ce grand Ouvrage , peuvent être considérées de quatre différentes manières , à Tégard de Dieu , de l'Eglise, du prochain , et de soi-même. Sa principale disposition à l'égard de Dieu étoit un amour trés-ardent qui le tenoit continuellement attaché à cet aimable objet, qui lui donnoit tous les jours de nouveaux désirs d'accroître son honneur, qui l'animoit à entreprendre des choses très-difficiles , comme ^e s'opposer aux puissances séculières ,
<!' abolir les aLus , de corriger les mauvaises coutumes , et de ne pas désister qu'il n^en fût venu à Ijoul. Sa disposition à l'égard de l'Eglise, étoit un zèle ardent pour former de tons Prêtres , fonder des Séminaires et des Collèges, réformer le Clergé, et rétablir en tout la discipline Ecclésiastique. C'est ce qui l'obligea de procurer avec tant de soin, non seulement la conclusion du saint Concile de Trente , mais encore quil fiit exécuté de point en point en tout son Diocèse. C'est ce qui lui donnoit toutes ces lumières que Ton voit briller dans les six Conciles Provinciaux , et dans ce gros volume des Actes de Milan , recommandable à toute la postérité ; c'est ce qui lui donnoit le courage de soutenir la Jurisdiction Ecclésiastique contre tous ceux qui vouloient l'usurper : c'est pour cela qu'il prioit et qu'il jeunoit si souvent, qu'il avoit tant de correspondances par-tout, quilfaisoit ses visites pastorales si exactement , et qu il ne souffroit pas un mauvais Livre dans sou Diocèse.
A regard du procbain , il n'avoit d'autre pensée que de le soulager lui-même dans ses nécessités spirituelles et temporelles, et de ne rien épargner pour l'assister par tous les moyens, et à quelque heure qu il eiit besoin de lui. Ce fut parce motif, que pendant la peste , il exposa sa vie tant de fois , qu'il se
dépouilla si souvent pour revêtir les pauvres, qu'il établit tant d'Hôpitaux; qu'il alloit luimême administrer les Sacrements dans les villages, y prêcher la parole de Dieu, et qu'il s^accommodoit à tous , pour les gagner tous à Jésus-Christ.
Mais parce que ceux qui s^emploient au salut des âmes, ont aussi Lien que les autres une ame à sauver, et qu^il y en a qui, pour aider les autres, se sont perdus eux-mêmes; la mortification , l'humilité et la patience le mettoient à couvert de ce malheur dans les emplois envers le prochain. Mortification dans le boire et le manger, dans le retranchement du sommeil , et dans la manière de se coucher , dans les jeûnes très-fréquents, dans les haires et les disciplines, dans les fatigues et les travaux des visites annuelles , et dans les pèlerinages qu^il faisoit toujours à pied, nonobstant la chaleur du jour. Humilité à ne rien s^attribuer de tout ce qu^il faisoit, humilité dans ses habits : car, tout Cardinal et Archevêque qu^il étoit, il ne se servit jamais de soie; humihté dans les Livres et le reste de ses meubles ; humilité en son abord, en sa conversation, et en toutes les actions de sa vie. Patience dans les persécutions qu'il éprouva, et dans les attentats sur sa personne , dans les entreprises où il y alloit de l'honneur de Dieu ; dans ses maladies si fré- 2. 28
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queutes, et dans les résistances que plusieurs faisoieut à ses bons et louables desseins.
Haec pura et defœcata intentio voluntatis , qufe nihil hahet de proprio , sed totum divinum : sic afiici deiticari est. s. Bcm.
Dixi Domino Deus meus es tu ; quoniam bonorum laeorum non eges. psal. i5. 12.