I. POINT
Jl\epr.Ésentez-vous Notre - Seigneur dans cette grande salle au milieu de ses Apôtres, où, après avoir fait avec eux le banquet et la cérémonie de l'Agneau Pascal, voulant laisser aux hommes un dernier témoignage de son amour, il institue le très-auguste et trèsadorable Sacrement de l'Autel. Cest-à-dire, que par un secret admirable et une invention tout-à-fait inouie , il se donne tout entier, sa Divinité et son Humanité , à de pauvres et misérables créatures , sous les espèces dupaia. 2. 9
et du \in , pour leur tenir lieu de Sacrement, et de Sacrifice tout ensemble ; de Sacrement, quand ils viendroient le recevoir pour la nourriture de leur ame; de Sacrifice, quand il seroit offert à Dieu sur nos Autels.
Pesez hien toutes les circonstances de cette action : c'est à la veille de sa mort , au t^mps même que les juifs conjurent contre lui, en présence de celui qui doit le trahir, après avoir lavé de ses propres mains les pieds de ses Apôtres, et prévoyant bien les profanations qu'on devoit faire de ce divin mystère. O Dieu! quel excès de bonté de n'avoir point d'égard à toutes ces considérations , pour se donner à nous ! N'est-ce pas là aimer jusqu'à l'extrémité, comme parle Saint Jean? Mais parce que les Ecclésiastiques sont ceux qui ont la meilleure part en ce sacré banquet ; pour voir ce qui leur est particulier en ce jour,
Salvator noster discessurus ex hoc mundoadPatrem, Sacramentum hoc instituit , in quo divitias divini sui erga homines amoris yelut efFudit , memoriam faciens ruirabiliorum suorum. conc, Trid sess. i3. cap. 2.
In qua nocte tradebatur. 1. cor. 11. 23.
Cùm diabolus jam misisset in cor , ut traderet eum Judas. Joan. i3, 2.
la finem dilexit eos. Ihid, 1.
Considérez ce souverain Pontife de la Loi nouvelle , qui n^ayant point d'autre victime plus précieuse à oiFrir à son Père que son propre corps, et ne pouvant toujours demeurer parmi nous pour en faire l'offrande par lui-même, substitue les Prêtres en sa place pour représenter sa personne, pour l'offrir en son nom , et continuer , par ce moyen , son sacrifice jusqu^à la fin des siècles. Il donne premièrement ce pouvoir à ses Apôtres , et en leur personne à tous ceux qui leur dévoient légitimement succéder, par ces paroles : Hoc facile in meam commémorât lonem, i. Cor. il. 24.
Quelle dignité ! quelle grandeur! et quelle élévation d'une vile et cLédve créature , de se voir à la place du Fils de Dieu en ce monde, de parler en son nom , et d'entrer en participation de son Sacerdoce? Admirez la bonté de Dieu à votre égard ; remerciez-le de vous avoir destiné de toute éternité à une fonction si noble. Et pour récompense de ce bienfait ,
Una eademque est hostia , ideraque nunc offerens sacerdotum ministerio , qui seipsum tune in cruce obtulit. conc. trid. scss. 22. c. 2.
Non sunt humanœ virtutis opéra proposita; qui tune io illa coena pra:stitit , ipse nunc quoquq operatur ,
nunc perncit : nos ministrorum locum tenemus i qui ▼ erô sanctifirat , et immutat^ ipse est. s. Ckrysost. Hom, 83. in Mutth.
Quid est homo , qnia magnificas eum \ Joh, 7. 17,
CoDsidérez , que ce que vous pouvez faire de mieux pour correspondre en quelque manière à cet excès de Lonté qu il a eu pour vous, c'est en premier lieu , d'avoir une singulière dévotion pour ce jour, auquel l'Eglise en général , et vous en particulier, avez reçu des faveurs si signalées, et en renouveler la mémoire tous \es Jeudis de l'année. Car c est en ce jour proprement, qu'a été étaLlie la Hiérarchie ecclésiastique, et que tous les ministresEcclésiastiques ont été ordonnés jNotre- Seigneur ayant pour-lors présents, non-seulement les Apôtres, mais toutes les personnes qui dévoient leur succéder, et tous les sacrifices qui dévoient être offerts jusqu'à la fin du monde. C'est aujourd'hui qu'ont été faits les Prêtres, les Diacres , les Soudiacres , et autres Officiers inférieurs, comme des dépendances du Sacerdoce. C'est aujourd'hui enfin, que par l'institution de ce divin Sacrement, Notre-Seigneur épouse l'Eglise, et qu'il fait le premier , pour nous donner exemple , toutes les fonctions hiérarchiques: la fonction d Evêque en ordonnant des Prêtres; la fonction
de Prêtre en consacrant le pain et le vin ; la fonction de Diacre en distribuant le Calice à ses Apôtres , et celle de Soudiacre en leur lavant les pieds , et préparant lui-même la matière de son sacrifice. En second lieu, c'est de ne nous jamais approcher de l'Autel, soit pour célébrer, soit pour entendre la Messe , que nous ne tâchions de nous revêtir de cet esprit de charité , d'humilité , de pureté, qui nous sont si clairement désignées par ce lavement des pieds; et surtout , d'entrer dans cet esprit de sacrifice qu'il avoit alors, et qu'il témoigna par ces mots, quod pro vobis datur , (lesquels il ajoute incontinent après ceux-ci : ffoc est corpus meum, Luc 22. 19.) afin de marquer, que ceux qui prononcent ces saintes paroles en son nom , doivent être disposés de donner leur sang et leur vie pour la gloire de Dieu, et pour les péchés du peuple, comme Notre-Seigneur alla donner la sienne aussitôt après ce festin mystérieux.
Est-ce ainsi que vous faites, quand voiîs allez à l'Autel ? sont-ce là les sentiments et les dispositions que vous apportez? Demandezles à Jésus-Christ , et commencez d'entrer dès aujourd'hui dans cette pratique , afin d'être conformes au premier et souverain Prêtre, dont vous tenez la place.
Talis enim decehat ut uohis csset Pontifex^
sanctus , innocens , impollutus , segregalus à
peccatoribus , et excelsior eœlis factus , etc» Hebr. 7. 26.
Hoc facite in inedm commemoratîoBem. Luc^^'î. 19.
Hoc est corpus mcum .... hic est sanguis meus» Matth. 26. a6. e^ 28.
AccipieE? calicem gratias egit, et dédit iîlis^ ditrens \. Bibite ex lioc omncs. Matth. 26. 27.
3îittit aquam in pelvim, et cœpit larare ped£6 Discipulorum. Joan, i3. 5.