RÉSURRECTION SPIRITUELLE
que nous fixions notre repos et notre cœur dans les biens célestes, ou Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu (I).
Ier Point. — // s'éloit/na d'eux. Celui qui est décidé à suivre Jésus-Christ en haut doit d'abord laisser les choses d'ici-bas; il doit renoncer aux choses terrestres quant à l'affection, c'est le premier fondement de la vie chrétienne ; il doit y renoncer quant à l'effet, c'est le premier fondement de la vie apostolique.
1° Jésus-Christ nous avertit par son exemple, nous enseigne par ses discours, nous prouve par son alliance et nous persuade par son raisonnement que le premier fondement de sa doctrine consiste à abandonner les affections terrestres. La pauvreté fut la première vertu de Jésus naissant et la dernière qu'il pratiqua à sa mort. Il naît pauvre dans une étable ; pauvre, il vit avec les pauvres; pauvre, il meurt nu et pauvre sur la croix; pauvre, il est enseveli aux frais de la charité... Dès qu'il commence à enseigner, il loue les pauvres d'esprit, et il déclare que c'est le premier degré pour arriver à la gloire céleste et à la béatitude. Il commençait à parler en disant : Heureux les pauvres d'esprit, car le royaume des deux est pour eux (2). Quand il reçoit quelqu'un, il exige d'abord cela; car on n'est pas régénéré en Jésus-Christ avant d'être ainsi interrogé : Renoncez-vous à Satan et à ses pompes? Or, les pompes du démon sont les pompes du siècle, dit le concile de Sens; le Sauveur y ajoute ce raisonnement : Ne vous ramassez pas des trésors sur la terre, car là oh est votre trésor, là aussi est votre cœur; personne ne peut servir deux maîtres; vous ne pouvez servir Dieu et l'argent (3). Pourquoi désirez-vous donc tant? pourquoi amassez-vous toujours? Puisque aucune fortune ne diminue votre sollicitude, la terre entière ne vous suffirait pas. La cupidité est la racine de tous les maux ; elle tient le cœur attaché à des choses fragiles,
1 Luc 24 cl Hebr. 1. - (2) Mallh. 5. - (3) Maith. G et 21.
elle écrase par son poids terrestre, et par des désirs dangereux elle conduit à la perdition. Délivrez-en votre cœur si vous voulez monter avec Jésus-Christ dans le ciel, si vous voulez être chrétien, à plus forte raison si vous voulez être ecclésiastique; car renoncer aux affections terrestres, soit quant à l'affection, soit quant à l'effet, c'est le premier fondement de la vie apostolique.
2° L'ecclésiastique fait profession d'imiter ouvertement Jésus-Christ, qui ne fut pas seulement pauvre d'esprit, mais dépouillé de corps ; qui manqua non seulement du superflu, mais du nécessaire; qui choisit ses apôtres dans le sein de la pauvreté, et eux le suivirent en abandonnant leurs filets; qui dit à tous ses autres disciples : Celui d'entre vous qui ne j'énonce pas à tout ce qu'il possède ne peut pas être mon disciple; lui qui disait de suite à ceux qui se présentaient à lui : Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et venez, suivez-moi. Il n'en reçut aucun sans cette condition. Un jeune homme, l'ayant entendu, s'en alla triste, car il avait beaucoup de possessions (1).
Pour prévenir toute controverse, le Seigneur se donna en exemple. Quelqu'un lui dit : Seigneur, je vous suivrai partout oh vous irez. Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l'Homme n'a pas ou reposer sa tête (2). Il rejette tout retard, toute tergiversation. Seigneur, permettez que j'aille d'abord renoncera tout ce qui est à la maison. Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est plus propre au royaume de Dieu (3). Il ne veut recevoir aucune excuse. Seigneur, permettez d'abord que j'aille ensevelir mon père. Jésus lui répondit : Laissez les morts ensevelir leurs morts (A). Il veut que tout clerc, en faisant
(1) Marc 1, Luc 14 et Mallh. 19. — (-2) Mal th. 8. — [3) Luc 9. — (4) Mallh. S.
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profession, promette la pauvreté; car voici comment s'exprime le clerc : Dominus pars hœrcditatis meœ; et voici comment raisonne saint Jérôme : Celui qui possède le Seigneur et qui dit avec le prophète : Le Seigneur est ma part, ne peut rien posséder autre, ou bien le Seigneur n'est pas son partage.
La sainte Eglise, pleine de prévoyance et de bonté, a concédé aux prêtres séculiers la jouissance et la possession de leur patrimoine, quoique dans le principe il n'en fût pas ainsi ; elle leur accorde l'usufruit et l'administration de leur bénéfice, afin qu'ils vivent de l'autel puisqu'ils servent à l'autel et qu'il n'y ait pas déficit dans les ministres nécessaires: elle veut par Là que, n'ayant point d'inquiétude pour la nourriture et le vêtement, ils ne s'occupent qu'à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, afin que leur misère ne les rende pas trop indulgents pour les pécheurs, afin que les pasteurs ne soient pas à charge à leurs ouailles, et afin qu'ils donnent aux indigents une part de ce qu'ils ont. Mais ne cherchez pas les richesses du siècle dans la milice de Jésus- Christ ; ne possédez pas plus étant prêtre que lorsque vous êtes entré dans le clergé; que l'Eglise ne soupire pas en voyant riche celui que le monde regardait autrefois comme un mendiant. Ayant déjà plus, dit saint Jérôme, n'augmentez pas ce que vous avez; ne mettez pas votre sollicitude dans l'abondance de vos richesses, pour ne pas ressembler à un père qui laisse son héritage à ses enfants; n'employez pas en luxe et en faste les trésors de Jésus- Christ, le patrimoine de la croix et les choses consacrées à Dieu , abandonnez ce superflu qui vous charge, ne vous réservez que ce qui suffit, et que peu vous suffise. Que votre table soit frugale, que vos habits ne soient pas trop précieux, comme il convient à un pauvre, au serviteur d'un maître pauvre , au disciple d'un maître pauvre.
Habentes alimenta et quibus tegamur; his contenti si-
mus (1). Ce qui est donné aux autres comme un conseil m'est certainement imposé comme un précepte, afin que je suive nu la croix nue; c'est ce que je promets sincèrement, Seigneur, avec votre grâce; c'est ma résolution formelle, afin que, par votre miséricorde, je reçoive dès à présent le centuple, et dans le siècle à venir la vie éternelle.
IIe Point. — lîecessit ab eis et ferebatur in cœlum (2). Jésus-Christ est entré comme notre précurseur dans les tabernacles éternels, semblable à un aigle qui apprend à ses petits à voler, afin d'enlever nos cœurs avec lui ; car il veut les arracher aux objets terrestres pour les tourner et les élever aux choses célestes. Il faut absolument aimer quelque chose : ainsi, celui qui n'est pas retenu pas l'amour des choses terrestres est aussitôt emporté par l'amour des célestes. C'est après ces biens que doit vous faire soupirer l'horreur de votre exil et l'amour de la vraie patrie.
1° Enfants d'Eve, malheureux et exilés, nous gémissons et nous pleurons dans cette vallée de larmes ; nous n'avons pas ici une demeure permanente, mais nous attendons celle qui doit venir (3). Tant que nous sommes loin de Dieu, nous marchons dans les ténèbres par la foi, qui est comme une lampe dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le grand jour vienne à paraître. Nous sommes au milieu d'esprits invisibles, au milieu d'une nature perverse, où il n'y a que guerres, plaies, douleurs, persécutions, envies, calomnies; environnés de troubles, de colères, de cupidités, de maladies, d'inquiétudes, où des maux sans fin se succèdent continuellement , où la mort nous dresse des pièges, où les esprits malins nous assiègent ; l'enfer même a dilaté son gouffre , il n'y a point de repos, point de sécurité, aucun bien, excepté un bien trompeur qui n'est que momentané et mêlé d'un fiel dangereux et souvent pernicieux.
(1) I Tim. 6. — (2) Marc. 10. — (3) Hebr. 13.
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« Nous nous sommes assis sur le bord des fleuves de « Babylone et nous avons pleuré aux souvenirs de Sion. « Nous avons suspendu nos instruments de musique aux « saules du rivage : comment pourrions-nous chanter « sur une terre étrangère? Malheureuse fille de Baby- « lone! heureux celui qui prendra tes enfants et qui les « brisera contre la pierre (I). » Or, la pierre est Jésus- Christ. Qui donc, en considérant tant de maux, ne désirera pas de mourir et d'être avec Jésus-Christ? qui ne s'écriera: Que je suis malheureux! mon exil est bien long, mon âme habite longtemps une terre étrangère, mon œil répand des larmes en pensant à Dieu, mon âme soupire vers lui jusqu'au moment où viendra ma transformation (2). Si l'horreur de l'exil ne nous pousse pas en haut, qu'au moins l'amour de la patrie nous y attire.
2° Notre patrie, selon la promesse qui nous fut faite de l'héritage, est cette Jérusalem céleste, cette cité sublime, bâtie en or pur, que Dieu a décorée de toutes sortes de pierres précieuses, où le Père des miséricordes et le Dieu des consolations essuie les larmes, où Jésus-Christ, le père du siècle à venir , prépare une place dans son royaume à ses cohéritiers sur son trône, où l'époux de l'âme, l'esprit d'adoption se donne sans mesure, où la Vierge, notre mère et la mère de Dieu, plaide activement notre cause, où nos pères selon la chair et nos frères d'après la régénération nous aident, nous invitent et nous appellent à la société de leur heureuse vie. Ni la langue ne saurait dire, ni l'esprit ne saurait comprendre quelles sont les joies de cette cité sainte : être au milieu du chœur des anges, voir Dieu présent face à face, n'avoir plus à craindre la mort, être heureux, posséder l'incorruption éternelle, être inondé d'un torrent de délices' Je vous en conjure, mon fils, disait l'invincible mère des Machabées, regardez le ciel et la terre. Si nous
(1) Ps. 136 et I Cor. 10. — (2) Ps. 119 et Job 16.
considérions, en effet, les biens immenses qui nous sont promis dans le ciel, tout ce qui est sur la terre nous paraîtrait méprisable. En les entendant seulement raconter, dit saint Grégoire, l'esprit s'enflamme et désire s'élever où il espère être toujours dans la joie et se réjouir en vous, de vous et par vous, ô mon Dieu, qui êtes le souverain bien, un bien immense, un bien éternel, tout bien.
Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu des vertus! Mon âme tombe en défaillance par le désir que lui causent vos parvis. Heureux, Seigneur, ceux qui habitent dans votre maison (1), où il n'y a ni deuil, ni cris, ni jamais de douleur, mais la paix et la sécurité sans danger, le bien sans mal, le bonheur sans mesure et sans fin ! Que la terre me paraît méprisable lorsque je considère le ciel ! Mais il ne suffît pas de fixer ses regards vers le ciel, il faut encore y fixer notre cœur et notre demeure.
IIIe Point. — In sempiternum sedet in dextera Dex. Jésus-Christ, une fois monté, ne descend plus, et, quoiqu'il soit reproduit dans la sainte Eucharistie, cependant il n'est pas pour cela arraché de son trône ; il y est assis éternellement à la droite de Dieu. Montez de même, non corporel lern en t, mais en esprit, en le tenant élevé vers le ciel, et n'en redescendez pas ; car en descendre est très-dangereux, y monter de nouveau est très-difficile.
i° La chute qui se fait d'un lieu élevé cause un plus grand désastre. Vous avez goûté les délices du paradis avec les anges, ange vous-même, puisque Malachie donne ce nom aux ministres de Dieu, successeur et compagnon des apôtres, que le Seigneur avertit en leur disant : J'ai vu Satan tomber du ciel comme la foudre. Ainsi, plus le ciel est élevé, plus la chute est effroyable ; autant la chute est élevée, autant elle est précipitée : elle est comme la foudre ; plus la terre est placée bas, plus la plaie est
(i) Hebr. 10.