‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 108 sur 168 · RÉSURRECTION SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION SPIRITUELLE

large et profonde. Si, après avoir fui les souillures de ce monde, nous nous y engageons de nouveau, le dernier état est pire que le premier; il eût mieux valu ne pas connaître la voie de la justice que de retourner en arrière après l'avoir connue (I). Car mépriser Dieu après de longues délibéralions est une injure plus grave; après de nouveaux bienfaits, l'ingratitude est plus grande; après des promesses réitérées, la perfidie est plus atroce; et votre crime est plus grave étant ecclésiasiique qu'il ne le fut lorsque vous étiez laïque, plus diacre que simple clerc, plus enfin prêtre que diacre. Descendre de nouveau est très-dangereux ; c'est pourquoi il est très-difficile de monter une seconde fois.

2° L'apôtre pense que c'est à peine possible : Impossibile est. dit-il, eos qui semel illuminati sunt, gustaverunt etiam donum Dei, virtutesque sœculi venturi, et prolapsi sunt, rursus renovari ad pœnitentiam (2). Il en donne la raison, qui est la vengeance de Dieu et la malédiction, parce qu'il rejette et abandonne : Terra enim scepe venientem super se bibens imbrem, proferens autem spinas et tribulos, reproba est et maledicto proxirna cvjus consummatio incombustionem. Après trois ou quatre crimes, il ne les convertit plus, dit Amos, et il ne pardonne plus leurs péchés, mais il les réserve au jugement du grand jour pour le supplice du feu. Car, ajoute l'apôtre, si nous péchons après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus d'hostie pour nos péchés, il n'y a qu'une attente effroyable du jugement de Dieu et l'ardeur d'un feu jaloux qui doit dévorer les ennemis de Dieu, qui les livre aux désirs de leur cœur, parce qu'après l'avoir connu ils ne l'ont point glorifié comme leur Dieu (3). C'est pourquoi il endurcit leur cœur, comme il fit à Pharaon, qui promit souvent et ne remplit pas sa promesse; il aveugle leur esprit. Us ont abandonné leur Dieu et sont retournés en arrière ; c'est pourquoi le

(i) Petr. 2. — (2) Hebr, G. — (3) Hebr. 10 et Rom. 1.

cœur de ce peuple s'est endurci, afin qu'il ne voie pas, qu'il n'entende pas, qu'il ne comprenne pas et qu'il ne se convertisse pas (I). Aussi on en trouve rarement qui, après avoir été ravis jusqu'au ciel comme saint Paul, et retombant dans les vices de leur vie passée, se sanctifient plus tard. C'est aussi pour cela qu'on en voit moins parmi les clercs que parmi les laïques qui reviennent a une véritable pénitence, et, proportion gardée, il y en a peut-être un plus grand nombre qui périssent.

Le mérite d'une bonne œuvre est dans la persévérance ; si elle vient à manquer, vous avez travaillé en vain : Tanta passi estis sine causa (2) ! Le ciel est le prix de la persévérance, et la persévérance est un don de Dieu qui couronne tous les autres et qu'on obtient par la coopération et la prière suivante :

J'ai le désir sincère de persévérer, ô mon Dieu ! Mais vous connaissez ma faiblesse et ma folie, la dépravation du cœur humain et son instabilité. Je vous demande une grâce et je la demanderai tous les jours de ma vie ; si vous ne me l'accordez pas, effacez-moi dès ce moment du livre des vivants : c'est que, n'abandonnant jamais la voie de vos commandements, j'habite dans votre maison le reste de mes jours, Accordez-nous, Dieu tout puissant, à nous qui croyons que voire Fils unique, notre Rédempteur, est monté au ciel, que nous y habitions nous-mêmes en esprit. Accordez à votre peuple d'aimer ce que vous commandez, de désirer ce que vous promettez, atîn qu'au milieu des vicissitudes de ce monde, nos cœurs soient attachés où est la joie véritable : par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

[\) Matlii. 13.— (2) Galat. 3.

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