‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 113 sur 168 · DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

DE LA CONVERSATION

de politesse ; que votre douceur n'aille pas à l'excès et ne vous attire pas le mépris; que votre affabilité et votre sérénité ne tourne pas en impudence et en lasciveté. Jamais une certaine maturité et la gravité de la modestie ne doivent manquer dans notre conversation. Etant revêtu de l'habit ecclésiastique, dépouillez-vous du vieil homme et de ses actes, quittez les badinages et tout ce qui sent l'enfance, comme le dit l'Ecriture, composez votre visage comme il convient à un prêtre, composez vos gestes, vos démarches de telle manière qu'on ne voie rien en vous qui sente l'enfantillage et qui ne convienne pas, rien de négligé, rien de grossier, de rustique, qui ressemble à de la sauvagerie... Que tout en vous soit grave, modéré et religieux, afin que votre conduite et vos discours inspirent la vénération. Que personne ne soit tenté de mépriser votre jeunesse à cause de vos clameurs insensées, de vos ris immodérés, de vos trépignements, de vos sauts, de vos gestes bouffons. Abandonnez tout ce qui sent l'enfance, tous les badinages, les jeux et les amusements qui ne conviennent pas et qui sont très-op posés à la piété. Les canons défendent de jouer à la balle en présence des laïques et plus encore avec les laïques, parce que cela est contraire à la décence. Qui ne rirait d'un jeune ecclésiastique, qui ne le mépriserait, lorsque, dans son langage, dans la manière de se vêtir, dans tout son extérieur, il ne respire que le siècle? Entendez ce que l'apôtre ordonne même aux laïques et, à plus forte raison, aux clercs : Que votre modestie soit connue de tous les hommes, le Seigneur est proche (1). Mais partout le Seigneur est proche, donc partout on doit observer la modestie, comme dit saint Bernard, partout il faut réprimer sa langue, et surtout dans les repas et dans les récréations que l'on donne à son esprit ; alors il est difficile de garder une juste mesure, et plus difficile encore de la prescrire.

(1) Philipp. 4.

Il faut aussi observer ce que dit saint Ambroise : Le sage réfléchit avant de parler, il pense à ce qu'il veut dire, à qui il veut le dire, en quel lieu, en quel temps. Avant de traiter une affaire importante, surtout lorsqu'il s'agit du salut, invoquez votre ange gardien et préméditez ce que vous devez dire, comment vous le direz, en quel lieu, en quel temps. La circonstance favorable de temps et de lieu importe beaucoup pour réussir dans une affaire, et si on la fait à contre-temps, cela peut lui être fort nuisible. L'homme change facilement et se trouve souvent bien différent de lui-même; il consentira ou refusera selon les circonstances.

Cependant il y a des temps et des lieux dans lesquels il n'est pas permis de parler ou de ne pas parler sans une grave nécessité, c'est lorsqu'il y a une réunion qui se prépare à prier, à méditer, à lire ou à écouter, à étudier ou à disputer, et en général dans toute communauté où il y a une règle ; le silence y est tellement recommandé, que si le temps ou le lieu ne conviennent pas , que si vous parlez même au temps marqué dans un lieu où il n'est pas permis ou hors du lieu où cela est permis, vous vous rendez coupable contre la règle, et vous méritez une punition.

Je reviens à ce que j'ai dit en commençant, il est plus facile de se taire entièrement que de ne pas passer les bornes. Y a-t-il quelqu'un qui soit sage parmi vous ? qu'il fasse connaître ses œuvres dans une sainte conversation et en se conduisant avec une sagesse pleine de douceur, afin que si quelqu'un ne croit pas à la parole, il se convertisse non par la parole, mais par le bon exemple, en considérant avec surprise et étonnement votre conduite sainte et édifiante (I).

Je le répète encore, ne vous hâtez donc pas de vous entretenir avec le monde, sinon avec l'intention de le

(1) Jacq. 3.

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