FONCTIONS DU SACERDOCE
Les principales fonctions du sacerdoce sont la prière, l'oblation du sacrifice et le gouvernement de l'Eglise.
Prière. C'était par l'ordre de Dieu qu'Aaron offrait l'encens et priait pour le peuple. C'était au nom du peuple que Moïse priait Aaron de mettre l'encens dans son encensoir et de se tenir au milieu des vivants et des morts pendant que le Seigneur faisait éclater sa colère contre les enfants d'Israël. Cela fait voir que le prêtre est chargé du ministère de la prière et de la part de Dieu et de la part des hommes.
Jésus-Christ, le souverain prêtre, passait souvent les nuits en prière; il a prié jusqu'à la fin de sa vie, jusque sur la croix, pour le salut des pécheurs.
La prière est un moyen de réconcilier les hommes avec Dieu, et par là elle est une fonction sacerdotale.
Les manquements et les besoins des hommes étant continuels, la prière du prêtre doit être continuelle.
Le prêtre, pour s'acquitter de son obligation de prier, doit sans cesse travailler à se rendre agréable à Dieu ; car, comme le dit un Père, si non places non plaças, si non plaças cur sacerdos?
Que servent à la gloire de Dieu et au salut du peuple tant de prières sans attention, tant d'offices récités avec précipitation et sans sentiment 1 1n vacuum colunt me.
On ne prie que par le mouvement de l'esprit de Dieu, qui n'habite pas dans les âmes dissipées, parce que la dissipation est une suite et une marque de l'attachement aux créatures.
Les distractions involontaires ne diminuent ni le goût ni les effets de la prière; mais si on les négligeait, elles conduiraient à la dissipation, qui ôte l'envie de la prière -et qui la rend infructueuse.
Le moyen de bien prier, c'est de prier toujours, selon le précepte de Jésus-Christ; la multidude des affaires et même la nécessité d'étudier ne sont que des prétextes dont se servent la lâcheté et l'indifférence pour se dispenser de la prière.
Le dégoût de la prière peut être une épreuve ou une tentation ou une punition de quelque faute ; loin d'y être insensible, il faut gémir, se purifier et ne point se tranquilliser qu'on n'ait recouvré l'union avec Dieu dans la prière.
Qu'il est à plaindre l'homme qui a perdu la charité et qui est cependant tenu de faire de longues prières î Outre que c'est une espèce de tourment pour lui, c'est l'occasion de bien des irrévérences.
Le penchant à prier, la fidélité à le faire, sont des signes de justice ou au moins de bonne volonté.
La Messe. Ce n'est qu'aux prêtres que Jésus-Christ a confié le pouvoir d'offrir le sacrifice de son corps et de son sang, puisque ce n'est qu'à eux qu'il a dit : Hoc facile in meam commemo?%ationem.
Le pouvoir d'offrir à jamais prouve le besoin perpétuel des hommes.
La parole de Jésus-Christ : Hoc facite, ne marque pas seulement le pouvoir, mais l'ordre et la charge d'offrir. Quoique tous les hommes et surtout les élus aient déjà été sanctifiés par le sacrifice de la croix, una oblatione , chaque messe sert à leur appliquer les mérites de la sanctification. C'est l'acte du sacrifice de l'Homme-Dieu qui se renouvelle.
Le prêtre qui néglige d'offrir le saint sacrifice refuse à Dieu l'hommage le plus digne qu'il puisse recevoir ; il renonce au privilège le plus honorable dont il soit capable; il prive les hommes du secours le plus efficace qu'il puisse leur procurer. Comment doit-il donc être regardé de Dieu?
Bien ne doit empêcher le prêtre d'offrir le saint sacri-
lice que l'impossibilité ou son indignité. Jésus- Christ, qui s'offre sans cesse dans le ciel, veutêtre offert sans cesse sur la terre.
L'Eglise n'a pas de plus grande peine à imposer au prêtre qui a péché que la déposition, c'est-à-dire la défense d'offrir le saint sacrifice.
Le prêtre qui veut se purifier en s'humiliant ne doit point trouver de pénitence plus amère que la privation du sacrifice.
La privation du sacrifice, pour être méritoire, ne doit être que passagère et non habituelle ni périodique, à moins que ce ne soit par nécessité ou par obéissance.
La vie tiède, jointe à la privation du sacrifice, ne t'ait que rendre de plus en plus indigne de l'offrir; c'est le moyen de perdre tout à fait la grâce sacerdotale, c'est même souvent une marque qu'on l'a déjà perdue.
La nécessité de célébrer avec une faute grave est un cas malheureux qui fait horreur et qui ne doit point se trouver ; c'est mal à propos qu'on s'occupe de pareilles questions.
C'est une façon de penser moderne que de prétendre que Dieu exige qu'un prêtre commette le plus grand de tous les crimes pour éviter un scandale pris ou donné : Absit.
Dispositions. Les dispositions pour célébrer doivent être plus parfaites que pour communier, parce que la communion est un moyen de recevoir la grâce, au lieu que l'oblation est le moyen de la mériter, de la recevoir et de la procurer.
La préparation éloignée et habituelle pour célébrer est une grande innocence de vie et un zèle ardent de la gloire de Dieu en toutes choses.
La vie inutile et dissipée suffit pour rendre indigne de célébrer les saints mystères.
Le prêtre doit se dire sans cesse ce mot de Jésus-Christ : In his quœ Patris mei sunt oportet me esse. C'est là une bonne préparation au sacrifice.
Malheur au prêtre qui n'est pas animé d'une foi sincère et vive ! C'est un hypocrite et un superstitieux qui ignore cl méconnaît Jésus-Christ en le crucifiant ; il mérite de tomber dans l'aveuglement, dans l'endurcissement des Juifs.
C'est la charité qui a conduit Jésus-Christ au Calvaire ; c'est plutôt par le renouvellement de la charité que par quelques prières vocales que le prêtre doit se disposer à montera l'autel.
Les infirmités corporelles, bien loin d'éloigner le prêtre de l'autel, sont plutôt une préparation au sacrifice ; quand elles laissent la faculté de l'offrir, elles suppléent heureusement à d'autres préparations, quand on a soin de les unir aux souffrances qui ont précédé l'oblation de Jésus-Christ.
Il ne devrait pas être nécessaire de recommander le recueillement et le silence aux approches du sacrifice ; l'adoration, la crainte, l'amour, le sentiment de la misère humaine, la merveille qui va s'opérer, tout doit absorber l'âme du prêtre qui va célébrer. Jésus-Christ, qui, avant sa mort, s'éloigna de ses disciples, quantus est jactus est lapidis, et qui garda le silence devant Pilate, est un beau modèle de recueillement et de silence. Pour offrir le sacrifice avec la piété requise, ce n'est pas assez de condamner ses péchés en général; il faut gémir sur ses misères avec quelque détail et détester ses fautes particulières : Antequam comedam suspiro; sans cela, on ne se corrige point, on tombe dans des fautes plus fréquentes et plus grièves, on en vient jusqu'à profaner le mystère de la foi.
On doit avoir grand soin de se renouveler dans le sentiment de la foi pour ne pas faire par routine une action que l'on fait habituellement.
Comment peut-on se hasarder de célébrer avec une conscience douteuse? C'est se disposer à le faire par la suite avec une indignité décidée.
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Il est étonnant que les prêtres ne soient pas plus occupés de l'oblation du sacrifice ; leur vie devrait être une préparation et une action de grâces continuelle.
Disposition en célébrant. Le prêtre, sur la sainte montagne, ne doit plus penser aux hommes que pour en parler à Dieu et les lui offrir.
Quel malheur de célébrer par routine ! C'est mériter cet anathème : Maledictus qui facit opus Dei negligenter.
Ce n'est pas assez de s'approcher de l'autel avec les sentiments du cœur ; il faut encore observer exactement la forme et les rits prescrits, sans retrancher ni ajouter un seul mot par respect et pour éviter ce qui sent la fantaisie et la singularité, qui ne peuvent venir que de l'amour-propre et de la vanité.
Le ton d'indifférence avec lequel on dit la Messe suffit tout seul pour diminuer dans l'esprit du peuple la foi à nos saints mystères.
Que de prêtres disent la Messe avec un air emprunté ! Cela vient souvent de ce qu'ils ne vivent pas en prêtres de la nouvelle loi.
C'est dans le saint sacrifice que le prêtre doit spécialement représenter les besoins de l'Eglise, les siens, ceux de ses frères en particulier, avec le zèle le plus vif.
La marque la plus consolante de la foi du prêtre, c'est quand il gémit sincèrement de n'avoir apporté à l'autel que les sentiments d'un homme.
Action de grâces. L'action de grâces doit être proportionnée aux bienfaits reçus. Celui qui n'en fait point montre qu'il n'a rien reçu et que le sacrifice lui a été pour le moins inutile.
Combien récitent les prières de l'action sans aucun sentiment ! C'est qu'ils ont dit la Messe de même.
Le sacrifice est la source de toutes les grâces; c'est après l'avoir offert qu'on reçoit les plus consolantes et qu'on recueille celles qui sont le plus nécessaires à soi ou aux autres.
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Bien vivre et souffrir pour Dieu sont la meilleure manière de le remercier du sacrifice de son Fils.
Si l'on voulait considérer en détail les différents dons que l'on reçoit dans l'Eucharistie, l'action de grâces ne serait ni si tiède ni si courte.
Quoique la reconnaissance ne soit pas toujours également vive et sensible, il ne faut pas trop s'en inquiéter, pourvu que l'on conserve toujours l'attention et le respect qu'on doit à la chose sacrée.
Quelle joie pour un prêtre qui vient d'offrir le sacrifice du salut avec pureté de cœur, et qui en a reçu l'application par une sainte communion! Il est purifié de toute souillure, et il a reçu une mesure de grâces proportionnée à l'ardeur de sa charité.
Le souverain prêtre s'est fait victime pour le monde, le prêtre doit aussi tout sacrifier et s'immoler lui-même pour le salut de ses frères ; c'est là ce qu'il doit apprendre à l'autel.
Le prêtre qui sacrifie Jésus-Christ sans mourir de plus en plus à ses goûts et à ses inclinations propres sacrifie inutilement pour lui-même.
C'est se contenter du pain des faibles que de s'en tenir à la dévotion sensible. Le prêtre doit trouver dans le sacrifice une nourriture plus solide, il doit y puiser le zèle ardent de la gloire de Dieu.
Quelle force ne trouve-t-on pas dans le sang de Jésus- Christ, quand on s'enivre avec un véritable amour !
Quand le prêtre pense que Jésus-Christ fait par son ministère un vrai miracle pour se donner à lui et aux chrétiens, que ne doit-il pas faire pour rendre un si grand don utile à lui-même et à ses frères !
Un moyen de ranimer les sentiments de ferveur est de s'étonner de sa propre tiédeur en la comparant à l'excellence du bienfait reçu et à la bonté du bienfaiteur.
Conduite et gouvernement des âmes. Ce n'est qu'en suivant l'esprit de l'Evangile et la tradition de l'Eglise que l'on conduit solidement et sûrement les âmes à Dieu.
L'attention au jugement des hommes, les défauts de caractère font faire de grandes fautes au prêtre dans la conduite des âmes.
Les lumières naturelles, le sens droit, la pureté de cœur et d'intention, sont bien nécessaires au guide des âmes, mais il a besoin de secours surnaturels pour faire une œuvre surnaturelle et divine ; il lui faut une foi vive et un zèle selon la science de Dieu. Le guide des âmes doit connaître toutes les voies qui conduisent au ciel, c'est-à-dire toutes les lois et tous les devoirs de chaque état; autrement il répond âme pour âme de celle qui s'égare.
Comment peut-il se faire que la très-grande partie des prêtres ne suive aucune règle, ni pour l'intégrité de la confession, ni pour juger de la guérison, ni pour imposer la satisfaction, ni pour accorder ou différer l'absolution? N'est-ce pas là le signe le plus terrible de la colère de Dieu contre un peuple?
Malheur au prêtre qui fait consister la miséricorde à dispenser les hommes du renoncement à eux-mêmes et à leurs passions criminelles, et de l'obligation de porter leur croix après Jésus-Christ ! Malheur à ceux qui font consister la fermeté évangélique à n'avoir que des paroles dures à dire aux pécheurs en toute occasion!
Comment le prêtre ose-t-il donner la paix au pécheur et l'envoyer à la table du Seigneur presque sans aucune preuve de contrition ni de conversion, et qu'il a ou conservé ou recouvré la robe nuptiale?
Le prêtre qui absout répond de l'âme de celui qu'il absout, il faut donc qu'il en connaisse l'état autant que possible ; il est difficile, en bien des cas, qu'une confession particulière lui en donne une connaissance suffisante.
Le bon emploi qu'on doit faire du temps, le respect dû au sacrement, sont des raisons suffisantes pour ne pas faire beaucoup de questions aux personnes qu'on sait être instruites sur ce qu'exige la justification.
On connaît souvent mieux l'état de l'âme du pénitent et ses penchants dominants aux choses qu'il dit sans réflexion et sans le vouloir qu'au compte qu'il rend de sa conduite.
Le tribunal de la pénitence n'est pas le lieu destiné principalement à instruire, mais à juger, à imposer la satisfaction et à remettre les péchés. Ce qu'on y dit doit avoir pour but d'engager à satisfaire et de profiter des moyens de salut.
Le prêtre qui compte sur la longueur et sur l'énergie de ses instructions pour convertir met plutôt obstacle à la conversion; il faut dire ce qu'on croit nécessaire et compter absolument sur la grâce de Jésus-Christ.
La cessation du péché, la longueur de l'épreuve, ne sont pas des raisons suffisantes pour absoudre un pécheur; il faut qu'il commence à aimer Dieu, et que pendant l'épreuve il ait déjà donné des signes constants d'une nouvelle vie.
La vraie contrition consiste dans la détestalion, dans le ferme propos et dans le dessein de satisfaire ; la marque de la détestation est le gémissement habituel : Peccatum meum contra me est semper; la marque du ferme propos est la vigilance continuelle : Observabo me ab iniquitate mea; la marque de l'envie de satisfaire est l'acceptation et la soumission dans les peines : Ego in flagella pai^atus sum. Toute contrition qui n'a pas ces caractères est fausse et illusoire.
Comment le prêtre pourrait-il absoudre celui qui manquerait au premier et au plus essentiel commandement de la loi : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout a votre cœur?»
A quoi peut-on connaître qu'on aime Dieu? L'Evangile en donne des marques : la fidélité à observer les préceptes du Seigneur et l'amour du prochain.
Qu'est-ce qu'aimer Dieu de tout son esprit, sinon penser à Dieu plus qu'à toute autre chose? de tout son
cœur, sinon désirer de lui plaire plus qu'on ne désire toute autre chose? de toutes ses forces, sinon faire toutes ses actions selon les règles prescrites dans l'Evangile?
On ne doit pas juger des dispositions du pénitent par ses paroles, mais par ses œuvres.
Il y a bien loin de l'imagination au cœur, de la pensée au sentiment, du sentiment à la volonté.
Que de jugements seront réformés au jugement de Dieu parce qu'ils ne sont pas fondés sur la loi !
Il se trouve quelquefois des âmes effrayées qui exagèrent leurs fautes ; un prêtre éclairé s'en aperçoit et les calme en leur apprenant à se juger sur des faits plutôt que sur des imaginations.
Il est difficile de guérir une âme sans prescrire un régime habituel qui doit aussi faire partie de la satisfaction. On peut dire en général qu'un règlement de vie est d'un très-grand secours pour le salut.
C'est une bonne pratique d'exciter le pénitent à la contrition avant de commencer sa confession, puisqu'il faut confesser ses péchés avec un cœur contrit.
Il faut faire attention à tant de choses dans la conduite des âmes, que saint Grégoire avait raison de l'appeler ars artium. Il est impossible de prescrire absolument au ministre toutes les règles qu'il doit suivre; sa conduite doit dépendre des fautes du pénitent, de son caractère, et, comme tout cela peut varier à l'infini, la pratique doit aussi varier.
La conduite des âmes est l'œuvre de Dieu, on ne peut s'en bien acquitter que par l'esprit de Dieu; les moyens de l'attirer en soi sont la prière et une sincère défiance de soi-même.
Un ministre qui n'est pas mort à lui-même et qui prétend encore à l'estime et à la considération humaine peut bien aisément s'aveugler et mener les autres par une voie qui paraisse droite et qui se termine à l'enfer.
Comment le peuple n'est-il pas frappé de la contradiction qui se trouve entre la prédication et la direction?
Un bon prêtre doit être en état de donner conseil sur toutes sortes d'affaires; s'il ne connaît pas les moyens déterminés, il sait au moins les chercher dans les livres et dans les avis des hommes sages.
On peut assurer que celui qui ne sent pas les dangers et les difficultés du ministère n'en connaît ni n'en remplit les devoirs.
Le prêtre peut diviser en trois classes les personnes qu'il conduit : les unes paraissent visiblement bonnes par l'amour et l'accomplissement de leurs devoirs; les autres sont visiblement mauvaises par l'infraction et le violement de tous leurs devoirs ou même d'un seul qui soit essentiel, et les autres enfin sont douteuses et équivoques à cause des négligences graves.
Pourquoi la plupart des prêtres sont-ils plus indulgents à l'égard des pécheurs qu'on ne l'est à l'égard d'un ami qui nous a offensés? C'est qu'ils n'ont point l'idée du péché ni le vrai zèle pour la gloire de Dieu. On pardonne à un ami des inadvertances et de légers manquements; mais que de réparations et d'épreuves n'exige-t-on pas pour des fautes essentielles !
Ce sont ordinairement les vices spirituels du prêtre qui le privent de la lumière etde la prudence nécessaire pour donner conseil, ou qui font perdre à ses avis l'efficacité qu'ils devraient avoir.
C'est une grande faveur que Dieu fait au prêtre, quand il lui fait connaître sa loi et sa vérité plus clairement et plus intimement qu'au grand nombre. C'est une grande trahison de la part du prêtre que de renoncer à la lumière qui luit dans son âme pour suivre les ténèbres du grand nombre.
Rien n'est plus avantageux, quand on a des simplesà conduire, que d'avoir toujours quelque bel exemple à leur citer; ils en sont plus touchés que de tous les raisonnements. tome v. 16
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La première chose qu'il faut faire pour opérer une conversion est d'arrêter le cercueil, c'est-à-dire de travailler à mettre lin aux mauvaises habitudes. Une vraie contrition ne peut demeurer cachée ; elle doit être regardée comme suspecte si elle n'est pas visible.
L'indifférence avec laquelle on pense à ses propres péchés ou avec laquelle on en parle marque qu'on n'en a pas une contrition véritable et qu'on ne hait pas le mal. Quoique les connaissances du commun des fidèles soient souvent assez bornées, on doit trouver en eux certains sentiments et certaines œuvres qui sont des conséquences nécessaires des principes fondamentaux. Quand l'esprit de Dieu les a gravés bien profondément dans un cœur, c'est une marque qu'ils ont la vie intérieure, conservée ou recouvrée.
Ce ne sont pas toujours ceux qui se plaignent le plus d'eux-mêmes qui font le moins de progrès; c'en est un grand que de se mépriser sincèrement, c'en est un plus grand de consentir à être méprisé, c'en est un plus grand de ne mettre vraiment sa confiance qu'en Dieu, c'en est un plus grand encore de chercher à plaire à Dieu en toutes choses.
C'est faussement qu'on s'imagine n'avoir pas d'affection au péché véniel, lorsqu'on n'en fuit pas de bonne foi les occasions, lorsqu'on ne veut passe gêner pour l'éviter, lorsqu'on ne veille pas sur son cœur et sur ses sens.
C'est une bonne pratique, lorsqu'on le peut sans inconvénient , de ne pas faire communier un pénitent aussitôt qu'il a reçu l'absolution pour la première fois, il distingue mieux les deux grâces, et il s'y prépare avec plus de fruit.
Quoique tout homme juste ait droit à la communion, il y a pourtant des précautions sages pour dispenser la nourriture céleste.
La fréquence de la communion doit dépendre du dé- I gré de charité et du fruit qu'on en retire.
SLR LE SACKRDOCE. 3CJ
11 y a peu de ministres qui sentent la nécessité de l'exemption de l'affection au péché véniel et de la faim eucharistique pour communier tous les huit jours, corami! dit saint François de Sales; il y en a encore moins qui connaissent bien ces deux dispositions; il y en a encore moins qui se donnent la peine d'examiner si on les a.
Les convalescents et les infirmes mangent moins que ceux qui sont sains et robustes; ils sont la figure des convertis et des âmes imparfaites qui communient sans amour et par habitude. Les enfants qui grandissent mangent souvent; c'est la figure des âmes humbles qui font du progrès.
On ne doit pas mettre quelqu'un dans l'usage de la fréquente communion, à moins qu'on ne prévoie que cet usage puisse être continué; faire autrement, c'est s'exposer à de graves inconvénients.
La faim eucharistique consiste dans le désir sincère de plaire à Jésus-Christ et de trouver dans son sacrement la grâce de l'imiter. Cette faim peut subsister avec la crainte de la communion dans les âmes timorées. Vouloir communier souvent sans vouloir ressembler de plus en plus à Jésus-Christ, est une faim illusoire. La communion nuit plus qu'elle ne sert à ceux qui sont ainsi disposés, c'est-à dire qui ne veulent pas corriger leurs mauvaises habitudes.
Quoique, selon les saints Pères, certaines âmes honorent autant Jésus-Christ en s'abstenant de la communion par respect que d'autres qui la reçoivent par amour, les prêtres doivent ordinairement exciter et disposer les âme^ à la communion fréquente selon la prudence. C'est par ia nourriture reçue fréquemment que les enfants grandissent et se fortifient.
Le travail et les affaires légitimes ne sont point un obstacle à la communion même fréquente, quand on a le cœur vraiment chrétien, et quand on tâche de suivre Dieu en toutes choses.
Quel malheureux temps où la plus grande partie des chrétiens abandonne le pain de vie et où plusieurs de ceux qui le reçoivent le rendent un pain de mort!
Comment se peut-il faire que la plupart des ministres comptent sur les hommes si aisément pour leur confier le sacrement de Jésus-Christ, tandis qu'ils ne voudraient pas s'y fier pour le moindre intérêt humain? Entendre à la hâte une confession où l'on trouve les habitudes les plus monstrueuses et faire communier, telle est toute la théologie de quelques uns.
La peine qu'un ministre ressent de voir si peu de communions ne doit pas le rendre assez indulgent pour en laisser faire qui soient indignes ; c'est une tentation contre laquelle il doit se tenir en garde.
Cependant la mauvaise conduite ou la rechute d'un pénitent ne sont pas toujours des preuves certaines qu'il ait été mal dirigé ; les plus grands secours sont inutiles à celui qui n'a pas le cœur droit, et la communion ne rend pas impeccable.
II faut une grande connaissance du cœur humain et une grande sagesse pour juger le pécheur de rechute, pour décider si la faute dont il s'accuse est une suite et un acte de ses anciennes habitudes auxquelles il n'a pas renoncé ou si c'est un faux pas occasionné par la fragilité: le traitement doit être bien différent. Celui qui est tombé par surprise ou par fragilité doit être traité avec compassion et rétabli dès qu'il témoigne un repentir sincère; celui, au contraire, qui est retombé par l'impression d'une ancienne habitude à laquelle il est attaché, doit être éprouvé avec plus de soin.
Il y a deux excellentes précautions contre la rechute : la fuite exacte des moindres occasions et une pratique plus fréquente de la confession, dans laquelle on s'humilie de temps en temps des anciennes fautes, surtout quand on prévoit quelque danger.
Le pécheur de rechute qui se convertit sincèrementl
craint plus l'absolution qu'il ne la désire, à cause de l'abus qu'il a l'ait de la première ; c'est une des marques sur lesquelles on peut le juger. Celui qui craint est souvent plus digne.
La liaison intime du confesseur avec le pénitent suppose et exige une grande foi, autrement elle nuit à l'un et à l'autre. Plusieurs ministres apprennent à leurs dépens combien il est dangereux d'avoir des rapports intimes avec les personnes d'un sexe différent, mais ils l'apprennent trop tard. Celui qui ne devient pas vicieux avec des femmes même vertueuses y perd ordinairement le goût de la piété; il y ternit au moins sa réputation. Les femmes, naturellement faibles, ont besoin d'être soutenues et guidées, mais ce doit être par des entretiens courts et où il ne soit guère question de choses étrangères à leur salut. Quand on a dit tout ce qui est nécessaire à l'instruction et à l'avancement d'une personne du sexe, il faut la quitter; Dieu ne nous doit pas une longue assistance.
Il est des personnes du sexe qui ont besoin d'être conduites avec quelque sensibilité ; mais rien n'est plus dangereux pour un ministre, à moins qu'il n'ait conservé la première innocence et qu'il ne soit fortifié parla longue pratique d'une vertu sévère.
Beaucoup se croient innocents parce qu'il n'est question ni déchûtes marquées, ni de tentations grossières; mais la satisfaction naturelle et la sensibilité qui se trouve dans le rapport avec les personnes du sexe sont d'autant plus dangereuses qu'on en sent moins le danger.
Il n'y a pas de moyen meilleur de se préserver du danger de la société d'un sexe différent que de l'éviter autant qu'on peut ; c'est le parti que prend le ministre qui a l'esprit de son état et qui veut le conserver.
Il ne faut pas même examiner s'il est dangereux de vivre avec des personnes d'un sexe différent, Je peur d'être séduit par son imagination ; il faut exactement s'en
tenir à ce que prescrivent l'Ecriture, les Pères, les conciles, l'expérience. Saint Ambroise renferme toutes les règles en trois mots : Sermo rarus, brevis etausterus.