‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 157 sur 168 · RÈGLEMENT DE VIE POUR DR PRÊTRE · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT DE VIE POUR DR PRÊTRE

Chaque instant de la vie du prêtre doit être réglé, comme l'ont été ceux de la vie de Jésus-Christ. Il faut qu'il fasse tout quia venit hora ejus.

Le prêtre, au moment de son lever, doit entrer dans la dévotion sacerdotale de son chef et commencer sa journée comme Jésus-Christ a commencé sa vie, par le sacrifice de lui-même ; après avoir fait le signe de la croix, réciter intérieurement les paroles de saint Paul : Christvs ingrediens mundum dixit : ffostiam et oblationtm noluisd, corpus autem aptasti mihi. Hobcautomata propeecato non tibi placuerunt, tune dixi : Ecce venio ut faciam Deus voluntatem tuam.

Il sera aussi fort utile de s'occuper en s'habillant de la grâce particulière qu'on veut demander ce jour-là au saint sacrifice ou après la méditation.

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Après qu'on est habillé, il faut faire une prière qui renferme les quatre devoirs de la créature envers Dieu : adoration, action de grâces, offrande et demande; elle peut être courte, afin qu'on ait le temps de faire quelques réflexions sur les vérités de la religion, de lire quelque chose du Nouveau Testament et de dire Prime.

Il semble raisonnable d'avoir récité avant la Messe la partie du bréviaire qui répond à peu près à l'heure où on la dit. L'office de Tierce peut entrer dans la préparation, celui de Sexte dans l'action de grâces.

C'est une précaution très-utile d'éviter toute conversation et toute affaire séculière avant de dire la Messe.

Il est du devoir des pasteurs et de la charité des autres prêtres de s'accommoder plutôt à l'heure du peuple pour dire la Messe que de suivre leurs goûts et même de chercher leurs avantages réels.

11 ne faudrait jamais dire la Messe sans avoir fait un acte de foi réfléchi sur le mystère, sans avoir gémi sur ses misères propres et sur ses infirmités actuelles, et sans s'être proposé une fin particulière. Ces trois objets peuvent très-bien servir à la préparation prochaine. Et il serait bien plus utile de suivre cette méthode que de dire tous les jours les prières du carton de suite ; outre qu'on éviterait par là la routine de la préparation et celle du sacrifice qui suit, on pourrait tirer de grands fruits de cet usage. La pratique en paraîtrait d'abord moins aisée que de suivre le carton, mais on s'y accoutumerait, et, outre le fruit qu'on en retirerait, on y trouverait bien plus de consolation.

Quelque saintes que soient les prières qui sont en usage dans l'Eglise, il semble que celles qui ont été dictées par l'inspiration du Saint-Esprit sont encore plus vives et plus touchantes ; on pourrait s'en servir en allant à l'autel et en revenant.

Les psaumes 8, 41 ou 83, ou la prière que fit Néhémie au sacrifice du feu retrouvé, livre II des Machabéesy tojib v. il

chap. i", ou quelque autre tirée de l'Ecriture, conviendrait très-bien en allant ; en revenant, on peut dire un psaume, un cantique, qui ait quelque rapport à la fin particulière qu'on a en vue dans la célébration du sacrifice.

L'action de grâces peut être divisée en trois points : 4° dans le sentiment et la reconnaissance du bien qu'on a reçu ; 2° dans le désir détaillé de tout quitter et de mourir pour jouir de Dieu; 3° dans la prévoyance de ce qu'on aura à faire ou à souffrir dans le jour, afin d'agir et de souffrir comme Jésus-Christ et avec Jésus-Christ.

On gagnera sûrement plus à cette méthode qu'à suivre les prières des cartons de suite comme elles sont. Ce n'est pas qu'on ne puisse s'en servir quelquefois ou faire usage de quelques uns des actes qui s'y trouvent pour entrer dans la méthode qui vient d'être proposée.

Comme la matinée est plus libre ordinairement et qu'on est plus propre au travail, il faut faire en sorte de la donner à l'étude, tant pour se rendre capable de servir l'Eglise que pour conserver le recueillement et le sérieux qui convient à la vie du prêtre.

Il faudrait terminer l'étude et le travail du matin par quelques prières qui entretiennent l'union de l'âme avec Dieu ; les litanies du saint Nom de Jésus y paraissent propres.

Après le repas, on peut se délasser, conformément à son besoin, et faire dans l'après-midi des visites de nécessité et de charité; si elles ne conduisent pas jusqu'au souper, ce qu'il faut éviter autant qu'on le peut, il est bon de couper son après-midi par la récitation d'une partie de l'office.

C'est un bon usage de réciter Matines le soir, ou avant ou après le souper, pourvu que ce ne soit pas de trop bonne heure. 11 ne faut pas manquer de faire l'examen de conscience tous les soirs, si on ne veut pas perdre insensiblement la piété.

C'est une excellente pratique de s'occuper en se déshabillant du Consummatum est que Jésus prononça sur la croix. Il avait dit auparavant à son Père : Opus consummavi quod dedisti mihi ut facerem. En pouvons-nous dire autant? Voyons distinctement ce qui nous manque, et proposons-nous de l'accomplir au plus tôt.

Il semble qu'il vaut mieux se confesser quand il échappe quelque faute un peu plus considérable, ou quand on a été un peu plus négligent, que d'avoir un temps fixé, à moins que ce ne soit à l'approche des grandes solennités. Quoique ce ne soit pas un crime de faire quelques parties avec les gens du monde, il est toujours mieux de s'en abstenir, à moins que ce ne soit avec ses parents et en particulier.

Un bon prêtre doit éviter de se conformer aux modes, soit pour les ajustements, soit pour les habits, soit pour les meubles ; l'abus s'introduit insensiblement. On peut se mettre convenablement sans être comme la plupart des gens de son état, dans ce malheureux temps où tout est bouleversé.

Un prêtre qui vit de l'autel doit bien prendre garde de faire des dépenses inutiles, soit pour donner des repas, soit pour nourrir des animaux, soit pour des divertissements ou des amusements superflus.

Quand on est appelé pour administrer quelque sacrement, il faut tout quitter et aller sur-le-champ où Dieu nous appelle. Quelque commun et quelque légitime que paraisse l'usage de s'occuper d'affaires temporelles et séculières, nous devons nous abstenir de nous mêler même de celles de nos parents sans une très-grande nécessité. De même qu'un vase sacré ne sert qu'à des usages sacrés, le prêtre, dont la consécration est bien plus réelle et plus propre à son être, ne doit s'employer qu'à des usages tout saints et tout divins. On se couvre souvent du prétexte de la charité ; mais la charité n'exige pas ordinairement ces choses de nous : Nerno militons Dto implicat se negotiis secutarïbus.

L'Ecriture sainte doit être habituellement entre les mains du prêtre ; on n'en fait guère usage pour ses besoins et pour ceux des autres, à moins qu'elle ne soit devenue familière.

Rien ne convient mieux au prêtre que de saints entretiens ; il faut qu'il en cherche autant qu'il pourra : c'est son soutien et sa consolation.

Le prêtre doit avoir une attention continuelle pour que les discours des hommes ne le séduisent pas et qu'il ne devienne un sel affadi.

Il ne doit pas chercher à paraître un homme singulier, mais il ne doit pas le craindre ; il est même nécessaire que cela soit ; il doit donc s'attendre au mépris et à la critique, de quelque part qu'ils viennent : In hoc positi su mus.

C'est une bonne pratique de prendre chaque année quelques jours pour se préparer à la mort et au jugement particulier : par exemple, un jour à chaque Quatre-Temps. On trouve dans plusieurs livres des lectures et des exercices préparatoires.

de l'oraisox.

11 y a plusieurs moyens de faire oraison ; chacun doit suivre sa capacité, se conformer à son caractère et aux grâces qu'il reçoit de Dieu. Dans tous les cas, il faut d'abord se bien convaincre de la présence de Dieu, en disant intérieurement ou en méditant les pensées suivantes.

S'il se présente d'autres pensées qui rappellent mieux encore la présence de Dieu, on s'y appliquera.

Il y a encore une préparation nécessaire, c'est le souvenir de ses péchés et de sa misère. On doit repasser en, gros la série des péchés qui ont souillé l'âme et se dire : Comment ai-je pu ainsi offenser mon Dieu ? et vous, Seigneur, comment pouvez-vous laissersubsisier devant vous

un misérable, un méchant, un, etc., comme moi? Si vous eussiez consulté votre justice, ne devrais-je pas être depuis longtemps dans l'enfer avec tant d'autres qui ne sont pas aussi criminels que moi? J'ai horreur de moi-même : je ne subsiste que par votre miséricorde.

On doit s'arrêter assez à ces sentiments pour éprouver de la honte et de la confusion, et taire un acte sincère de contrition.

Telles sont les deux préparations prochaines à l'oraison. Après ces deux actes, il est bon d'invoquer les lumières du Saint-Esprit.

Ensuite, de quelque manière qu'on fasse oraison, on doit rendre à Dieu les principaux devoirs d'adoration, d'action de grâces, d'offrande et de demande. Cela pourrait même suffire pour faire l'oraison- Soit qu'on fasse sa prière sur une vérité, ou sur un mystère, ou sur une vertu, on peut s'y prendre de cette manière :

1° On adore Dieu le Père comme la source de cette vérité, l'auteur de ce mystère ou le principe de cette vertu ; on reconnaît que cela ne peut venir que de lui. On adore Jésus-Christ, qui nous a révélé cette vérité, et en quelle occasion ! Ou bien on l'adore dans le mystère dont il s'agit, ou comme le modèle parfait de cette vertu ; on en cherche différents traits dans la vie du Sauveur. On adore le Saint-Esprit, par la lumière duquel la vérité se manifeste à notre esprit, et qui a conduit Jésus-Christ à l'accomplissement de ces mystères, ou encore comme le seul qui puisse nous faire pratiquer la vertu. Enfin on fait un acte d'amour envers la sainte Trinité : envers le Père, comme source et principe de tout ce qui est beau, comme la vérité, de tout ce qui est bon, comme la vertu : envers Jésus-Christ, qui a bien voulu être le canal sacré de l'amour de son Père envers nous, pour nous enseigner toute vérité et toute vertu ; envers le Saint-Esprit, comme celui qui a la bonté d'unir les hommes à Dieu par l'amour qu'il leur inspire pour la vérité et telle ou telle vertu.

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2° Il faut tous les jours remercier Dieu de tous ses bienfaits, et en particulier de la création, delà rédemption, et des moyens de sanctification qu'il nous offre sans cesse; il faut entrer dans le détail des bienfaits qui nous touchent le plus et s'appliquera considérer particulièrement la grâce que Dieu nous t'ait actuellement de nous occuper de telle vérité, de tel mystère et de telle vertu. Il faut chaque jour remercier Dieu d'avoir donné Jésus- Christ au monde : c'est le don ineffable du Père. Si nous l'avons reçu en effet, nous en sentirons certainement une bien vive reconnaissance ; mais si nous nous en occupons peu, c'est un signe que nous avons refusé le présent et que nous l'avons peu à cœur.

3° Après avoir remercié, il faut offrir ; mais l'offrande dont Dieu est le plus jaloux, c'est celle de notre cœur, puisqu'il nous honore jusqu'à la demander : Mon fils, donnez-moi votre cœur. Il faut donc le lui offrir pour aimer la vérité, ou le mystère ou la vertu qui nous occupe. Il faut aussi lui offrir son corps et tous ses sens pour ac^ complir sa volonté, son temps et ses biens pour en faire usage selon la règle de l'Evangile. Unissez-vous ensuite à Jésus-Christ, la victime du monde, pour agir et souffrir avec lui, afin d'être accepté du Père par lui.

4° Il est temps de songer à demander selon nos besoins; si nous sommes orgueilleux, pour sentir notre pauvreté et notre faiblesse. Ecoutons Jésus-Christ, qui nous dit que sans lui nous ne pouvons rien faire ; rapportons-nous-en à l'apôtre, qui nous assure que nous ne pouvons même avoir une bonne pensée de nous-mêmes, et que nous ne pouvons pas prononcer avec fruit le nom adorable de Jésus. Demandons à Dieu tout ce qui nous est nécessaire : la lumière, pour le connaître, lui et la vérité ; l'amour, pour tirer du fruit des mystères, et la force, pour pratiquer la vertu. Ne passons aucun jour sans demander à Dieu l'augmentation de la foi, de l'espérance, de la charité, et la grâce de le servir en toute

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sincérité de cœur et d'esprit. On peut terminer son oraison par le Pater, qui comprend toutes lesdemandt sibles, ou par toute autre prière qui convient.

Avant de finir, il ne faudrait pas manquer de se prescrire quelques petites pratiques pour s'en servir pendant la journée, ou au moins retenir une des pensées qui nous ont le plus touchés, pour nous la représenter souvent dans le courant du jour.

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