‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 158 sur 168 · EX FAVEUR DES PRÊTRES POUR EN TIRER DU FRUIT · texte numérisé non relu

EX FAVEUR DES PRÊTRES POUR EN TIRER DU FRUIT

Pour le premier dimanche de l'Avent.

L'Avent est destiné à nous faire souvenir du premier avènement de Jésus-Christ sur la terre, à nous exciter au désir du second dans nos âmes, pour nous préparer au troisième lorsqu'il viendra juger le monde à la fin des temps.

Nous devons nous réjouir de ce que Jésus-Christ est venu nous apporter des moyens de salut et désirer qu'il nous les applique. Il faut nous animer par l'attente de son jugement.

Qu'est-ce que l'homme sans Jésus-Christ, sinon ténèbres et corruption? De quoi lui servira Jésus-Christ, s'il ne suit sa lumière et ses exemples?

A quoi pouvons-nous donc nous appliquer pendant l'Avent, sinon à examiner sérieusement ce qu'il y a en nous de contraire à la lumière de l'Evangile de Jésus- Christ, afin de nous en préserver et de préparer la voie au divin Sauveur pour qu'il puisse habiter dans nos cœurs ?

Prenons une demi-heure chaque semaine nou seulement pour reconnaître nos imperfections et nos défauts, mais encore l'inutilité de nos réflexions et de nos efforts, et sentir de plus en plus le vrai besoin que nous avons de Jésus-Christ. Représentons-nous le troisième avéne-

l'esprit des principales fêtes. 393

ment, et sentons combien il sera consolant pour ceux qui seront sincèrement réjouis du premier et qui auront profité du second.

Le psaume 94, Venite exultemus, paraît propre à exciter en nous le désir de Jésus-Christ ; il nous avertit aussi d'en profiter.

L'évangile du premier dimanche nous avertit de prévenir la rigueur du troisième avènement.

Le psaume 101, Domine, exaudi, est une exposition de notre misère à Dieu, et une instance que nous lui faisons pour venir à notre secours.

Le Rorate convient parfaitement au saint temps; mais, pour entrer dans les sentiments qu'il contient, il faut le réciter avec réflexion.

Le moyen de s'exciter à profiter de l'Avent, c'est de conjurer Jésus-Christ de venir à nous : Vent ad liberandum nos, exurge, Domine, adjuva nos. Cito remet... Amen veni, Domine Jesu.

Pour la Conception de la sainte Vierge.

En quelque moment que nous considérions la sainte Vierge, nous devons éloigner d'elle tout soupçon de péché.

Nous devons remercier Dieu en ce saint jour d'avoir fait Marie d'un ordre tout particulier : Benedieta tu in mulieribus.

La conception de Marie doit nous rappeler la corruption de la nôtre et nous faire souvenir qu'au moment où nous avons commencé à exister nous avons été infectés du péché : Ecce in iniquitatibus conceptus sum; motif d'humilité.

Cette fête doit aussi nous remettre devant les yeux le privilège admirable que nous avons eu dans l'Eglise d'avoir été lavés de notre iniquité originelle dès le commen-

:J94 l'^prit

cément de noire vie. Qu'il y en a peu qui soient touchés

de celte grâce autant qu'ils le doivent !

Dieu ne se contente pas de nous avoir purifiés de la corruption commune de notre conception par le baptême; il a préparé dans l'Eglise un autre bain salutaire pour nous laver de nos iniquités propres par le sacrement de Pénitence. Quelle miséricorde ! Songe-t-on à remercier Dieu d'une invention si admirable?

Le renouvellement des vœux du baptême est bien propre à sanctifier cette fête.

Le cantique d'Isaïe, chap. xn, Conf.tebor tibi, Domine, quoniam iralus es mihi, est une action de grâces de la rémission des péchés.

Cette fête doit donner aussi aux ecclésiastiques une grande idée de la sainteté nécessaire à leur état, puisque la sainte Vierge n'a été ainsi purifiée que parce qu'elle doit être revêtue d'une dignité qui est la figure de celle des prêtres.

Quatre-Temps.

11 est certain que tout vient de Dieu; la plupart des hommes oublient cette grande vérité. Ils s'imaginent devoir tout à leur industrie et à leurs travaux. Il y en a même qui attribuent tout au hasard. C'est à nous faire souvenir de notre entière dépendance de Dieu que l'Eglise a destiné les trois jours des Quatre-Temps. Tantôt elle nous fait regarder les semences confiées à la terre comme déposées entre les mains de Dieu, qui nous en rendra selon sa volonté; tantôt elle soutient notre espérance, en nous faisant regarder les premières productions 4e chaque année comme les prémices de bienfaits plus grands que nous espérons ; tantôt elle nous fait demander la grâce d'en bien user.

Le psaume 102, Benedic, anima mea, le 14-ic, Exaltabo te, Deus meus Rex, sont propres à entretenir en nous ces sentiments.

Les jeûnes des Quatre-Temps sont encore desli demander de bons ministres ; notre salut dépend beaucoup d'eux, de leurs instructions, de leurs prièrts, de leurs exemples. Il faut remercier Jésus-Christ de nous avoir laissé son sacerdoce, et le conjurer d'en communiquer l'esprit et la vertu à ceux qui en reçoivent le caractère ; car ils sont établis in ruinam aut in resurrectionem multorum.

Le psaume 79, Qui régis Israël entende, est propre à demander de bons prêtres. Le psaume 19, Deus deorum Dominus, peut servir à demander des ministres qui offrent dignement le sacrifice du salut et qui prêchent saintement la parole de Dieu.

C'est un teiups où les ecclésiastiques doivent se renouveler dans l'esprit et dans la ferveur de leur vocation.

Le troisième chapitre de l'évangile de saint Matthieu et le dixième de l'évangile de saint Jean contiennent des vérités capables de les aider à cela. Ils pourraient partager, selon leur commodité, entre chaque saison, la lecture 1° des rubriques de la Messe, 2° des rubriques du bréviaire, 3° des cas réservés et des canons pénitentîaux, 4° du rituel pour l'administration des sacrements et des statuts synodaux.

Cette lecture leur serait très-utile, surtout pendant les premières années de leur sacerdoce, et leur ferait faire de bonnes réflexions.

Pour la fête de Noël.

L'Eglise, dans la fête de Noël, nous remet sous les yeux le mystère de l'incarnation, parce que plusieurs chrétiens l'oublient et que d'autres en sont peu affectés. Peut-on oublier que le Fils de Dieu s'est fait homme pour toujours, afin de nous faire devenir enfants de Dieu pour jamais? Peut-on être insensible aux moyens qu'il prend pour exécuter cet ineffable dessein? Quel amour ! quel

prodige de bonté et de bienfaisance ! le Fils de Dieu vient chercher l'homme, qui s'était rendu malheureux en se rendant criminel ; il vient l'éclairer par sa doctrine, l'encourager par ses exemples et l'enrichir de ses mérites ; il s'expose à l'humiliation et aux mépris, aux tourments et à la mort. N'y a-t-il pas de quoi guérir notre orgueil, notre avarice, notre sensualité, qui sont les sources de tous nos péchés?

Quelle consolation pour le pécheur de savoir que le Fils de Dieu est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! Malheur au pécheur qui ne veut pas appuyer son espérance sur un fondement aussi réel et aussi solide ! il devrait sentir que sa défiance est une continuation de son péché.

Avec quelle reconnaissance ne devons-nous pas penser sans cesse que le mystère de la naissance de Jésus-Christ nous a faits enfants de Dieu ! quelle attention ne devonsnous pas avoir pour nous comporter d'une manière digne de cette sublime qualité!

Il faut lire avec attention l'évangile de saint Jean qu'on récite à la fin de la Messe ; c'est une exposition du mystère et des fruits que nous devons en retirer.

Le psaume 97, Cantate Domino... quia mirabilia fecit, est une action de grâces de ce mystère. Le psaume 84, Benedixisti , est une prière pour demander l'effet de ce mystère.

Il n'y a pas de chrétien qui ne doive s'exciter sans cesse à l'adorer et à profiter de ce bienfait, en répétant souvent ces paroles : Et verbum caro factum est, et en se représentant les actions du Sauveur pour les imiter.

Si on croyait comme il faut le mystère de l'incarnation, on croirait mieux les autres points de notre religion, et on agirait en conséquence. La vie de la plupart des chrétiens montre que la foi en ce mystère est plus rare qu'on ne pense. Le principal fruit de cette fête consiste donc à se renouveler dans la foi de ce mystère et à s'exciter à

DES PRnsCII'ALES FÊTES. 39"

vivre en digne enfant de Dieu. Jésus-Christ nous en donne les moyens dans son sacrement, ou il nous nourrit de sa chair et de sa divinité pour nous faire vivre divinement.

Pour la Circoncision.

La circoncision des Juifs était le signe de leur alliance avec Dieu ; le retranchement en quoi elle consistait et la douleur qui l'accompagnait montraient à l'homme qu'il doit souffrir les privations les plus pénibles et les retranchements les plus douloureux pour appartenir à Dieu. Jésus-Christ s'est soumis à la circoncision comme à un Temède nécessaire à nos plaies ; il voulait nous apprendre par son exemple tout ce que nous devons faire et souffrir pour les guérir. Cette première effusion de sang lui a mérité le ncfmde Sauveur; elle doit nous inspirer une grande confiance en lui et un grand courage pour l'imiter.

Le second chapitre de saint Paul aux Romains nous apprend que la circoncision extérieure ne sert à rien, il faut celle du cœur. Les litanies du saint Nom de Jésus conviennent à cette fête.

Le renouvellement de l'année doit nous faire réfléchir sur le temps. Ce n'est que l'espace de la durée de ce monde; si ce n'est rien en comparaison de l'éternité, comment devons-nous regarder le moment que dure notre vie? et si notre passage en ce monde est si court, comment pouvons-nous nous attacher au monde et à ses vanités?

Quelle bonté de la part de Dieu, qui donnera une récompense éternelle à ceux qui auront employé le moment de cette vie à faire sa volonté !

Quelque pénibles que soient les événements de cette vie, il est bien consolant de penser qu'ils ne doivent durer qu'un instant.

Comme il nous échappe toujours des fautes, il faut

toujours se proposer d'employer le temps qui nous reste

à réparer le passé et répéter souvent cette résolution.

Saint Paul, dans le sixième chapitre aux Galates, nous exhorte à profiter du temps. Le treizième chapitre de saint Luc contient quelques paraboles capables de nous y déterminer. Le cantique d'Ezéchias, chapitre xxxvin d'Isaïe, contient des regrets sur le passé et des résolutions pour l'avenir.

Souvenons-nous souvent quod mundus transit et conçupiscentia ejus.

C'est Jésus-Christ qui nous a mérité le temps que nous avons à vivre et que nous avions perdu par le péché : Stipendia peccati mors; le bon emploi de ce temps doit nous servir à mériter le ciel.

Pour l'Epiphanie,

Cette fête est destinée à nous rappeler l'heureux jour où Jésus-Christ s'est fait connaître à la gentilité par le moyen des trois rois qu'il conduisit miraculeusement à sa crèche.

Quel bonheur pour nous d'être du nombre de ceux qui ont été éclairés de sa lumière, préférablement à tant d'autres qui n'ont point entendu parler de lui! Combien est grande l'ingratitude de ceux qui vivent comme si Jésus-Christ ne leur avait point été révélé, et qui ne connaissent son Evangile et ses mystères que pour les mépriser !

Nous devons répondre à sa vocation par une entière soumission de foi à tous les dogmes qu'il nous enseigne et par une obéissance exacte à tous les préceptes qu'il nous donne : ce sont là les deux moyens par lesquels il veut nous sauver. Les présents que lui offrent les mages désignent nos principaux devoirs envers sa perse nne adorable. L'encens est le symbole des prières que nous devons lui adresser comme à notre Dieu ; il faut donc se

Di:S PRINCIPALES FÊTES.

renouveler aujourd'hui dans l'esprit de prière, afin de remplir ce devoir toujours avec attention et ferveur. La myrrhe est le symbole de la pénitence que nous devons faire pour participer aux souffrances et à la croix par lesquelles il nous a rachetés; il faut donc examiner si notre vie est mortifiée et nous proposer de vivre désormais comme de dignes membres de celui qui a été crucifié pour nous. L'or est le signe de la dépendance parfaite où nous devons être à l'égard de Dieu dans l'usage de nos biens; voyons si c'est l'Evangile de Jésus-Christ qui en règle l'emploi.

Admirons, dans la lecture de l'évangile de ce jour, la manière dont Jésus-Christ s'est manisté à nous. Excitonsnous par le psaume 94, Venue exultemus, etc. , à profiter de la connaissance que nous avons de Jésus-Christ en l'adorant et en suivant ses commandements.

Offrons-lui l'usage de nos biens par quelques aumônes particulières. Allons lui faire une visite à l'église avec les dispositions des mages. Le neuvième chapitre de saint Paul aux Corinthiens est bien capable d'exciter notre reconnaissance pour notre vocation.

Répétons souvent ces paroles : Notum facit Dominus salutare suum.

Pour la fête du Sacerdoce de Jésus-Christ.

Cette solennité est destinée à nous renouveler dans la dévotion en la personne de Jésus-Christ. C'est une chose terrible de penser à ces paroles : Non est in alio aliquo salus. Cependant elle est ignorée de la plupart des hommes : des uns, parce qu'ils n'en ont jamais entendu parler; des autres, parce qu'ils ne pensent presque jamais à lui. C'est par lui que tout a été fait. C'est lui qui a tout réparé. C'est en lui que tout subsiste; lui seul a rendu à Dieu la gloire dont nous avons voulu le priver par nos péchés. Ce n'est que par lui que nous pouvons recouvrer

le bonheur que nous avons perdu ; il est la lumière de notre esprit et la vie de notre cœur; il est devenu notre chef et le modèle que nous devons imiter dans toutes les circonstances de notre vie; il est notre tout.

Nos devoirs principaux envers Jésus-Christ sont l'adoration, l'amour, la reconnaissance, la confiance, l'invocation continuelle et la fidélité à marcher sur ses traces.

Rien n'est plus capable de nous consoler dans toutes les peines de cette vie que les promesses et les exemples de Jésus-Christ. Nous avons tous les jours et dans tous les moments de notre vie l'occasion de nous souvenir de lui, soit pour nous rappeler ses préceptes, soit pour nous retracer ses exemples , soit pour nous ranimer par ses promesses, soit pour lui demander son secours, soit pour le remercier de ses bienfaits. Nous devons penser à lui plus souvent qu'à nous-mêmes, puisque nous ne vivons que par lui, pour lui et non pour nous-mêmes.

Jésus- Christ est spécialement le patron des prêtres, puisque, outre les caractères du Baptême et de la Confirmation, ils ont encore reçu celui de l'Ordre, et qu'ils sont destinés à continuer et à consommer l'œuvre pour laquelle il a été fait Jésus. Ils doivent, à son exemple, tout faire et tout souffrir pour la gloire de Dieu et pour la sanctification des élus, ne s'occuper qu'à cela, comme lui, et non se livrer aux affaires de la terre et du siècle.

L'épître de ce jour, qui est le premier chapitre aux Hébreux, est propre à faire connaître Jésus-Christ aux chrétiens. L'évangiie, qui est le dix-septième chapitre de saint Jean, montre aux prêtres la perfection des dispositions où ils doivent tendre.

Les litanies de Jésus-Christ nous aideront à nous renouveler dans les sentiments que nous lui devons. Le deuxième psaume : Quare fremuerent gentes, nous ap prendra à nous attacher à Jésus-Christ malgré les blas phèmes de ce temps-ci.

Pour la Présentation de Jésus-C/trist.

La loi de Moïse ordonnait que tout enfant mâle serait présenté au temple quarante jours après sa naissance et qu'il serait racheté; elle ordonnait encore que toute femme viendrait au temple se purifier par l'oblation de quelques animaux quarante jours après avoir enfanté un fils. C'est pour accomplir cette double loi que Jésus et Marie se présentèrent au temple de Dieu, quoiqu'ils fussent exempts de péché et de souillure.

Jésus-Christ nous apprend par son oblation 1° qu'il n'est aucun point de notre loi que nous ne devions accomplir exactement; 2° que nous devons nous renouveler dans la consécration qui a été faite de nous par le baptême ; 3° que nous devons nous sacrifier sans cesse à Dieu en renonçant à tout pour faire sa volonté aux dépens de nos intérêts et de nos goûts, et même, en certaines circonstances, de notre vie.

La sainte Vierge, en se soumettant à la loi de la purification quoiqu'elle n'en eût pas besoin, nous apprend à ne pas juger de nous et à ne point agir conformément au jugement que nous pouvons porter de nous-mêmes, quelque fondé qu'il soit, mais à suivre en tout les règles établies, sans nous en dispenser par nous-mêmes.

Si nous imitons ces deux modèles admirables, nous n'avons plus rien à désirer dans ce monde, et nous dirons volontiers avec le bienheureux vieillard : Nunc dimittis servum tuum.

Nous devons nous exciter en ce jour à aimer de plus en plus la loi de Dieu en récitant le psaume 18, Cœli enarrant gloriam Dei.

Les cierges qu'on bénit en ce saint jour et qu'on nous met à la main nous apprennent que ce n'est pas la lumière naturelle qui doit nous guider dans nos actions, mais la lumière surnaturelle de la foi.

-102 l'esprit

Le dixième chapitre de saint Paul aux Romains nous inculque cette vérité.

Ecoutons souvent Jésus-Christ, qui nous dit: Qui me sequitur non ambulat in tenebris, et disons à Dieu avec lui : Ecceveniout faciam voluntatem tuam, ou bien: Volunlarie sacrificabo tibi.

Pour le dimanche de la Septuagésime.

Il paraît que l'intention de l'Eglise est de nous remettre sous les yeux dans ce temps-ci le grand ouvrage de la création du monde. L'office nous rappelle des vérités qui devraient nous être toujours présentes et qui ne sont que trop oubliées. C'est Dieu qui est l'auteur de tout; comme il est souverainement parfait, il est la fin de tout, il n'a pu rien faire que pour sa gloire.

L'ouvrage de la création doit nous remplir sans cesse d'admiration, d'amour et de reconnaissance.

Quand nous pensons à notre origine, nous devons être Tavis de notre existence et nous demander souvent à nous-mêmes pourquoi nous existons et pourquoi existent toutes les créatures. Si nous pensions sérieusement et habituellement à la fin pour laquelle nous avons été créés, nous nous y conformerions davantage, et nous serions plus heureux, parce que nous serions moins coupables.

L'évangile du jour, en nous représentant cette multitude d'ouvriers qui sont envoyés à la vigne, nous montre que les hommes sont créés pour glorifier Dieu ; ceux qui le font sont des élus, mais combien y en a-t-il? Il est bon de lire cet évangile avec réflexion. On peut y ajouter le huitième psaume, qui contient une admiration et une action de grâces de la création.

On ne pense point assez que c'est Dieu qui est l'auteur de tout ce qui existe; c'est pourquoi on le sent si peu- C'est une vérité que Jésus-Christ a pourtant voulu nous

rappeler sans cesse par les premiers mots de sa prière : Pater noster. Pensons-y donc en les prononçant.

Pour le Carême.

Quelque amour qu'on ait pour la justice, on tombe cependant en beaucoup de fautes ; c'est pourquoi les justes mêmes ont besoin de la pénitence. Parmi les pécheurs, il y en a beaucoup qui se mettent peu en peine de leur état, qui ne songent pas à réparer leurs fautes et qui s'exposent à une perte éternelle. L'Eglise, qui les regarde toujours comme ses enfants, voudrait leur obtenir miséricorde et la grâce de la conversion. C'est par la mort et la résurrection de Jésus-Christ que nous sommes rachetés et justifiés. Pour que ces mérites nous soient appliqués, il faut en célébrer la mémoire avec un cœur bien disposé, c'est-à-dire bien détaché des créatures et surtout des vices. C'est pour ces motifs que l'Eglise a ordonné l'abstinence du carême.

Ce n'est pas assez de pratiquer l'abstinence et le jeûne dans le carême, il faut y joindre une prière plus assidue et des aumônes plus abondantes pour entrer dans les sentiments d'humilité et de charité qui sont la fin de toutes les pratiques chrétiennes.

Puisque le carême nous est si avantageux, il est de notre devoir de l'aimer et non de murmurer contre sa rigueur, comme les chrétiens qui ne le font pas de cœur ; on doit le faire avec joie, quand on le peut. Si la santé exige une dispense, il faut en user avec simplicité et chercher quelque dédommagement à l'infraction dans d'autres bonnes œuvres. La crainte seule d'être incommodé ne doit point autoriser la dispense; elle doit être fondée sur l'expérience ou sur l'ordre d'un médecin chrétien.

Les psaumes de la Pénitence sont très-convenables au temps du carême aussi bien que \e Domine non secundum*

Les hymnes du bréviaire sont aussi fort utiles et touchants.

Il est à propos d'aller plus souvent dans les temples visiter Jésus-Christ, afin de demander pardon pour ses frères. C'est aussi une excellente pratique de visiter les pauvres et les malades pour unir l'aumône corporelle à l'aumône spirituelle.

Il sera fort utile de tenir son cœur élevé à Dieu par quelques versets des psaumes pénitentiaux ou par quelque autre aspiration, telle que celles-ci : Deus propitius esto mihi peccatori; Couverte nos, Domine, ad te; Converiemur.

Pour V Annonciation.

Cette fête est l'accomplissement des promesses que Dieu a tant de fois renouvelées en notre faveur. Après bien des siècles, Dieu envoya dire à Marie que le Messie naîtrait d'elle. La sainte Vierge, autant par humilité qu'à cause de son vœu de virginité, oppose des difficultés ; mais bientôt sa soumission à la volonté divine lève tout obstacle, et le mystère de l'incarnation s'accomplit dès le moment que la foi lui fait connaître la puissance de Dieu et que son amour l'a rendue soumise. C'est à ce moment que le Fils de Dieu s'incarna et qu'il fut conçu dans le sein virginal de Marie.

L'Eglise nous fait bien sentir l'importance de ce mystère, puisqu'elle le propose à notre vénération trois fois chaque jour par la récitation de Y Angélus. C'est ce mystère qui rend le Fils de Dieu homme passible et mortel pour l'amour de nous qui devenons ses frères.

C'est dans ce mystère qu'est contenu le principal objet de notre foi, le fondement de notre espérance et le motif le plus efficace de notre charité, Jésus-Christ notre Seigneur.

A combien de prétendus chrétiens ce mystère n'est-il pas inutile? Combien croient véritablement en Jésus-

Christ? Pensent-ils à lui et regardent-ils son évangile comme leur règle? Quand on ne croit pas en lui, il est impossible d'y avoir confiance et de l'aimer; et sans cela qu'est-ce que l'homme? Que sont donc tant de chrétiens, sinon des incrédules, des superstitieux ou des hypocrites, qui n'honorent ce mystère qu'en apparence? Le principal fruit de ce mystère est de nous réjouir de ce que Dieu a pris notre nature afin de nous communiquer la sienne ; combien nous devons nous purifier, afin de nous rendre dignes de cette sainte communication!

Le psaume 84, Benedixisti, convient à cette fête pour remercier Dieu et louer sa miséricorde. L'évangile du jour nous fait remarquer l'humilité, la pureté et la soumission de Marie, qui l'ont fait choisir pour la Mère de Dieu. La Salutation angélique est spécialement la prière de ce jour. Il faut dire souvent : Et verbum caro factura est. Ecce ancilla Domini, fiât mini secundum verbum tuum.

Pour la Semaine sainte.

Les deux principaux mystères que l'on célèbre en cette sainte semaine sont la mort et la résurrection du Sauveur; ce sont les deux mystères qui nous ont délivrés du mal que nous avons mérité et nous ont rendu le bien que nous avions perdu. Jésus-Christ a été livré à la mort pour la rémission de nos péchés; il est ressuscité pour notre justification. Que de saintes réflexions à faire sur ces deux objets !

La mort du Sauveur doit exciter en nous la haine du péché et le regret de l'avoir commis, avec une résolution sincère de l'éviter à quelque prix que ce soit; elle doit nous pénétrer de reconnaissance envers ce Dieu sauveur qui, par sa mort, nous a rachetés de l'enfer ; elle est aussi pour nous le motif d'une confiance solide que Dieu nous fera miséricorde, puisque le sang de Jésus- Christ suffit

406 l'esprit

ïion seulement pour effacer tous nos péchés, mais ceux du

monde entier.

Le dixième chapitre de l'épître de saint Paul aux Hébreux est bien capable d'exciter en nous ce sentiment.

C'est dans ces saints jours qu'il faut surtout lire la passion de Jésus-Christ. Le douzième chapitre du second livre de l'Imitation nous apprendra à profiter de ce mystère. Le psaume 21, Deus meus, est la prière de Jésus- Christ en croix; il convient bien à ses membres.

Le mystère de la résurrection est le principe de la foi justifiante ; nous devons nous en souvenir avec reconnaissance pour repousser les impressions de l'esprit de mensonge et d'impiété. Jésus-Christ est ressuscité, donc sa doctrine est la vérité même; nous devons donc nous y attacher et la suivre aux dépens de tout. Jésus-Christ ressuscité est notre modèle en ce que sa résurrection est stable: Jam non moritur ; nous ne devons plus désormais commettre une faute mortelle. Sa vie est toute céleste et toute divine : Vivit Deo. La vie d'un vrai chrétien est aussi tout intérieure et toute céleste; il doit s'unir à Dieu par les sentiments de son cœur dans l'accomplissement de tous ses devoirs et dans le détail de toutes ses actions.

Le sixième chapitre de saint Paul aux Romains nous inculque ces vérités. Le troisième chapitre aux Colossicns nous trace la vie d'un chrétien vraiment ressuscité. Le psaume 29, Exaltabo te, est une bonne action de grâces de la justification.

On ne peut répéter trop souvent ces paroles: Christus traditus est propter scelera nostra, et resurrexit propter justificationem nostram; ou : Christus dilexit nos et frarfjàit seipsum pro nobis.

Pour la fête de P Ascension.

Cette fête est pour nous un jour de joie. 1° C'est le triomphe de notre libérateur sur ses ennemis et sur les nôtres ; 2° c'est le jour où notre chef prend possession du ciel en son nom et au nôtre; 3° c'est le temps où notre avocat va se présenter au trône de la majesté de Dieu pour implorer sans cesse son secours en notre faveur. Si on laissait passer celte fête avec indifférence, ce serait une marque qu'on appartiendrait bien peu à Jésus-Christ, qu'on n'aurait pas grand désir du ciel et qu'on se mettrait peu en peine de recevoir les grâces de Dieu. Pourquoi y a-t-il si peu de chrétiens qui prennent part au mystère de l'ascension? C'est que la plus grande partie aiment le séjour d'ici-bas et bornent toutes leurs affections aux. biens terrestres, ou aux plaisirs des sens, ou à l'estime ou aux louanges qu'on se donne mutuellement sur la terre. Combien cette situation est-elle opposée aux vérités que Dieu nous a révélées ! Quel funeste aveuglement !

Ce n'est point assez de se réjouir de l'ascension de Jésus-Christ; c'est bien là l'esprit de la fête, mais l'Eglise veut que nous en tirions du fruit : il consiste à désirer ardemment et continuellement le bonheur du ciel, pour lequel Dieu nous a créés et auquel Jésus- Christ veut nous faire arriver, à suivre les traces de Jésus-Christ et à prendre la route qu'il nous a tracée; elle est principalement remarquable par les souffrances et les humiliations : Oportuit pati Christum.

Humiliavit semetipsum propter quod et Deus exaltavit illum. Il n'est point d'état dans lequel on ne puisse suivre et imiter Jésus souffrant et humilié. Encourageonsnous donc sans cesse par la vie de notre chef: Aspiciamus in auctorem fidei et consummatoremJesum, et par la vue du terme où il nous mène : Festinemus ingredi in illam reouiem.

408 l'esprit

Le quatrième chapitre de l'épître aux Ephésiens nous apprend comment nous devons vivre pour mériter que Jésus-Christ, qui est monté au ciel, nous envoie son Saint- Esprit. Le psaume 23, Dominiest terra, est propre à célébrer le triomphe de Jésus-Christ. Le psaume 41 , Quemadmodum desiderat, et le 136e, Super flumina Babylonis, sont très-propres à nous faire désirer le bonheur du ciel.

Elévation. Quando veniam et apparebo ante faciem Domini! quid mihi est in cœlo et a te quid volui super terrain ? Trahe me post te, curremus in odorem unguentorum tuorum.

Pour la fête de la Pentecôte.

Notre esprit ayant été dégradé et vicié par le péché d'Adam est incapable de nous conduire au bonheur pour lequel nous sommes créés ; Dieu y supplée en nous donnant son esprit. Quelle bonté !

Nous devons célébrer cette fête avec une vive reconnaissance, puisque le Saint-Esprit est le plus grand don que nous puissions recevoir de Dieu. Tous les mystères n'ont été opérés que pour nous mériter et nous procurer ce don. L'Eucharistie n'a été faite que pour cela : Caro non prodest quidquam Spii'itus est qui vivificat.

Le chrétien a en lui deux principes bien différents : son esprit, qui est le principe de la vie hnmaine, et l'esprit de Dieu, qui est un principe de vie spirituelle et divine. Il doit sans cesse examiner quel est le principe de ses paroles et de ses actions, afin de résister à l'un et de suivre l'autre.

Le cinquième chapitre de l'épître de saint Paul aux Galates nous apprend à suivre l'esprit de Dieu et nous montre la différence qu'il y a entre les œuvres de la chair et les fruits de l'esprit de Dieu.

fc Le huitième chapitre aux Romains rappelle la néces-

site d'agir d'après l'impression de l'esprit de Dieu et expose les avantages que nous procure l'esprit. Le psaume 50 est très-analogue à cette fête. On peut se servir du Yeni, Creator, et du Yeni, sancte Spiritus. C'est une excellente pratique de dire souvent dans cette octave : Spiritus sancte Deus, miserere nobis.

Le fruit de cette le te est compris dans ce verset : Si spiritu vicimus, spiritu et ambulemus.

A la Pentecôte des Juifs, Dieu donna sa loi sur deux tables de pierre ; à la nôtre, nous devons désirer que Dieu grave la sienne dans nos cœurs. On peut réciter le Décalogue avec ce dessein et avec ce désir

Pour la fête de la sainte Trinité.

Nous devons à Dieu une reconnaissance bien vive pour nous avoir manifesté son essence et sa nature. Il n'y a eu parmi les Juifs que les prophètes et les hommes les plus spirituels qui en aient eu une connaissance certaine, au lieu que tous les chrétiens connaissent le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Le baptême, que nous avons reçu au nom de la sainte Trinité, nous a rendus enfants de Dieu, frères de Jésus- Christ et les temples du Saint-Esprit. Quel honneur ! Nous devons repasser en ce saint jour les devoirs qui dérivent de ces précieuses qualités.

Le cinquième chapitre de la première épître de saint Jean parle clairement de la Trinité et expose la vie que doit mener celui qui a été baptisé.

C'est une bonne pratique de renouveler en ce jour les promesses du baptême et de s'élever à Dieu en disant avec affection : Gloria Patri et Filio et Spirilui sancto. II faut réciter aujourd'hui à genoux avec joie le Symbole de la foi et demander à Dieu qu'il grave de plus en plus dans votre cœur la foi de ce mystère.

tojie v. 18

•410 l'esprit

Pour la fête du Saint- Sacrement.

L'Eucharistie est le mystère de l'amour de Jésus-Christ • il n'y a qu'un amour comme le sien qui ait pu lui inspirer la volonté de se donner à nous. Le mojen qu'il a employé est marqué au coin de son amour; la fin qu'il se propose est encore l'effet de son amour.

La principale disposition pour recevoir l'Eucharistie est un amour sincère et effectif. Par combien d'humiliations et de souffrances l'amour de Jésus-Christ l'a-t-il fait passer avant de se donner à nous ! par combien de mortifications, de privations, d'humiliations et de bonnes œuvres notre amour doit-il nous préparer à le recevoir!

Le fruit de la communion est une plus grande union par un plus grand amour et par de plus grands témoignages d'amour. On doit pendant cette octave se proposer de vivre de manière à pouvoir communier plus souvent.

Le sixième chapitre de l'évangile de saint Jean contient d'excellentes instructions et sur la préparation à la communion, et sur la nature du sacrement, et sur ses effets.

L'épître de la fête expose le mystère et nous excite au respect. Les psaumes 41 et 83 sont très-propres à nous exciter au désir du sacrement. Le psaume 22 nous aide à recueillir les fruits du sacrement.

C'est une bonne pratique d'aller souvent visiter Jésus-Christ dans son sacrement, surtout pendant cette octave. 11 faut faire une grande attention à ce mot de Jésus-Christ : Qui manducat me et ipse vivet propter me. Qu'est-ce que vivre par Jésus-Christ et pour Jésus- Christ?...

Le psaume 5 de la Pénitence est très-propre à quelqu'un qui a abandonné la communion et qui sent son tort.

des principales fêtes. 411

Pour le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu.

Quel malheur pour ceux qui s'éloignent du festin eucharistique par leurs péchés ou par dégoût! ils ne seront point admis au festin éternel.

Quelle reconnaissance ne doivent pas à Dieu ceux qui sont appelés et conduits au festin céleste par préférence à bien d'autres !

Ce sont les attachements du cœur qui dégoûtent de la communion et qui font trouver des prétextes pour s'en abstenir.

Il vaut bien mieux se préparer à la communion et s'approcher avec ardeur que d'être du nombre des estropiés qu'on presse de s'avancer; il est bien à craindre qu'ils n'aient pas la robe nuptiale.

On peut lire le dixième chapitre du quatrième livre de Y Imitation contre l'abandon de la communion. Le psaume 26 nous excite à la désirer; le psaume 80 contient des menaces contre ceux qui négligent de recevoir les grâces que Dieu donne. Il est bon de faire attention à l'évangile du jour. Il n'y a rien de mieux à répéter souvent, pendant l'octave, que ces paroles des apôtres : Domine, semper da tiobis panem hanc.

Pour le jour de l'octave de la Fête-Dieu.

Jésus-Christ n'est pas seulement dans l'Eucharistie pour y être notre aliment, il y est aussi pour y recevoir nos hommages et pour être offert par nous à son Père.

Le sacrifice de Jésus-Christ nous est nécessaire tous les jours pour expier nos péchés et pour obtenir tout ce dont nous avons besoin en général et en particulier. Combien peu y pensent!

Le dixième chapitre de saint Paul aux Hébreux er.f bien capable de faire sentir la nécessité et l'excellence

412 l'esprit

du sacrifice. Les hymnes de la Fête-Dieu en contiennent i'esprit ; on peut les réciter avec fruit en considérant les sentiments qu'elles renferment.

Le mot de saint Paul : Christus dilexit nos et tradidit seipsum pro me, est bien capable de nous remettre devant les yeux avec intérêt le sacrifice de Jésus-Christ et son motif.

Pour la fête de saint Jean- Baptiste.

La pénitence est une préparation si générale et si nécessaire pour se rendre digne de Dieu, que c'est la première chose que saint Jean commence à prêcher aux hommes. Le détail avec lequel il marque à chaque condition ses devoirs montre qu'il n'y a point de bonne pénitence sans l'accomplissement des devoirs de l'état.

Si les ecclésiastiques veulent prêcher la pénitence avec fruit, ils doivent commencer parla faire eux-mêmes : saint Jean leur en donne l'exemple. Il faut aussi être prêt à rendre témoignage à la vertu et à la vérité, au risque de tout perdre, même la vie. Cette disposition est rare, parce que les élus sont rares. Combien de gens ne l'ont pas et vivent contents, tranquilles sur leur état présent et à venir !

Le troisième chapitre de saint Matthieu contient la prédication et les exemples de saint Jean. Le Benedictus est propre à remercier Dieu et à demander le fruit de cette fête.

Pour la fête de saint Pierre.

C'est le jour d'examiner sérieusement si on a la foi en Jésus-Christ et si on peut lui dire avec vérité : Tu es Christus Filius Dei vivi. Cet examen doit se faire sur les sentiments et sur les œuvres. Si l'on regarde Jésus-Christ

comme le Fils de Dieu, on croit à son Evangile, et l'on agit en conséquence en toutes choses.

Les fautes passagères et légères n'empêchent pas qu'on croie en Jésus-Christ ; mais l'indifférence habituelle, les grandes fautes, une passion dominante et une trop grande affection pour les choses visibles montrent qu'on n'a qu'une foi morte.

La foi véritable est si rare, que chacun doit craindre pour soi et la demander sans cesse.

C'est à chaque ecclésiastique que Jésus-Christ demande : Diligis me plus his ? M'aimez-vous plus que le commun des chrétiens? Il ne donne sa grâce qu'à ceux qui peuvent répondre : Domine, tu scis quia amo te. Ceuxlà, il les sanctifie.

On trouve dans le seizième chapitre de saint Matthieu et dans le vingt-unième de saint Jean des témoignages de la foi et de la charité de saint Pierre. Le psaume 115, Credidi propter quod, est capable d'exciter à une foi vive et ardente. Le psaume 73 contient une prière touchante pour l'Eglise. On ne peut répéter trop souvent ces paroles de saint Pierre : Tu es Christus Filius Dei.

Pour le jour de la Visitation de la sainte Vierge.

Ce mystère n'est ni assez connu ni assez honoré parmi les hommes. Jésus-Christ commence à exercer son ministère et à exécuter l'œuvre de la rédemption des hommes en sanctifiant dans le sein de sa mère son précurseur, qui n'était pas encore né. S'il produit de si grandes choses par sa seule présence, quoique cachée, que ne devonsnous pas attendre de ses paroles et de ses actions, de sa mort, de sa présence visible parmi nous, et de la communion à son sacrement?

La conduite de la sainte Vierge est le modèle de la nôtre. Pourquoi sort-elle de sa maison et de sa retraite? pour aller admirer l'œuvre que l'ange avait annoncée, et

•ili l'esprit

non pour publier l'honneur auquel elle avait été élevée. Quoique mère de Dieu, c'est elle qui prévient par des témoignages d'honneur. Il n'est question dans cette visite que des grâces de Dieu. Marie et Elisabeth y témoignent leur reconnaissance. La sainte Vierge quitte sainte Elisabeth au moment de la naissance de saint Jean pour éviter le concours du monde que cet événement devait attirer. On doit fuir le commerce des hommes quand la nécessité ne nous force pas d'y participer. Chacun peut s'appliquer à cette vérité en se livrant à de sérieuses réflexions sur cette fête.

Le Benedictus et le Magnificat sont deux prières bien analogues à cette solennité; il est avantageux de faire en cette fête une visite à quelque pauvre ou à quelque malade.

Pour le jour de l Assomption de la sainte Vierge.

Il n'est pas parfaitement prouvé que la sainte Vierge soit montée au ciel en corps et en âme. Saint Augustin dit : Nescio, Deus scit; mais il est certain que sa mort l'a mise en possession du souverain bonheur, que c'est spécialement aujourd'hui que lui convient ce mot de son cantique : Beatam me dicent.

Notre premier sentiment dans cette fête doit être une grande joie de voir Marie délivrée des misères de cette vie, de la vue des iniquités des hommes, et élevée audessus de toutes les créatures. Si nous voulons qu'elle prenne part à notre situation, il est juste que nous prenions part à la sienne. Tel est l'effet de la charité qui doit unir les membres de l'Eglise du ciel et de la terre.

Il est naturel que cette fête nous rappelle le souvenir de la mort. La nôtre nous raellra-t-elle aussi en possession du souverain bonheur? Il faut écouter sérieusement la réponse que nous fera notre conscience. Le proverbe est vrai : Telle est la vie, telle est la mort. Examinons

notre vie. Avons-nous conservé l'innocence de notre baptême? Sommes-nous bien convertis? La pénitence que nous faisons a-t-elle de la proportion avec nos péchés et avec nos forces? Remplissons-nous fidèlement tous les devoirs de notre état? C'est une excellente pratique de consacrer , chaque jour de cette octave, un quart d'heure à nous examiner et à prendre des moyens de réforme avant de mourir.

On peut, pendant cette octave, réciter quelquefois la prose Dies irœ de la messe des Morts. Le Magnificat convient aussi à cette fête. La deuxième partie de la Salutation angélique est très-propre à se rappeler souvent dans le jour le fruit qu'on doit retirer de cette solennité.

Le quatrième chapitre de l'épître de saint Paul aux Hébreux est une exhortation à ne pas perdre de vue le repos que Dieu nous a promis et dans lequel la sainte Vierge est entrée par sa mort.

Pour la Nativité de la sainte Vierge.

L'Eglise célèbre la nativité de la sainte Vierge, parce quVlle est entrée dans le monde sans être souillée du péché comme les autres hommes ; elle a même été préservée de la plaie du péché, puisqu'elle n'a été sujette ni à l'ignorance ni à la concupiscence. Quel dut être letonnement des anges en voyant naître une créature plus parfaite qu'eux ! Quelle doit être votre admiration à la vue de cette merveille de Dieu ! Quel sujet de louanges !

La sainte Vierge ne s'est pas contentée des prémices de sa sainteté ; elle s'est avancée à pas de géant dans la voie de la perfection. Saint Ambroise nous la propose pour modèle : Talis fuit Maria ut unius vita omnium sit disciplina. Si nous ne sommes pas nés dans la sainteté, au moins nous avons été régénérés dans la sainteté. C'est déjà une grande grâce dont on ne sent pas assez le prix,

416 l'esprit

parce qu'on y pense trop légèrement et trop rarement. Que de chrétiens, au lieu de faire profiter le don qu'ils ont reçu, le perdent indignement en le donnant pour des choses viles et honteuses !

Que de réflexions à faire en ce saint jour sur l'excellence du baptême et sur ses admirables effets!

Que de gémissements ne mérite pas le violement de l'alliance faite au baptême !

Avec quel empressement ne doit-on pas s'efforcer de rentrer dans la grâce de Dieu et de vivre dans une parfaite soumission à toutes les volontés d'un si bon père !

Le psaume Miserere est propre à demander pardon de l'abus qu'on a fait de la première grâce.

On peut aussi réciter l'hymne Ave, maris Stella, pour demander à Dieu, par l'intercession de la sainte Vierge, la grâce de vivre dans la sainteté d'un enfant de Dieu.

On peut s'exciter fréquemment à imiter la sainte Vierge dans son désir de perfection en lui répétant souvent : Modèle de justice, priez pour nous : Spéculum justifia?, ora pro nobis.

On se réjouit à la naissance d'un prince, parce qu'on espère qu'il contribuera au bonheur public ; les réjouissances sont même proportionnées aux espérances. Notre joie en cette fête doit être spirituelle comme les biens que Marie nous procure.

Nous devons nous réjouir surtout de notre reconnaissanée, pousser le cri du chrétien : Abba, Pater, et examiner dans le troisième chapitre de la première épître de saint Jean si nous menons la vie des enfants de Dieu.

Pour la fête de saint Michel.

Quoique les anges soient des créatures différentes de nous, il y a tant de rapports entre eux et nous, que nous devrions penser plus souvent que nous ne le faisons que nous vivons au milieu d'eux sans les voir. Ils offrent nos

DES PRINCIPALES FÊTES. 4i7

prières à Dieu, ils veillent à notre garde, ils nous défendent de nos ennemis, ils nous accompagnent au tribunal de Jésus-Christ; nous sommes destinés à vivre éternellement avec eux.

Nous devons remercier Dieu de les avoir confirmés en grâce et les conjurer de redoubler leurs soins contre les dangers et contre les ennemis de notre salut.

Nous devons nous souvenir fréquemment que nous sommes en leur compagnie et nous exciter à les respecter.

Les divines Ecritures font souvent mention des saints anges ; les bons offices que l'ange Raphaël rendit au jeune Tobie sont un exemple des obligations que nous avons à nos anges : Omnes angeli et arckangeli, orate pro nobis.

On peut lire le douzième chapitre de Tobie pour voir ce que nous devons aux anges, et réciter le psaume 90, Qui habitat in adjutorio altissimi, pour implorer l'assistance des saints anges.

Pour la fête de la sainte Vierge.

L'intention de l'Eglise, dans cette fête, n'est pas do nous faire honorer les grandeurs ni les humiliations de la sainte Vierge, mais sa personne.

Il faut donc commencer par adorer les desseins de Dieu sur elle ; il a voulu en faire un chef-d'œuvre de sa toute-puissance et de sa sagesse ; il a voulu la faire contribuer à la rédemption et au salut des hommes.

Dieu nous a donné en Marie une copie de ses divins attributs et un modèle de la perfection à laquelle il nous appelle.

Dieu a donné à Marie la suréminence parmi tous les êtres créés, et, à ce titre, elle mérite de notre part des hommages distingués.

Tous les titres de Marie rendent son intercession très-

418 l'esprit

puissante auprès de Dieu et sont pour nous de bien gran d

motifs d'y avoir sans cesse recours.

Un moyen bien digne d'honorer la sainte Vierge, c'est de vivre et mourir en union avec elle, en copiant toutes ses vertus et en croissant comme elle dans la charité jusqu'à la mort. On trouve dans le premier et dans le second chapitre de l'évangile de saint Luc les premiers et les principaux traits de la vie de la sainte Vierge.

Le Magnificat est très-propre à glorifier Dieu dans la solennité présente. On peut surtout répéter , en esprit d'admiration et d'action de grâces pour Marie et pour nous, ces paroles : Fecit mihi magna qui potens est.

On a tant de choses à dire à la sainte Vierge dans cette solennité, qu'on ne voit guère que le chapelet qui puisse exprimer tous les sentiments d'un cœur chrétien.

Pour la fête de saint Denis.

C'est une si grande faveur d'avoir été créés et d'être venus au monde dans un pays éclairé de la vraie lumière, que nous ne devons passer aucun jour sans sentir notre bonheur et sans en remercier Dieu. Il y a des circonstances qui doivent ranimer notre reconnaissance et la rendre plus active : telles sont les fêtes des saints que Dieu a suscités pour nous instruire.

Pourquoi y a-t-il si peu de chrétiens vraiment sensibles aux dons de la foi? C'est parce qu'elle est morte dans la plupart; c'est parce qu'ils n'en profitent pas pour régler leurs œuvres et pour les rendre dignes d'une récompense éternelle. Ils ne sentent pas le prix de la foi, voilà pourquoi elle ne leur cause aucune joie intérieure.

Que les effets de la foi sont admirables ! elle nous éclaire sur tout, elle règle nos désirs et toutes nos affections, elle nous soutient dans toutes nos actions, elle nous console dans toutes nos peines. La foi est la base de toutes les vertus, et sa lumière condamne tous les vices.

La foi trouve tant d'opposition dans nos passions, dans les discours des hommes, dans leurs exemples, qu'elle ne peut manquer de s'affaiblir et de s'éteindre en nous, à moins que nous n'ayons soin de la ranimer par des actes fréquents, par de saintes lectures et des réflexions sérieuses.

Le deuxième chapitre de l'épîlre de saint Paul aux Hébreux est bien capable de nous exciter à conformer nos œuvres à notre foi par les exemples qu'il nous présente. Le second chapitre de l'épître de saint Jacques montre l'inutilité de la foi sans les œuvres. Le psaume 115 est une protestation à Dieu qu'on veut agir selon la foi.

Il semble que c'est une bonne manière de se renouveler dans la foi que de réciter en ce jour à genoux le Symbole des apôtres, avec une vraie adhésion de cœur, avec reconnaissance, avec un désir ardent de vivre conformément aux vérités qui y sont renfermées.

On peut utilement se rappeler pendant cette octave ces mots de l'apôtre : Corde credilur ad justitiam, ore autem confessio fit ad salutem, et crier souvent : Domine, adauge nobis fidem.

Pour la fête de tous les Saints.

L'Eglise a institué la fête de tous les Saints pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à tous ses membres qu'il a déjà glorifiés. Comme il n'est pas possible que nous en connaissions le plus grand nombre et qu'ils sont cependant tous nos frères, il était juste qu'on en fit une solennité générale.

L'important, en ce jour, est de nous rappeler par quels moyens ils sont tous parvenus à la gloire. C'a été en renonçant au démon, au monde et à eux-mêmes, pour observer les commandements de Dieu et l'Evangile de Jésus-Christ. Plusieurs, après s'être rendus indignes de

.420 l'esprit

la gloire par leurs péchés, y sont arrivés par une pénitence sincère et proportionnée à leurs fautes.

La conquête du ciel est difficile, à cause de notre faiblesse et de notre corruption naturelle, et à cause de la multitude d'obstacles que nous y trouvons ; mais elle n'est point impossible. Les saints, dont nous faisons la fête, en sont une preuve qui doit nous encourager. La bonté infinie de Dieu nous a préparé une source inépuisable de secours et de grâces dans le sang de Jésus-Christ. Les saints, qui sont nos frères, nous aiment et s'intéressent pour nous auprès de Dieu.

Que cette solennité serve donc à nous rappeler notre destination et à nous faire regarder souvent in remunerationem.

Le bonheur des saints dans le ciel consiste à être unis à Dieu pour jamais par les liens d'une charité ineffable. Que ne devons-nous pas faire et souffrir pendant le moment de cette vie pour mériter un pareil sort !

L'évangile que l'Eglise fait lire aujourd'hui est bien capable de nous guider et de nous encourager.

Les litanies des Saints avecl'oraison du joursont propres à solliciter le secours de Dieu par leur intercession.

Le psaume 83, Quam dilecta, nous remet devant les yeux le bonheur promis. Le psaume H, Salvum me fac, est une prière pour demander à Dieu de nous délivrer des obstacles à la sainteté L'hymne de Laudes de ce jour, dans le bréviaire, est un désir du ciel.

On peut se servir des paroles suivantes pour s'exciter à profiter de cette solennité : Beati qui habitant in domo tua, Domine, si compatimur ut et conglorificemur.

Pour la fête de la Dédicace.

Cette solennité est destinée à nous renouveler dans les sentiments de respect que nous devons au temple de Dieu. On s'accoutume à aller dans les églises comme on va dans les lieux profanes ; Dieu les a cependant choisies

pour y habiter d'une manière particulière, pour y recevoir nos hommages et pour nous y communiquer les grâces dont nous avons besoin. On doit souvent se rappeler ces vérités.

On doit spécialement examiner, en cette fête, si c'est la foi qui nous conduit au temple, si le respect nous y accompagne habituellement, et si nous n'y venons que pour adorer Dieu et le prier. Que de coupables à cet égard !

Le temple matériel doit nous faire penser au temple de notre corps, qui a été consacré par le sang de Jésus- Christ pour être habité par le Saint-Esprit, afin que Dieu y soit glorifié par toutes nos pensées, nos paroles et nos actions. Vous êtes le temple de Dieu, dit saint Paul : Quod si guis templum Dei violaverit dispei^det illum Deus ; c'est le péché qui profane ce temple, mais surtout cette espèce de péchés qui se commettent dans le corps ou par le corps, comme l'impureté, la gourmandise, l'emportement, les vains ornements, etc., etc.

Enfin cette fête doit nous rappeler le temple éternel dans la composition duquel nous devons entrer. Toute notre vie est destinée au travail pénible de l'édifice ; l'éternité sera le temps de la joie et de la vraie dédicace : telle doit être la fin et le terme de tous nos désirs et de toutes les actions de chaque jour de notre vie.

La lecture de l'évangile nous inspire le respect pour les temples matériels, et celle de l'épître nous excite à désirer le temple éternel.

Le huitième chapitre de la première épître aux Corinihiens nous montre que nous sommes nous-mêmes les temples de Dieu. Le psaume 83 paraît propre à demander le fruit de cette solennilé.

On peut se renouveler dans le respect pour le lieu saint par quelques uns de ces mots : Vere Dominus est in loco isto... Ecce tabernaculum Dei cum hominibus.

Page 1