‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 21 sur 168 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

50 MEDITAT10.NS.

« et vous serez dans la disette; mes serviteurs boiront et « vous endurerez la soif; mes serviteurs se réjouiront et « vous serez confondu ; vous crierez, tant la douleur de « votre âme sera grande ; vous pousserez des hurle- « ments, tant votre esprit sera affligé (I). » Qui uutem me audiet absque terrore requiescet et abundantia fruetur, timoré malorum sublato (2).

2° Voilà des maux bien graves ; en voici de plus graves encore: c'est qu'ils ne résisteront pas à leurs misères, et lorsqu'ils crieront vers le Seigneur, il ne les exaucera pas. Il leur dira : Où sont les dieux dans lesquels ils mettaient leur confiance, les victimes desquelles ils mangeaient la graisse, et le vin qu'ils buvaient dans les libations? Qu'ils viennent maintenant à votre secours, qu'ils vous protègent dans la nécessité. Je vous ai appelé et vous avez refusé; j'ai étendu ma main et vous ne m'avez pas regardé, vous avez méprisé tous mes conseils. «Moi aussi, « au moment de votre perte, je rirai et je vous raillerai « lorsque le malheur tombera sur vous subitement. Ils « m'invoqueront et je ne les exaucerai pas ; ils se lève- « ront dès le matin et ils ne me tromeront pas, car ils « ont haï ma discipline et n'ont pas adhéré à mes con- « seils ; ils mangeront les fruits de leur vie et seront ras- « sasiés de leurs desseins. »

3° Ce qu'il y a de plus grave, c'est que Dieu, les abandonnant, les livre aux désirs de leur cœur ; il lâche la bride et les laisse marcher dans la voie de la perdition . Xon audivit populus vocem rneam ; et dimisieos secundum desideria cordis eorum, ibunt in adiaventionibus suis. Celui qui n'a pas voulu la bénédiction, la verra s'éloigner de lui ; il a voulu la malédiction, elle lui viendra ; elle a pénétré comme l'eau dans ses entrailles et comme l'huile dans ses os; elle sera sur lui comme un vêtement qui le couvre et comme une ceinture qui l'enveloppe toujours. Voilà

(1) ls. Cj. — Prov. \.

ce qui a été dit de Judas prévaricateur, qui, étant appelé, abandonna à un autre son épiscopat.

N'abandonnez pas le Seigneur votre Dieu, de peur qu'il ne vous abandonne lui-même : il n'abandonne pas avant d'être d'abord abandonné. Mais malheur à vous qui méprisez : ne serez-vous pas méprisé à votre tour ?

IIe Point. — Noluerunt in viis ejus ombulare et effudit super eos furorem indignationis suce (I). C'est par ses lois et ses conseils que Dieu dirige les hommes dans sa voie, de telle manière que ses lois imposent une obligation commune et perpétuelle. Les conseils ne sont pas proposés à tous, mais selon la mesure de la grâce ; il est dit : Que celui qui peut les prendre les prenne. Qu'on ne s'imagine pas être innocent en ne suivant pas les conseils, si on néglige la grâce qui est donnée avec la vocation. Il y a angoisse et tribulation pour tout homme qui opère le mal (2). Si le Seigneur vous appelle au sacerdoce et que vous ne l 'écoutiez pas, n'est-ce pas un mal? C'est une espèce de mépris du bon plaisir de Dieu, par conséquent une irrévérence : un mépris de la divine ordination, par conséquent une désobéissance; enfin, un mépris du service de Dieu, par conséquent une injure atroce. Si vous ne voulez pas marcher dans ses voies, il répandra sur vous la fureur de son indignation.

1° Ego quœ Patri placita sunt facio semper (3), dit le Sauveur. Or, ceux qui sont prédestinés doivent lui être conformes ; celui qui ne veut point écouter son père qui l'appelle, et qui s'en va pour suivre son penchant, l'aimet-il, lerespecte-t-il? Dieun'est-ilpasvotrePèrequi vousa fait, qui vous a créé? Il vous appelle avec douceur et vous presse avec amour : Entendez, mon fils, le précepte de votre Père ; recevez mes paroles, afin que les jours de votre vie soient multipliés (4). Si vous refusez de l'entendre, si vous faites difficulté de venir, après avoir éprouvé un refus.

(\) Is. 42. — (2) Rom. 2. — (3) Jean 8. — (4) Prov. 1-i.

ne vous corrigera-t-il pas? Si je suis votre Père, où est l'honneur que vous me rendez, où est la crainte que vous me devez, où est votre amour pour moi (1) ?

Si vous ne voulez pas éprouver la clémence de Dieu, apprenez quelle est sa sévérité : fâché contre Moïse, qui, étant appelé, faisait résistance, il le contraignit à obéir ; il réprimanda Jérémie, qui ne voulait pas faire ce qui lui était commandé. Ne dites pas : Je suis un enfant ; vous irez et vous ferez tout ce qui vous est commandé (2). Il dit ensuite par Jérémie : Ecce ego adducam universam afflictionem eo quod locutus sum ad illos et non audierunt, vocavi et non responderunt (3).

2° Celui qui résiste à la vocation de Dieu résiste à l'ordre de Dieu, mais ceux qui résistent s'acquièrent la damnalion. L'Eglise, épouse de Dieu, est terrible comme une armée rangée en bataille ; les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Qui a établi cet ordre, sinon l'Esprit qui est venu du ciel et qui divise comme il le veut l'œuvre du ministère pour la consommation des saints? C'est lui qui, selon la mesure de grâce qu'il divise, assigne à chacun sa place, son ministère, et le désigne par la vocation : ainsi, celui qui, étant appelé, refuse de venir, trouble l'ordre de la Providence aussi bien que celui qui s'y ingère ; il résiste à Tordre établi de Dieu et s'attire la damnation.

C'est pour cela qu'on en voit beaucoup qui, après avoir quitté l'habit clérical pour rentrer dans le siècle, ont péri par un triste et étonnant destin. Les uns ont été précipités dans les eaux; les autres ont été frappés par le feu du ciel ou ont été transportés de rage et de désespoir ; d'autres ont péri misérablement par le fer. Le prophète envoyé à Jéroboam, pour avoir goûté du pain et du vin contre la volonté de Dieu pendant sa route, fut étranglé

(1) Malach. 1. - (2) Jér. 1. — (3) Ibid. 35.

ON DOIT OBÉIR A LA VOCATION DIVINE. o3

par un lion. Serait-ce impunément que l'on mépriserait la volonté de Dieu?

3° Ce mépris, lorsqu'il concerne le culte de Dieu et son ministère, est accompagné d'un grave outrage. Dieu vous avait donné cinq talents, il vous les redemande avec intérêt. Que de qualités n'avez-vous pas reçues de la nature ! Avec quel soin Dieu a orné votre âme et votre corps pour vous préparer aux fonctions sacrées ! Maintenant que l'enfance est passée, il vous appelle au saint ministère, il vous appelle à la table de Jésus-Christ, il vous assigne une table parmi ses amis; n'est-ce pas un outrage de répondre : Je ne vous servirai pas? Qui maintenant fera vos fonctions et servira à votre place? Peut-être quelqu'un qui n'est pas appelé, qui accourt sans piété, sans science, qui n'entre point par la porte et qui ne vient que pour voler, immoler et perdre; mais Dieu demandera compte de son troupeau àce pasteur qui n'a pas voulu venir quand on l'appelait.

Malheur à moi, dit l'apôtre, si je névangélise pas ; c'est une nécessité pour moi (1). Malheur aux Ninivites si Jonas ne leur eût pas prêché la pénitence ! 11 fuit devant le Seigneur, jusqu'à ce qu'enfin, enfermé dans le ventre d'un poisson, il appelle le Seigneur, et il n'obtient le pardon qu'à condition qu'il obéira à Dieu. Examinez votre vocation, et que chacun de vous demeure dans l'état où Dieu l'appelle; car c'est une chose horrible de tomber dans les mains du Dieu vivant.

IIIe Point. — Dico vobis, quod nemo virorum illorum qui vocati sunt gustabit cœnam meam (2). Ceux qui avaient été invités au festin par le père de famille voulaient s'excuser par divers motifs, mais lui ne reçut aucune excuse ; il les exclut tous et en fit appeler d'autres jusqu'à ce que sa maison fût remplie. Ainsi sont exclus de la table du Seigneur et du royaume de Dieu ceux qui, appelés aux no-

(î) ICor. 9.— (2) Luc -14.

ces de l'Agneau, au divin Festin de l'Eglise et au saint ministère, ne veulent point venir et cherchent des excuses. Quelle autre conséquence peut-on tirer de ce qui précède? Ils rejettent les signes de prédestination et reçoivent le signe de la réprobation.

4° Le signe de la prédestination est la prédilection de Dieu, qui distingue un homme et le sépare dé la masse de perdition. Or, la vocation divine le montre, ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés. Le signe de la prédestination est la préparation des moyens par lesquels sont délivrés ceux qui le sont, afin qu'étant justifiés par la grâce de Jésus-Christ et réconciliés par son sang, ils aient la paix devant Dipu. Quos autem v.cavit, hos et justificavit (1). Le signe de la prédestination est le choix de Dieu par lequel il nous a choisis avant le commencement du monde pour être saints et sans tache, et nous a régénérés dans une vive espérance pour l'héritage incorruptible. Quos autem justificavit, hos et glorifîcavit.

2° Celui qui abandonne le sacerdoce rejette ces signes de prédestination, puisqu'il abandonne la vocation de Dieu. Quelle admirable prédilection de la part de Jésus-Christ en faveur de celui pour qui Dieu le Père lui-même a préparé un royaume, afin qu'il boive et qu'il mange sur sa table, qu'il soit assis sur un trône pour juger les douze tribus d'Israël! Celui qui ne soutient pas l'épreuve, mais qui se retire, ne se juge-t-il pas indigne de cette prédilection et ne le montre-t-il pas? Quelle suite et quelle abondance de grâces Jésus-Christ a préparées à celui auquel il dit comme aux apôtres : «Je vous ai choisi, je vous ai « placé pour que vous portiez du fruit et que votre fruit a demeure, et que tout ce que vous demanderez à mon « Père en mon nom, il vous le donne (2). a Mais celui qui ne demeure pas uni à Jésus-Christ comme le sarment à la vigne et qui ne suit pas celui qui l'appelle, quel fruit

(I)Rom. 8. — (2) Jean 1S.

pourra- t-il porter ? ne sera-t-il pas jeté dehors comme le arment? Il le sera, et on le mettra au feu pour y brûler. À quelle dignité Dieu l'a destiné ! quelle place il lui prépare dans son royaume, à cet homme à qui Jésus-Christ a dit comme aux apôtres : « Vous n'êtes pas du monde? « mais je vous ai tiré du monde: vous êtes la lumière du « monde, le sel de la terre, prêchez -l'Evangile à toute a créature. » Mais celui qui aime le monde et qui est infatué du monde méprise la voix de Dieu. Ad nihilum valet ultra nisi nt mittatur foras et conculcetur ab hominibus.

Dieu réparera-t-il les torts volontaires qu'il s'est faits en préparant à son gré une nouvelle demeure dans son royaume, une nouvelle série de grâces à un homme qui résiste? Il veut au contraire qu'on lui enlève son talent ; on lui enlèvera le royaume de Dieu, et on le donnera à un autre qui en retirera les fruits (1).

3° Il rejette les signes de prédestination et se charge des signes de réprobation, car Dieu ne l'exauce point dans ses prières ; il poursuit au contraire vivement, il châtie > aiguillonne durement celui qu'il abandonne, qui est privé de son secours, livré aux désirs de son cœur et aux passions ignominieuses. Mais celui qui déplaît à Dieu non seulement dans le choix d'un état, qui résiste avec opiniâtreté et avec irrévérence à sa volonté et à son ordre, qui s'attire la damnation, qui fait mépris de son culte et de sa volonté, celui-là porte partout avec lui, pendant tout»» sa vie, des marques aussi sûres que nombreuses de réprobation ; il est pour ainsi dire marqué du sceau du démon, à moins que, profitant des châtiments de Dieu, il ne se convertisse à sa voix.

Aujourd'hui, si vous entendez la voix du Seigneur, n'endurcissez pas vos cœurs, comme au jour de l'irritation, au jour de la tentation dans le désert, lorsque vos pères éprouvèrent mes œuvres. Je leur jurai, dans ma

(I) Uatth. 21.

colère, qu'ils n'entreraient pas dans le lieu de mon repos.

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