IL FAUT CORRESPONDRE A SA VOCATION
fidèle vous-même, considérez le ministère, l'emploi, le danger qui sont la suite de la vocation divine : envers Dieu, un ministère important; envers le prochain, un emploi important; envers vous-même, un grave danger.
Ier Point. — Dicite Archippo, dit l'apôtre, vide ministeriutn quod accepisti a Domino, ut illud impleas. Quœritur enim inter dispensatores, ut guis fidelis inveniatur. Il est sans doute chargé d'un lourd fardeau, mais il reçoit une grâce proportionnée à sa charge; cependant, s'il rejette la charge et néglige la grâce, il se rend coupable d'une double infidélité.
1° A quelle fin Jésus-Christ a-t-il établi les prêtres et les autres clercs? Est-ce pour avoir des compagnons de table, qui s'enrichiraient des biens de son Eglise, des vœux des tidèles, du patrimoine des pauvres, qui trouveraient le bonheur dans le jeu et l'oisiveté, et qui à l'autel insulteraient l'humilité de Jésus-Christ par leur arrogance, leur faste et leur luxe? Non, mais c'était pour avoir des ministres qui le serviraient, des hommes pour prêcher la parole divine et pour administrer les sacrements. Ecoutezmoi, lévites, disait le roi Ezéchias : mes enfants, sanctifiez, purifiez la maison du Seigneur, enlevez du sanctuaire tout ce qui n'est pas pur; mes enfants, ne négligez rien. Le Seigneur vous a choisis afin que vous soyez en sa présence, que vous le serviez, que vous l'honoriez et que vous lui brûliez de l'encens (1). Jésus-Christ dit à ses apôtres : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi; je vous ai placés afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que ce fruit demeure (2).
Sans doute c'est une grande dignité et une faveur singulière d'être ministre et dispensateur dans la maison de Dieu , mais il n'y a pas d'honneur sans charge. Ce n'est pas la dignité qui sauve, dit saint Jérôme , mais c'est la charge imposée par la dignité qui sauve les prêtres; d'où
M Panl. 29. — (2) Jean 15.
saint Àmbroise conclut en ces termes : « Il n'y a rien dans « ce siècle de plus éminent que les prêtres, pourvu que « nous montrions plutôt ce que nous sommes par nos ac- « lions que par notre nom , afin que le nom s'accorde « avec l'action et que l'action réponde au nom, que le « nom ne soit pas vide et le crime énorme, l'honneur a sublime et la vie honteuse. »
2° C'est donc un crime et une insigne infidélité pour un clerc de ne pas supporter comme il convient, selon sa dignité, le fardeau qui lui est imposé ; et il s'ensuit une autre infidélité, c'est qu'il cache et enfouit les talents et les dons de la grâce. Comme la charge correspond à la dignité, le secours de la grâce correspond à la charge, et il faudra en rendre compte ; car le Seigneur n'a pas donné la grâce pour qu'on la néglige, mais pour qu'on la mette en pratique. A proportion que les dons s'accroissent, l'obligation imposée s'accroît aussi. On demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. C'est le langage de saint Grégoire; c'est aussi ce que dit souvent l'apôtre à Timothée : Noli negligere gratiam quœ in te est quœ data est tibi cum impositione manuum presbyierii admoneo te ut ressuscites gratiam Dei quœ est in te per impositionem manuum mearum, ministerium tuum impie.
Je reviens à la pensée par laquelle j'ai commencé : Obsecro vos in Domino ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis. Sicut unicuique divisit Deus mensuram gratiœ., sicut unumquemque vocavit, ila ambulet (I). Le prêtre ne doit point aller sans crainte et sans sollicitude, car ce n'est pas sans raison que saint Chrysoslôme s'effraie pour nous, à cause de la sublimité, de la dignité, de la gravité du fardeau, de la multitude des devoirs et des grâces, et de l'abondance des fruits que l'on exigera de nous. Je ne parle pas témérairement, dit-il, mais selon que je suis affecté et que je le sens; je ne pense pas: Non arbiter
(1) ICor. 7.