DE LA TRIPLE CI1ABGE APOSTOLIQUE
les ténèbres, dites-le à la lumière, et ce que vous entendez à l'oreille, prêchez-le sur les toits.
Nous devons donc considérer attentivement et méditer, mais surtout imiter et exprimer dans toute notre conduite la vie de Jésus-Christ, de telle sorte qu'aux yeux du peuple nous soyons une exacte représentation, une vive image du Sauveur, et que nous puissions dire : Soyez mes imitatours comme je le suis de Jésus-Christ.
2° Ne prenez point de part aux œuvres infructueuses des ténèbres; soyez toujours prêts, au contraire, à les reprendre et à vous y opposer ; marchez comme des enfants de lumière aux yeux des hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient notre Père céleste. Mais quelles sont les bonnes œuvres, sinon celles qui proviennent de toute espèce de vertus? C'est pourquoi l'apôtre dit : Le fruit de la lumière consiste en toute espèce de bonté et de justice. Il n'y aurait aucune utilité dans nos paroles, dit saint Chrysostôme, si notre vie ne brillait pas par la lumière de la sainteté; et, comme le fait observer saint Bernard, la voie la plus longue est celle des paroles, la plus courte est celle des exemples; les paroles s'en vont, mais les exemples entraînent. C'est pourquoi notre Seigneur commença à faire, ensuite à enseigner. Il n'v a rien, dit le samt concile de Trente, qui excite autant les autres à la piété, au respect envers Dieu, que la vie et l'exemple de ceux qui se sont consacrés au divin ministère. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne devienne ténèbres; car les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. Dans certains prêtres , dit saint Bernard, on voit une grande élégance dans les vêtements, mais aucun ou bien peu de soin pour la vertu.
Eloignons de nous les œuvres de ténèbres, et revêtonsnous des armes de lumière ; marchons honnêtement , comme on marche pendant le jour; car Dieu nous a faits pour être la lumière et le salut des nations et des peuples jusqu'aux extrémités de la terre. Ceux qui auront enseigné
li MÉDITATIONS.
la justice à plusieurs brilleront comme des étoiles perpétuelles. Celui qui aura fait et enseigné sera appelé grand dans le royaume des cieux (I). Mais celui qui violera un de ces moindres commandements et qui apprendra aux hommes à les violer sera le dernier dans le royaume des cieux, c'est-à-dire, selon saint Chrysostôme et Théophylacte, qu'il en sera exclu et périra loin du ciel-
IIIe Point. — Non potest abscondi civitas supra montem posita. La ville placée sur la montagne est celle, dit saint Augustin, qui est fondée sur une justice éclatante et remarquable, selon le langage du Seigneur. Et voilà la troisième fonction de la charge apostolique, qui consiste à conduire le troupeau du Seigneur, après l'avoir purifié et éclairé, jusque sur la sainte montagne, par la voie qu'on appelle unitive, afin de le faire arriver à la perfection. On demande en quoi consiste la fonction de perfectionner et quelle en est la méthode.
1° Que signifie celte ville bâtie sur la montagne, sinon l'union suprême et parfaite de la société, ou la charité divine qui unit les hommes entre eux et à Dieu d'une union parfaite, qui est le sommet de la vertu, de la perfection, et le dernier degré de la sainteté? C'est sur ce sommet que le Seigneur a établi les apôtres et leurs successeurs pour y faire paître son divin troupeau. Il les y a mis comme une ville forte, comme un mur d'airain qui doit envelopper toute la terre; c'est dans cette citadelle et dans ces murs que la Sagesse a dressé une table et servi le vin des vierges; elle veut qu'on y invite les fidèles, et c'est là qu'elle invite son épouse à s'enivrer du feu de l'amour, afin d'y faire germer la charité. Je parle sans figure, c'est-à-dire qu'il faut que les prêtres conduisent et élèvent graduellement les fidèles de la vie purgative à l'illumiuative, et ensuite jusqu'à Punitive, qui est le comble de la sainteté et de la charité parfaite envers Dieu et en-
(1) Dan. 12etMatth. 3.
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vers le prochain. On eu fait d'abord des serviteurs de Dieu, ensuite des disciples de Jésus-Christ, enfin des frères et des amis du Sauveur. C'est une grande tâche qu'un ministre de Dieu ne peut cependant refuser, car c'est la fin et le but de notre foi, c'est le pivot sur lequel roule toute la religion et la vie du chrétien.
Voilà la montagne de Sion, la montagne sainte, la montagne de Dieu, qu'il aime et qu'il habite ; c'est la cité du grand Roi, qui est fondée pour le bonheur de toute la terre, la Jérusalem célesie, l'heureuse vision de la paix qui s'élève jusqu'au ciel, construite et cimentée par des pierres vivantes. Mais, comme le remarque saint Am~ broise, les infirmes ne peuvent vivre sur un lieu trèsélevé ; il faut donc d'abord les guérir, afin que, croissant peu à peu en vertu, ils puissent monter jusque sur la montagne. Aussi le Seigneur commence à les guérir dans les lieux bas, c'est-à-dire qu il les retire du bourbier du désordre et enlève l'aveuglement qui cause leur perte.
2° Si vous voulez savoir la manière de perfectionner, examinez tout avec attention, comme l'enseigne le même saint Ambroise. Voyez comment Jésus-Christ monte avec les apôtres et descend vers la foule ; c'est ainsi que le prêtre doit descendre près des infirmes et des faibles pour les guérir, ensuite disposer leurs cœurs à monter en allant de vertu en vertu jusqu'à ce qu'ils voient Dieu dans la sainte Sion. Mais il doit marcher le premier, appeler les autres, les conduire, les aider, les tirer, comme dit le prophète : Vous qui évangélisez Sion, montez sur une montagne élevée ; alors faites entendre votre voix avec force, dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu (I).
Le prêtre lui-même, semblable à une ville placée sur la montagne, doit appeler, unir, lier toute une multitude en société et en amour avec le Sauveur Jésus, qui doit être lui-même le nœud et le lien qui attache et unit le
{]) lsaïe 40.