‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 32 sur 168 · DE LA TRIPLE CHARGE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

DE LA TRIPLE CHARGE APOSTOLIQUE

ajoute saint Augustin, si vous, qui êtes chargés d'assaisonner en quelque manière les peuples, vous recherchez l'abondance des biens temporels et les richesses , et si vous abandonnez le royaume de Dieu et sa justice, nu craignant que de n'avoir pas assez de choses terrestres , qui pourra dissiper votre erreur, quand c'est vous-mêmes que le Seigneur a choisis pour arracher les autres à leur erreur? Si le chef et le pasteur s'éloigne de la voie de la vérité, qui le ramènera dans la voie? Elle est grave la sentence qui annonce au prêtre un grave danger; il doit bien faire attention, en lavant les souillures des autres, de n'en pas contracter lui-même; qu'en voulant retirer les autres du bourbier du vice il ne tombe lui-même dans l'abîme le plus profond ; qu'en guérissant les maladies pestilentielles il ne périsse par la peste, et qu'en vivant dans le monde il ne soit damné avec le monde. Le Seigneur nous avertit que si nous sommes infatués par la vanité du monde, souillés par le déluge des crimes, il n'y a plus d'espérance, elle mal, dit saint Chrysostôme, devient sans remède.

11 n'y a rien, dit le même docteur, dont Dieu se trouve si gravement offensé que de voir des pécheurs honorés de la dignité sacerdotale. Si vous péchez comme simple particulier, vous avez moins à craindre; mais si vous péchez étant prêtre, vous périssez. Saint Augustin ajoute : 11 est écrit : Si le peuple pèche, le prêtre priera pour lui; mais si le prêtre vient à pécher, qui priera pour lui?

3° // n'est plus bon qu'à être jeté dehors et à être foulé anx pieds. Cette parole du Sauveur montre comme assurée la perte du prêtre qui se laisse corrompre par la concupiscence du monde; il devient inutile à ses fonctions et incapable de s'en acquitter; il est réprouvé avec le serviteur inutile ; il ne mérite que le feu. En effet, celui qui est méchant pour lui-même, à qui peut-il faire du bien(\)'i et celui qui ne sait pas gouverner sa maison,

(1) Eccl.

son corps et son âme, comment pourra-t-il avoir soin de l'Eglise de Dieu? S'il veut reprendre, exhorter, donner des remèdes, ne lui dira-t-on pas : Médecin, guérissezvous vous-même? Quelle édification peut-il y avoir pour le disciple, demande saint Jérôme, s'il connaît qu'il est meilleur que son maître? De là il tire cette conclusion : Les prêtres, les diacres doivent avoir grand soin de l'emporter sur le peuple dans leur conduite et dans leurs discours ; car c'est un effroyable renversement dans l'Eglise, de voir les laïques meilleurs que les clercs.

On jettera dans les ténèbres extérieures le serviteur inutile ; à plus forte raison y jettera-t-on un ministre de l'Eglise qui la détruit. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez le royaume des deux aux hommes ; vous n'y entrez pas, et vous n'y laissez pas entrer les autres (i).

IIe Point. — Vous êtes la lumière du monde. Après avoir purifié les hommes des souillures de leurs péchés et de leurs vices, le prêtre doit faire briller à leurs yeux la lumière de toutes les vertus, soit par son enseignement, soit par son exemple.

4° Aussi Dieu nous a choisis, dit saint Chrysostôme, pour que, semblables à des astres brillants, nous soyons les maîtres et les docteurs de la loi et de la justice. Comme Jésus-Christ dit : Je suis la lumière du monde, et il était vraiment cette lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde, de même les ministres qu'il envoie, comme son Père l'a envoyé, doivent briller comme des astres du second ordre, qui reçoivent leur lumière de ce soleil de justice et répandre leur clarté dans tout l'univers. Car on n'allume pas un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu'il brille aux yeux de tous ceux qui sont dans la maison. C'est pourquoi le Seigneur dit à ses disciples : Ne craignez pas; ce que je dis dans

(1) Matin. 23.

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