PREMIÈRE PARTIE
De même que le corps se forme à la vie de la société, selon les usages du siècle, en suivant certaines règles prescrites par les arts, de môme l'âme se dispose à une vie sainte par divers exercices qu'on nomme spirituels. et qui consistent dans le souvenir de ses fautes, dans la
(1) Marc G.
\ INTRODUCTION
considération des choses présentes, dans la méditation de ce qui doit arriver et dans diverses prières. Saint Ignace, l'auteur de cette institution dont on peut croin' que la méthode lui avait été donnée d'en haut, a établi des règles sûres pour conduire tout à un seul but, qui, d'après le titre même de ce volume et la suite des sujets qu'on y traite, consiste en ce que l'âme étant purifiée par la pénitence, éclairée par la grâce, embrasée et unie à Dieu par la charité, connaisse la volonté divine, corrige l'égarement de sa vie passée, et entreprenne une nouvelle manière de vivre, conforme au bon plaisir de Dieu. Il est évident que pour arriver à cette fin une retraite de huit jours est infiniment favorable ; elle est très-nécessaire au plus grand nombre et très-utile à tous.
1° Que la retraite ait une grande puissance, qu'elle ait la vertu de convertir les âmes et de les consacrer à Dieu, nous trouverions de celte vérité des témoins innombrables qui en ont fait l'expérience, des hommes de tout âge et de toute condition qui, pendant les saints exercices, ont été saisis de la crainte des jugements de Dieu ; la lumière de la vérité a brillé à leurs yeux ; ils se sont trouvés embrasés des feux de l'amour divin et du désir du bonheur éternel. De jeunes enfants encore sur les bancs de l'école, à peine capables de produire des fleurs, ont produit dans cette solitude une grande abondance de fruits ; des militaires qui n'y avaient été amenés qu'avec peine, touchés de componction, ont porté de dignes fruits de pénitence, et ont fait autant de bien qu'ils avaient nui auparavant par le mauvais exemple de leur vie. Ce qui est plus surprenant et plus admirable encore : que de clercs, soit réguliers, soit séculiers, après être descendus de la hauteur et de la sainteté d'une première ferveur, ont recouvré leur piété premieredanslesexercic.es de cette heureuse lutte !
Quels hommes en sont sortis! les Xavier, les Borromée, les Borgia, les François de Sales, et une infinité
AUX EXERCICES SPIRITUELS. ï*
d'autres, qui se distinguèrent par leur piété, allèrent semer au loin et largement la foi et la doctrine de Jésus- Christ, et éclairèrent l'univers par leurs miracles et leur prédication.
Que de pécheurs, par ce moyen pieux, arrachèrent de leur coeur des vices nombreux! Combien, dans cette solitude, obtinrent le pardon de leurs fautes, et, changés en hommes nouveaux, persévérèrent jusqu'à la fin! Et pour vous rappeler ce qui vous touche de plus près, qu'ils sont nombreux ceux qui, dans ce lieu même, ont quitté le lourd fardeau de leurs péchés, se sont dégagés des chaînes de leurs mauvaises habitudes, et sont partis pleins de zèle pour le salut et la conversion des âmes! Vous êtes un monstre d'impiété et un prodige d'impénitence, si ces exercices ne vous sont d'aucune utilité.
2° Toute votre conduite et le relâchement de vos mœurs montre assez que vous avez besoin de ce remède. Car les moyens ordinaires de salut, tels que l'examen de conscience, la méditation de chaque jour, la fréquentation des sacrements et autres choses semblables, vous sont d'un avantage si mince que vous les négligez par dégoût ou que vous ne vous en acquittez qu'à votre préjudice. Vous n'en tirez aucun profit, vous vous affaiblissez chaque jour, vous tombez sans cesse d'un mal dans un pire ; vous périssez par le dégoût des choses qui reviennent souvent et par une négligence qui s'est changée en habitude. Il faut donc essayer ce moyen plus rare, qui aura plus de goût par sa nouveauté, qui aiguisera votre appétit, et qui est au moins nécessaire pour renouveler votre esprit et vous acquitter mieux de vos actions journalières. Car l'homme est toujours attiré en bas, comme le poids d'une horloge ; l'esprit se dissipe peu à peu et se répand au dehors, il se charge d'une lie mondaine et se couvre de la poussière du siècle; la charité se refroidit peu à peu, et le cœur s'enflamme de plusieurs vains désirs. Pendant que les diverses actions de celte vie tien-
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lient notre sollicitude comme bandée, dit saint Léon, les cœurs religieux eux-mêmes se couvrent nécessairement de la poussière du monde. C'est donc par une extrême bonté que Dieu a daigné nous préparer un remède pour réparer la pureté de nos âmes dans les exercices de quelques jours de retraite.
Aussi il n'y a peut-être pas un seul ordre religieux où il ne soit de règle que chacun se livre chaque année à ces saints exercices. De là est venu l'usage que les clercs séculiers se réunissent aussi une fois l'an pour ces mêmes exercices, sur l'avis souvent de l'évêque lui-même. Le Seigneur nous en a donné le premier l'exemple, lorsque, soit avant d'entreprendre sa prédication, soit après chacune de ses excursions, il se retirait quelquefois tout seul sur la montagne ; d'autres fois il y appelait ses disciples en les séparant de la foule pour servir Dieu et s'occuper d'eux-mêmes. Venez, leur disait-il, dans un lieu désert. Si je me regardais comme meilleur que les autres, et si je pensais que je n'en ai pas besoin, ce serait une forte preuve de mon aveuglement et du besoin que j'en ai ; car le juste est le premier à s'accuser lui-même (1).
Avez-vous une connaissance assurée de la vocation et de l'état que vous avez choisi ou que vous devez embrasser? Avez-vous de quoi faire face pour achever cette œuvre? Vous courez peut-être à un bénéfice comme un vil troupeau court au pâtu-rage, ou comme un marchand qui va à la foire sans argent. Quand réfléchissez-vous? quand consultez-vous le Seigneur? Le monde, la chair, le sang, l'aveugle passion, l'intérêt, l'avantage, renversent les desseins de Dieu. Le Sauveur choisit ses douze apôtres sor la montagne, et c'est de là qu'il les envoya prêcher. Montez-y, conduit par l'Esprit dans le désert où la voix du Seigneur se fit entendre à Jean ; c'est là qu'il parle au cœur et qu'il découvre sa volonté à ceux qui la cherchent ;
(1) Prov. 18.