DU MÉPRIS DU SIÈCLE
doctrine de Bélial , parce que les mauvais discours corrompent les bonnes mœurs.
Représensez-vous le profond abîme des crimes et des vices, et voyez comment, lorsque vous y serez descendu, vous pourrez vous en retirer sain et sauf. 11 y a là des géants, des ecclésiastiques que des femmes passionnées ont blessés et précipités ; mettez des épines dans vos oreilles (I), mettez une garde à vos lèvres, détournez vos yeux pour ne pas voir la vanité, et hâtez-vous de retirer votre Ame du milieu des iniquités.
3° Aussitôt que vous avez fait ce qui est nécessaire, fuyez, dit saint Augustin, fuyez si vous ne voulez pas périr. On ne se montre jamais avec sécurité, à moins qu'on n'aime à se cacher volontiers, dit Fauteur de Y Imitation. Et d'ailleurs le temps que vous mettez à ne rien faire est déjà un grand mal lorsqu'il n'y a rien qui vous y oblige et qui vous retienne dans le monde. Mais qu'est-ce donc qui vous y retient? Si vous voulez voir et être vu, l'un et l'autre est dangereux. Il n'y a rien à craindre d'ignorer ce que vous désirez savoir, ni d'être ignoré de ce qui peut vous faire rougir. Il y a peu à gagner dans une longue conversation qui engendre la familiarité, ensuite le mépris et le manque de respect. Les faiblesses qui sont voilées lorsqu'on est chez soi apparaissent lorsqu'on se montre au dehors.
Ainsi, que ceux qui usent du monde soient comme n'en usant pas, afin de participer à la nature divine en fuyant la corruption de la concupiscence qui est dans le monde (1). Car si nous sommes morts en Jésus-Christ aux choses du monde, pourquoi nous entretiendrions-nous encore des choses du monde, comme si nous vivions pour lui (3)? «Notre conversation est dans le ciel, dit l'apôtre; « le monde est crucifié pour moi et je suis crucifié au '< monde (4).»
(1) Eccl. 28. - (2) II Petr. 3. — (3) Coloss. 2. — vi) Philip. 3 et Gai. G.
IIIe Point. — Si de mundo fuissetis, mundus quod suum erat diligeret, quia vero de mundo non estis, propterea odit vos mundus. Le monde hait Jésus-Christ et ses ministres. Si mundus vos odit, scitote quia priorem me vobis odio habuit (1). Il est d'autant plus digne de mépris qu'il poursuit de sa haine et qu'il persécute la sagesse et la piété. Il faut vaincre ou mourir. Si le monde fait injure à Jésus- Christ, abandonnez toute crainte et combattez-le avec courage. S'il fait injure au ministre de Jésus-Christ, méprisez toute honte et souffrez avec patience. L'un et l'autre exigent un grand courage dans un ecclésiastique ; il faut pour cela qu'il méprise hautement le siècle.
1° Prenons pour exemple notre Seigneur Jésus-Christ, qui a obtenu un ministère plus parfait que celui d'Aaron. Il ne chercha point sa gloire, et, lorsqu'il souffrait, il ne faisait point de menaces ; cependant il chassa, armé d'un fouet, les vendeurs du temple, et renversa les tables des changeurs ; il réprimanda fortement les scribes et les pharisiens de ce qu'ils séduisaient le peuple par leur hypocrisie, blasphémaient les œuvres de l'Esprit saint, et fermaient aux hommes le royaume des cieux. De même, si quelqu'un, en votre présence, ose outrager Dieu, si quelqu'un séduit le troupeau de Jésus-Christ, corrompt les bonnes mœurs, altère la bonne doctrine, sème le scandale, dévore la veuve et l'orphelin, souvenez-vous de votre ministère, souvenez-vous de votre dignité et du pouvoir que Dieu vous a donné pour édifier l'Eglise, ne craignez rien, reprenez, priez, blâmez, pour ne pas devenir complice des péchés d'autrui. Car le prêtre rendra compte non seulement de ses propres péchés, mais aussi des péchés des autres, dit saint Chrysostôme ; s'il se tait, il semble consentir, et ceux qui font le mal ne sont pas les seuls dignes de mort, mais encore ceux qui y donnent leur consentement, dit saint Paul.
(1) Jean 15.