DU MÉPRIS DU SIÈCL1Î
guslin. Et que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il perd son âme (1)? Mais la vérité du Seigneur demeure éternellement, et c'est lui qui sera notre grande récompense. C'est pourquoi il nous a choisis et séparés du monde ; il n'a pas voulu que nous eussions notre partage sur la terre ; mais il nous a ordonné de renoncer à tout, de ne point ressembler au monde pour n'être pas damnés avec le monde. Vous ne posséderez rien sur leur terre, dit le Seigneur à Aaron, et vous n'aurez point de part avec eux; je serai votre part et votre héritage au milieu des enfans d'Israël.
Mais notre héritage est admirable, et nous pouvons dire avec raison, comme saint Augustin : Que d'autres prennent leur part dans les richesses temporelles, qu'ils en jouissent, ma part à moi c'est le Seigneur; que d'autres boivent les voluptés qui donnent la mort, le Seigneur est la part de mon calice.
IIe Point. — Nolite diligere mundum neque ea quœ in mundo sunt (2). Celui-là ne méprise pas le monde comme il convient qui aime et qui recherche le monde, qui ne le fuit pas, qui ne le hait pas. Que le prêtre ou le clerc ne s'imagine donc pas qu'ayant été séparé du monde, il est assez fort en vertu pour se montrer dans le monde avec son habit clérical ; il doit s'en séparer pour ne pas se souiller et périr au milieu des appas du monde. Dieu nous a séparés de tout le peuple, dit saint Chrysostôme; mais comme le prêtre ne vit pas pour lui seul, qu'il est établi pour être utile à tous les peuples, il est nécessaire qu'il voie quelquefois prudemment le monde. C'est un grand miracle de sainteté d'être dans le monde et de n'être pas du monde ; le prêtre ne pourra y parvenir qu'en voyant le monde rarement, en le voyant avec précaution, en le voyant brièvement,
1° Si vous fréquentez le monde lorsque la nécessité ou
(1) Num. 18. — (2) I Jean 2.
le devoir vous y oblige, vous êtes louable, et l'on ne saurait vous blâmer. Mais autrement, prêtres, que faites-vous dans le monde? que cherchez-vous dans le monde, sinon les plaisirs du monde, les spectacles du monde? Pourquoi allez-vous si facilement en public? Pourquoi allez-vous dissiper dans le monde l'ennui que vous cause la solitude, sinon parce que vous aimez le monde, contrairement à la défense de saint Jean ? Celui, dit- il, qui aime le monde ri a pas la charité de Dieu en lui (1). Et saint Jacques ajoute : I\'e savez-vous pas que l'amitié de ce monde est l'ennemie de Dieu ? Quiconque voudra être l'ami du siècle se déclare l'ennemi de Dieu. La perfection de notre amour envers Dieu consiste à être dans le monde tels que Jésus -Christ y a été, afin que nous ayons confiance au jour du jugement (2). Or, Jésus-Christ était dans le monde, et le monde ne l'a pas connu. Lorsque ses parents lui disaient : Montrez-vous au monde, il répondit : Allez-vous-en à la fête; pour moi, je n'y vais pas, mon temps n'est pas encore venu. Mais il y alla secrètement.
Suivez cet admirable exemple du Sauveur, qui avertit par là ses ministres qu'ils doivent rester cachés quand ils le peuvent sans inconvénient, et qu'ils ne doivent se mêler à la foule et ne se montrer que pour des causes graves.
2° Allez rarement dans le monde, et n'y allez qu'avec précaution, comme au milieu des ordures; car le monde est tout entier dans la malice (3) ; il est plein de périls, de pièges, de scandales; il est rempli de mauvais discours, de mauvais exemples, de paroles de fourberie, de mauvais desseins. Là, les passions s'agitent, dit saint Léon, des pièges vous sont tendus, l'intérêt flatte, les pertes accablent. Malheur au monde à cause de ses scandales ! Ceux qui sont du monde parlent du monde ; ils vantent les pompes et la vanité du siècle ; ils vous abreuvent de la
(1) I Jean 2 et Jacq. 4. —(2) I Jean 4. — (3) I Jean 5.