MORT DU MAUVAIS PRÊTRE
3° Quelle désolation du côté de la volonté ! Elle e^t fixée dans le mal, enchaînée par des passions furieuses et enracinées ; elle est pervertie au point de ne plus pouvoir .s'attacher à Dieu ni l'aimer. Abattu , il se laisse aller au découragement et détourne comme il peut les pensées saintes qui l'importunent; il cherche à se distraire par l'espoir que la santé lui sera rendue, mais une voix secrète lui crie : Morte morieris tu et non vives. Il est sans consolation du côté de son corps. Cruellement tourmenté par les douleurs qui l'accablent, ce corps qu'il avait caressé, flatté, idolâtré, saturé de criminelles jouissance*, lui l'ait éprouver déjà le commencement du supplice qui lui est préparé. Hélas ! ma carrière est sur le point de se terminer, mes jours ont passé comme une ombre, la trame de ma vie est coupée comme le fil du tisserand ; je n'ai goûté qu'un peu de miel et je meurs; ma vie s'est écoulée comme l'espace du matin au soir.
IIIe Point. — 1° Le prêtre moribond ne saurait s'empêcher d'avoir cette pensée : comment Dieu m'a-t-il traité, et comment l'ai-je traité moi-même? Et voilà comment il reste sans consolation du côté de Dieu ; car il voit que Dieu l'a traité en ami, qu'il l'a préféré à des milliers d'autres ; c'est un bienfaiteur qui l'a comblé de grâces spéciales, un père qui l'a conduit comme un enfant chéri . Hélas! se dit-il, je pensais, moi aussi , que je n'entrais dans l'état ecclésiastique qu'afin de plaire à Dieu ; le Seigneur avait tellement préparé les circonstances et m'avait tiré avec tant de bonté du milieu du peuple pour me placer parmi les princes de sa maison, que je croyais avoir des intentions pures; mais ma conduite me fait comprendre qu'il en était autrement. Dieu, en me faisant prêtre, voulait me sanctifier, et c'est justement parce que j'étais prêtre que je me suis perdu. Je devais diriger les âmes dans la voie de la vertu ; je devais être leur guide, leur lumière, leur soutien, leur modèle; ministre de Dieu et de l'Eglise, je devais soutenir leurs intérêts, faire exécu-
ter la loi, administrer saintement les mystères divins, me faire gloire d'être un vrai disciple, un serviteur fidèle, le coopérateur de Jésus-Christ pour le salut du monde. Que de grâces j'ai reçues dans une instruction plus abondante, dans la connaissance du bien, dans les sacrements que j'administrais, dans les confessions quelquefois si édifiantes que j'entendais, dans les morts dont j'étais témoin et qui m'inspiraient des remords! Malgré le nombre et l'énormité de mes crimes, jamais ma foi ne s'éteignit entièrement ; j'étais impie, mais je n'étais pas tranquille. Dieu m'a donné le temps de me convertir. J'en ai vu beaucoup d'autres tomber au milieu de leur carrière, frappés de la main de Dieu; le Seigneur sembla faire exception en ma faveur ; je jouissais d'une santé florissante, et, lors même que mes péchés surpassaient le nombre des cheveux de ma tête, j'eus tout le temps et les moyens de les effacer. C'est ainsi que Dieu me traita.
2° Hélas ! comment ai-je traité Dieu? Je n'ai pas enfoui mon talent, mais je l'ai employé contre mon bienfaiteur; j'ai usurpé mon ministère et empêché un plus digne que moi en remplissant sa place indignement ; j'ai ravagé par ma vie scandaleuse le troupeau qui m'était confié ; j'ai laissé profaner les sacrements par ma négligence et mon indifférence ; j'ai perdu des âmes que je devais sauver ; j'ai négligé tous les moyens qui devaient me servir; je me suis rendu coupable de sacrilèges innombrables ; mes lèvres sont encore teintes du sang de Jésus-Christ que j'ai profané. J'ai fait tous mes efforts pour perdre la foi ; cependant ma conscience fait entendre sa voix, et la main du Seigneur m'a frappé. Je pâlis et je sèche de douleur comme Balthazar ; déjà il me semble entendre la sentence de ma condamnation. Si je trouvais un confrère qui pût me consoler et devenir le confident de mes malheurs et de mes inquiétudes! Où le prendre? Je le crains; sa vie est une condamnation de la mienne. Prendrai-je pour