‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 84 sur 168 · MORT DU MAUVAIS PRÊTRE · texte numérisé non relu

MORT DU MAUVAIS PRÊTRE

Propterea juravi et statui custodire judicia justitiœ tuœ. Dirige gressus meos secundum eloquium tuum, ut non dominetur mei injustitia. Fiat corrneum immaculatum injustificationibus tuis ut non confundar.

VLNGT-NEUV IÈME MÉDITATION.

Sur la mort d'un mauvais prêtre.

Transportez-vous en esprit près du lit d'un prêtre mourant. Illumina, Domine, oculos meos ne unquam obdormiaiu in morte.

Mors peccatorum pessima. La mort du prêtre pécheur est très-mauvaise, parce qu'il meurt sans consolation du côté du monde, sans consolation du côté de lui-même, sans consolation du côté de Dieu.

Ier Point. — 1° C'était un prêtre régulier en apparence, qui exerçait ses fonctions sans esprit de foi, qui aimait le monde, ses sociétés, ses plaisirs même, lorsqu'ils n'étaient pas trop contraires à son état; ils remplissait ses obligations saintes comme on fait d'un an on d'un métier: il voulait avoir la réputation d'un bon prêtre, mais ceux qui le voyaient de plus près savaient à quoi s'en tenir. Le monde, qu'il aimait, avait peu à peu découvert en lui bien des faiblesses ; on allait jusqu'à soupçonner dans ce prêtre une vie qui n'était pas sans tache. Le voilà frappé d'une maladie mortelle; l'isolement dans lequel il se trouve commence à lui ouvrir les yeux; le monde qu'il aimait se montre indifférent à son triste état : Qui diligebant me, derelinquerunt me. Tout son bonheur s'est évanoui comme un songe, le temps des illusions est passé, il connaît qu'il a été le jouet de tout ce qu'il aimait ; tout le quitte, et lui-même doit tout quitter. Siccine séparât amara mors.

2° Pendant ces longs jours et ces longues nuits de souffrance, il ne peut s'empêcher de reconnaître l'inutilité de

ses œuvres et de sa vie dans la maison de Dieu. Alors mille pensées sombres s'emparent de lui. Si j'allais mouris? se dit-il. Je n'ai rien fait pour mon salut; mes offices, mes messes, mes confessions sont peut-être autant de crimes aux yeux de Dieu ; je vais laisser la paroisse qui m'a été confiée dans un état pire que je ne l'ai trouvée ; j'ai peut-être perdu des âmes par mes scandales, mes mauvais conseils ou mon ignorance : Reminiscor malorum quœ feci. Je suis presque abandonné de tout le monde ; les âmes vraiment chrétiennes ont souvent fait entendre des murmures sur ma conduite; elles avaient peu de confiance eu moi, peut-être elles me verraient mourir sans peine ; les mondains semblent déjà m'oublier. Dans quelles tribulations et dans quel abîme de tristesse je suis tombé, moi qci étais toujours joyeux ! Nunc reminiscor.

Jusques à quand, ô mon Dieu, vivrai-je dans l'illusion? Pourquoi me suis-je attaché au mensonge et à la malice plutôt qu'à la vérité et à la justice? Seigneur, daignez entendre ma prière; l'ennemi m'a poursuivi, le monde m'a trompé, c'est pourquoi mon âme est profondément humiliée et mon cœur troublé. Seigneur, je me réfugie auprès de vous ; rendez-moi la vie par votre bonté ; enseignez-moi à faire votre volonté.

IIe Point. — \° Le prêtre pécheur n'a aucune consolation du côté de lui-même. Sa mémoire lui rappelle une vie passée clans l'inutilité, dans la négligence, dans l'iniquité, peut-être dans le sacrilège ; il ne lui reste que l'inquiétude et le remords.

2° 11 n'a aucune consolation du côté de l'intelligence. Le bandeau est tombé ; il voit la vanité des choses qui l'ont perdu, le prix des choses saintes qu'il a méprisées, l'énormilé des péchés dont il est coupable. Pourquoi n'at-il pas commencé plus tôt à mener une vie sainte? Ah! s'il eût fait ce que quelquefois il recommandait aux autres'...

Page 1