LU PRÊTRE RÉPROUVÉ
sublimité do son caractère. Le prêtre est reconnu en enfer à cause de son caractère ; il y est tourmenté comme prêtre.
IIe Point. — Les remords de la conscience sont le martyre continuel des damnés, car ils ne peuvent oublier la cause de leurs maux.
Le prêtre réprouvé est tourmenté dans son esprit. Il lui semble entendre sans cesse la voix du Seigneur qui lui dit: Comment, prêtre, as-tu pu me trahir si souvent? Judas ne l'a fait qu'une fois, les Juifs ne m'ont crucifié qu'une fois, les autres damnés n'ont souvent perdu qu'eux-mêmes; mais toi... Exiguo conceditur misericordia, potentes autem potenter tormenta patientur. DvpUcetur gladius, gladius occisionis qui obstupescere facit et corde tabescere. Vœ sncrilegis manibus, dit saint Thomas de Villeneuve, vœ pectoribus immundis impiorum sacerdotum- Malheur à celui qui a crucifié Jésus-Christ mille fois; le feu éternel doit consumer le profanateur du sang d'un Dieu, un feu qui brûlera les âmes, un feu juste et intelligent selon la nature du crime. Crucior in hac flamma. L'imposition des mains sur la tête du malheureux prêtre est changée en charbons ardents qu'entretient sans cesse, la fureur de la colère divine. La parole sainte sortie si souvent de cette bouche coupable est devenue comme un torrent de feu qu'elle aspire et respire alternativement; l'onction de l'huile sainte est une flamme en furie qui dévore sa victime. Il souffre des douleurs inexprimables. Crucior in hac flamma.. . Potentes potenter tormenta patientur. Il est éternellement maudit comme prêtre.
IIIe Point. — 4° Nous ne comprenons pas combien est grand le malheur d'être privé de Dieu. C'est cependant cette privation qui fait le plus grand supplice de l'enfer. L'homme est fait pour être heureux, il le veut, il n'a pas de plus grand désir, et ce désir devient plus vif à proportion du mal qui nous accable. Une fois séparé du monde qui nous distrait par l'apparence d'un faux bonheur, on
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ne trouve plus qu'en Dieu seul sa félicité. Le damné comprend qu'il n'a été créé que pour le voir, pour le posséder ; il ne peut plus s'oublier comme pendant sa vie; il est forcé de reconnaître Dieu comme son bien suprême, unique, absolu, infini; une nécessité irrésistible le pousse vers lui, mais il ne peut jamais l'atteindre, car il l'a perdu par des motifs vraiment frivoles. Il y aspire et i! le blasphème ; il l'abhorre et il le désire ; il le hait, mais il est désolé de l'avoir perdu ; il le maudit, mais il sent le besoin qu'il en a. Infiniment malheureux en toute manière, il est abandonné de Dieu, et il sent la grandeur de cette perte: malheureux, parce qu'il a perdu tout droit au royaume céleste; plus malheureux, parce qu'il se sent poussé vers cette unique félicité; malheureux dans sa rage, parce qu'il éprouve une soif ardente du bien souverain : rien n'est plus horrible que de toujours désirer et de ne vouloir pas ce qui doit durer toujours. Le prêtre malheureux ne peut pas s'oublier en enfer; sans cela, ce ne serait qu'un demi-enfer, et le mépris du plus grand bien ne serait pas vengé.
2° Le prêtre, dans l'enfer, éprouve une désolation plus grande que les autres réprouvés, parce qu'il comprend que la gloire qui lui était réservée était plus grande et que les maux qu'il endure sont plus cuisants. Il y est d'ailleurs connu comme prêlre, et il y est maudit comme tel. En qualité de prêtre, il ferma autrefois l'oreille à la voix de Dieu, il endurcit son cœur, il le déshonora dans tous les rapports qu'il y eut si souvent entre lui et son Dieu. Le calice, l'hostie, le confessionnal, la chaire ne s'effaceront jamais de sa mémoire ; toujours il verra le sujet de sa condamnation; il verra tous les moyens de salut dont il a abusé et les tristes avantages qu'il a tirés de ses infidélités. 11 reste donc maudit comme prêtre ; des millions d'années et de siècles s'écouleront sans aucun adoucissement à son exil, à sa prison, ni au feu qui le dévore. Le temps de l'espérance est passé, et les portes de