TRENTE-UNIÈME MÉDITATION
Le prêtre réprouvé.
Contemplez un prêtre au milieu des flammes de l'enfer : A porta inferieripe, Domine, animam meam.
Ibunt hi in supplicium œternum. Ce dernier désastre, ce dernier état du pécheur est infiniment plus déplorable que tous les autres , lorsque après le jugement il est entraîné par une foule de démons jusqu'au fond des enfers. Vidi impios sepultos; quietiam cum adhuc viverent in îoco sancto erant. Ce qui fait le malheur du prêtre réprouvé, c'est le caractère dont il est revêtu, la sainteté de ses fonctions, le privilège de sa vocation.
Ier Point. — Le caractère sacerdotal est inamissible ; il l'avait oublié, il devient sa honte.
1° Il est certain que le sacrement de l'Ordre imprime dans l'âme du prêtre un caractère qui lui donne un rang sublime parmi les chrétiens. Quelle différence entre un fonctionnaire civil et le ministre de Jésus-Christ! elle est aussi grande qu'entre le ciel et la terre. Un fonctionnaire, dès qu'il perd sa place, perd le caractère dont il est revêtu ; mais le prêtre ne peut jamais perdre son caractère, ni redevenir laïque. L'onction sainte a pénétré jusqu'au fond même de son âme. Ce caractère fut sur la terre même le titre d'honneur du prêtre. Malgré son indignité, il était encore aux yeux des hommes l'image de la Divinité, et l'on ne croyait pas pouvoir le traiter comme un homme ordinaire ; les anges mêmes respectaient en lui le ministre de Dieu, malgré la profanation qu'il faisait de son caractère sacré. Hélas ! s'il eût pu se perdre, ce caractère, il l'aurait perdu depuis longtemps; mais il eut beau vivre presque sans foi, en prêtre indigne, manquer à ses devoirs, il ne put jamais perdre ce caractère; il le porte jusque devant Dieu, jusque dans l'éternité ; il est maintenant le signe de sa réprobation.
2° Le prêtre, sur la terre, oubliait son caractère sacré, et ne se reconnaissait plus comme prêtre; il ne voyait pas la différence entre lui et les autres hommes; il croyait à peine qu'il avait un rang spécial dans l'humanité ; mais, en présence de Dieu, ses yeux s'ouvrent, il reconnaît ce qu'il est, le feu qui l'environne lui trace en traits ineffaçables le souvenir de sa dignité. Condamné comme prêtre pour avoir déshonoré son caractère, il est reconnu comme prêtre pour souffrir à cause de son caractère.
3° La manifestation du pécheur et de ses péchés est une horrible torture, une honte éternelle, un poignard aigu. Voilà l'homme qui éiait dans le lieu saint ; il était loue comme s'il eût fait les œuvres des justes. Voilà celui qui plaignait ceux qui avaient été élevés dans l'erreur, qui enseignait la vraie doctrine ; il annonçait l'Evangile sans réformer sa vie, il annonçait la volonté du. Très-Haut sans l'exécuter. Le voilà, diront les pécheurs impénitents, le voilà, celui qui nous fit profaner les sacrements, qui nous laissa entasser les sacrilèges en nous endormant dans le crime, qui distribua le pain de vie pour nous donner la mort ; voilà l'auteur ou le complice de notre perle, dont la vie nous rassurait contre les terreurs de l'éternité. Vengeance! vengeance ! Voilà, s'écrieront d'autres, celui qui devait être notre modèle et qui nous dirigea dans la voie du crime ; par ses exemples, il nous fit perdre la foi ; son amour de l'argent fut cause que nous nous attachâmes aux biens de la terre ; son égoïsme détruisit en nous la charité pour les pauvres ; son goût pour le luxe et le vin nous rendit tout charnels ; son peu de pudeur nous rendit impudiques. C'était notre modèle, notre point de mire, notre guide. Il portait les clefs du ciel, et il nous en ferma la porte ainsi qu'à lui-même. Il nous enseignait ce qu'il ne faisait pas. 0 scélérat, traître, hypocrite ! Quantum in deliciis fuit, tantum date ei tormentum et luctum. Qu'il soit dans un lieu de supplice tout spécial; que son châtiment soit proportionné à la grandeur, à la