‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 93 sur 168 · TRENTE-DEUXIÈME MEDITATION · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUXIÈME MEDITATION

Sur les causes de la ruine spirituelle du prêtre.

Qui vescebantur voluptuose amplexati sunt stercora. Représentez-vous ce prêtre d'un âge mûr qui ne remplit

plus les devoirs de son ministère que comme une machine poussée par un mouvement quelconque... C'était un prêtre pieux et fervent à sa sortie du séminaire ; il emportait avec lui un règlement de vie qu'il se promettait d'observer; il faisait sa méditation et y trouvait des délices in effables. Quelle- piété en disant la messe et en récitant son office! quel amour pour la vertu! quelle modestie dans son maintien ! Quomodo mutatus est color optimus? quomodo obscuratum est aurum? C'est ce que nous allons voir dans cette méditation.

Seigneur, j'ai gardé le silence, et mes os ont vieilli, ma chair s'est revêtue de la corruption et des souillures de la poussière, ma peau s'est desséchée, mon courage m'a abandonné et mes yeux ont perdu leur clarté.

Ier Point. — Première cause de ruine, vertu mal affermie, négligence.

1° jEdificavit domum suam super arenam, descendit pluma, venerunt flumina, flaverunt ventiet irruerunt in domum illam, cecidit et fuit ruina illius magna. Le prêtre ne posa pas des fondements solides avant de recevoir le sacerdoce; il n'était pas solidement établi dans la vertu; sa conversion ne datait pas d'un temps assez long ; il ne s'était pas suffisamment éprouvé ; il n'avait qu'une faible horreur du péché ; les maximes de l'Evangile n'avaient pas jeté dans son cœur de profondes racines ; il ne comprenait rien à la mortification, au renoncement intérieur ; il ne comprenait pas qu'un prêtre ne doit se glorifier que dans la croix de Jésus-Christ, et qu'il devait la porter tous les jours de sa vie. Bientôt des ennemis sans nombre l'ont assailli ; il a trouvé des pièges à chaque pas, des tentations se sont présentées; il a trouvé des filets jusqu'au saint tribunal, jusque dans la fréquentation imprudente des personnes pieuses ou des gens du monde. Ses passions réveillées ont soulevé des tempêtes effroyables : Cecidit et fuit ruina illius magna !

2° Caritatem tuam primam reliquisti, incipiam te evo-

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mère. Il y a des prêtres qui ont reçu le sacerdoce dans de saintes dispositions, après avoir passé saintement leurs jeunes années; leur piété est sincère, leur vocation est certaine, leurs premières œuvres sont parfaites; ils ne respirent d'abord que la gloire de Dieu et le salut des âmes. Qu'ils seraient heureux s'ils persévéraient dans ces saintes dispositions! Mais, se trouvant en contact avec le inonde, ils laissent peu à peu leur cœur se couvrir d'une poussière mondaine, leur premier zèle s'affaiblit, leur première ferveur se refroidit. Ils commencent à ne trouver aucun goût dans la méditation ; la prière les ennuie, les sacrements reçus et administrés ne leur font plus aucune impression, ils y trouvent un certain dégoût et ne remplissent leurs devoirs qu'avec indifférence ; ils pourraient dire comme les Juifs : Nauseat nobis super cibo isto levissimo. Il leur faut quelques jouissances extérieures ; bientôt surviennent les tentations. 0 prêtre, vous perdez votre charité : Caritatem tuam primam reliquisti. Vous n'êtes plus qu'un fantôme de prêtre : Sacerdos et idolum. Vous êtes sur le bord de l'abîme, si déjà vous n'y êtes tombé. Voyez si vous êtes tel qu'au sortir du séminaire. Un prêtre, après quelques années, s'écriait en gémissant : Oh ! quel chemin j'ai parcouru !

IIe Point. — La seconde cause de la ruine du prêtre, c'est la dissipation et la négligence des petites choses : Effusus es sicut aqua, non crescas.

1° La répétition continuelle des mêmes exercices cause de l'ennui, l'étude fatigue, les travaux du ministère accablent ; on cherche des délassements dans certaines compagnies, certaines sociétés ; on s'accoutume à vivre hors de soi-même ; on commence à avoir la solitude en horreur; on finit par rencontrer des occasions dangereuses jusque intra crates et même dans sa maison. Cum spiritu cœperitis carne consumamini. Bientôt naissent des familiarités qui conduisent à une ruine inévitable : Cornederunt alieni robur ejus et ipse nescivit. Si vous ne voulez pas

périr, évitez, prêtre, toute familiarité: Nec Samsone fortior nec Salomone potes esse sapientior.

2° Supposons que le prêtre a une vive horreur du péché mortel et qu'il craint surtout certains péchés commis avec une pleine délibération ; s'il ne veille pas de manière à s'abstenir de l'apparence même du mal, il s'accoutumera au péché véniel, et de là au péché mortel il n'y a qu'un pas. Il ne faut qu'une légère étincelle pour allumer un vaste incendie. Judas ne commença-til pas sa perte par de légères fautes, par de petits larcins?

IIIe Point. — Enfin la perte du prêlre est amenée insensiblement par l'oisiveté et l'orgueil.

1° Multam malitiam docuit otiositas. Le prêtre, après de longues années d'études, se trouve presque subitement livré à un grand nombre d'occupations extérieures. Il est obligé d'enseigner les enfants, de célébrer les offices divins, d'annoncer la parole de Dieu, de visiter les malades, d'entendre les confessions, etc. Il ne lui est plus possible de vaquer continuellement à ce qui avait fait l'occupation de sa jeunesse. De là naît le dégoût de la lecture ; il commence à n'ouvrir que rarement un livre de théologie, l'Evangile et l'Ancien Testament Sa vie étant bien moins réglée qu'au séminaire, il se plaint d'abord de n'avoir pas le temps de se recueillir, peu à peu il s'y accoutume, plus lard les livres lui déplaisent, surtout les livres sérieux. Que faites-vous, prêtre, des jours de loisir et des longues soirées de l'hiver que vous laissent les travaux du saint ministère? lisez-vous les saints Pères, l'histoire de l'Eglise? étudiez-vous la Bible, le droit canon?... lise repose, il passe son temps à rire ou à dire des riens avec une personne de service ou avec d'autres. Multam malitiam docuit otiositas. C'est dans l'oisiveté que David se rendit coupable de son premier crime, et celui-ci en entraîna un second. Voyez à quoi vous employez le temps libre, et réformez votre conduite. Quid hic statis tota die otiosi? Que de mal vous a fait l'oisiveté !

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