TRENTE-TROISIÈME MÉDITATION
Sur trois devoirs imposés au prêtre.
Tu autem homo Dei hœc meditare, in his esto. L'apôtre saint Paul veut que le prêtre médite sans cesse sur les
devoirs qui lui sont imposés. C'est qu'il n'en est pas du prêtre comme du simple fidèle : ce dernier en fait assez pourvu qu'il évite le péché et qu'il pratique certaines vertus; le prêtre, fût-il un saint, ne sera pas sauvé, s'il n'a fait tous ses efforts pour sauver les âmes et former des saints. Etabli par Jésus-Christ pour exercer son ministère, il doit faire ce qu'a fait Jésus-Christ ; or, le divin Sauveur a montré un soin particulier des enfants, des malades et des pauvres.
Ier Point. — Sinite parvulos venire ad me. Il n'est pas un prêtre qui ne convienne qu'il est chargé d'instruire les enfants; mais il en est toujours un certain nombre qui croient avoir suffisamment rempli ce devoir lorsqu'ils ont fait le catéchisme aux jours et pendant le temps prescrit par l'évêque diocésain. Faire réciter la lettre du catéchisme et donner quelques détails souvent inintelligibles pour leurs jeunes auditeurs, ils appellent cela faire le catéchisme et instruire les enfants; c'est une erreur. Pour bien faire le catéchisme, il faut d'abord aimer les enfants d'un amour sincère; qu'ils soient bien persuadés euxmêmes que nous les aimons. Ne rougissons pas de nous abaisser jusqu'à eux; quand Jésus-Christ les a baisés et bénis, craindrions-nous de suivre ce divin modèle? Avec les autres pécheurs nous sommes toujours en danger, avec ceux-ci nullement ; leurs vices, s'ils en ont, ne sauraient nous entraîner. Ce sont de jeunes plantes que le père de famille nous donne à cultiver et qui doivent un jour porter des fleurs et des fruits. Faisons-nous petits avec les petits, leur expliquant chacune des expressions du catéchisme qu'ils ne peuvent comprendre ; ne nous lassons pas de revenir sur le même sujet jusqu'à ce que nous soyons bien assurés qu'ils en ont saisi toute la portée, toute la signification. Quand viendra l'âge des passions, nous croirons avoir semé en vain, nous penserons que nos peines sont perdues; cependant nous en sauverons plusieurs, et les autres, se rappelant les bons prin-
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tipes qu'ils ont reçus, éprouveront plus tard le besoin de revenir au chemin de la vertu.
En entrant dans une paroisse, il arrive quelquefois que nous la trouvons ignorante et grossière; nous nous en plaignons à nos confrères. Recherchons-en la cause, nous la connaîtrons facilement ; elle est dans la négligence d'un prédécesseur à instruire les enfants. Celui qui ne veut pas se faire petit avec les petits est un mercenaire qui répondra devant Dieu de sa lâcheté, de son orgueil, de sa paresse. Un bon prêtre n'entrera guère même dans une maison sans interroger les enfants sur quelque point de la religion. Les parents le voient avec plaisir et s'intéressent davantage à l'instruction religieuse de leurs enfants. Le bon prêtre aime ses petits enfants et va souvent les visiter à l'école pour savoir s'ils apprennent la lettre du catéchisme. Ce prêtre dira plus tard avec Jésus- Christ : Quos dedisti mihi custodivi, non perdidi ex eis quemguam.
IIe Point. — Si les saints canons ont exigé qu'un curé gardât la résidence, l'un des motifs les plus puissants qui déterminèrent les conciles à imposer cette obligation, c'est surtout la crainte que quelque malade ne mourût sans secours religieux. Le prêtre, sentinelle vigilante, doit être toujours prêt à voler au secours de celui qui l'appelle; et quand même il ne serait pas appelé, il ira voir son paroissien malade, il le déterminera à mettre ordre à sa conscience ; s'il voit quelque danger, il le sollicitera; si le danger est pressant, il n'aura pas de repos qu'il n'ait mis la paix dans une conscience troublée. C'est surtout à cette conduite qu'on reconnaît le bon prêtre. Celui qui est léger et mondain n'aime pas le spectacle de la maladie et de la mort, il préfère la joie, les plaisirs, le jeu, et ne se rendra auprès d'un malade qu'à la dernière extrémité, lorsque déjà ses facultés sont affaiblies et qu'il lui reste à peine assez de connaissance pour recevoir les sacrements. 0 pastor et idolum, derelinquens
gregem! 11 mourra, ce chrétien que vous avez négligé, et s'il est condamné, à qui s'en prendra-t-il? à vous, qui aimez tant YOtre repos, la société et le jeu.
Oh ! que les âmes doivent paraître précieuses au moment où elles vont paraître devant le tribunal du souverain Juge! Il y a des malades qui sont difficiles à disposer : les uns croient que leur maladie n'est pas grave, les autres sont épouvantés par le désordre de leur conscience, d'autres sont vraiment endurcis ; quelquefois on est obligé de reprendre toutes les confessions précédentes, qui ont été mauvaises. Qu'un prêtre soit négligent dans ces circonstances, le malade mourra, et le Seigneur crie : Sanguinem ejus de manu tua requiram. Le prêtre a été insouciant, le démon ne Fa pas été ; car il n'a pas quitté le malade avant d'entraîner l'âme dans l'enfer.
Le malade est administré, mais la sollicitude du prêtre n'est pas satisfaite. Il sait bien que des inquiétudes peuvent lui survenir; des scrupules, des tentations ou des remords sur ses confessions, des frayeurs causées par le malin esprit; peut-être le désespoir s'emparera de cet infortuné. Pour obvier à de si grands maux, vous irez voir votre ami Lazare, pour connaître l'état de son âme, pour le calmer, pour le consoler, l'instruire, lui inspirer la confiance et disputer son âme à l'enfer jusqu'à la fin. La moindre faute, la moindre négligence dans ces moments décisifs est irréparable. Vous avez perdu pour cette âme les moments précieux que la miséricorde lui ménageait ; sa réprobation pèsera éternellement sur votre tête. Vos larmes répareront-elles un si grand malheur?
Il y a des prêtres qui croient avoir assez fait pour le salut des âmes en prêchant souvent ; qu'ils se trompent ! Quelques paroles bien senties feront plus auprès d'un malade que de beaux discours dans un grand auditoire. On a vu souvent de prétendus incrédules, de grands pécheurs, gagnés par la visite d'un prêtre charitable, faire une sincère pénitence. N'avez-vous aucun reproche à
DEVOIRS IMPOSÉS AU i'RÊTRE. 241
vous faire à ce sujet dans votre vie passée?... Faites en sorte que plus tard vous puissiez dire cette parole déjà citée : Quos dedisti mihi custodivi et nemo ex eis periit. Heureux prêtre ! Beatus Me servus quem cum venerit Dominus invenerit vigilantem; amen dico vobis super omnia bona sua constituet eum. Combien d'âmes viendront avec joie à la rencontre du prêtre fidèle et lui diront : Je vous dois mon salut: sans votre secours au moment suprême, je périssais !
IIIe Point. — Jesu, pater pauperum, miserere nobis. L'Eglise appelle Jésus-Christ le père des pauvres, parce qu'il a voulu être le plus pauvre des pauvres, et parce qu'il a toujours regardé les pauvres comme ses enfants, tandis qu'il a menacé les riches. Le prêtre est sur la terre le représentant de Jésus-Christ, et il doit le représenter encore plus par ses sentiments que par ses fonctions saintes. Or, Jésus-Christ a envoyé les prêtres comme il fut envoyé par son Père, il les a envoyés pour faire comme il fit lui-même. Que fit-il donc? Evangelizare pauperibus misit me; pauperes evangelizantur. Voilà votre fonction spéciale, prêtre; c'est d'être le père des pauvres, de les évangéliser, de les soulager. Jésus-Christ vous l'ordonne, il le veut absolument; car il vous a envoyé comme il fut envoyé lui-même. Pourquoi donnezvous vos faveurs aux riches? pourquoi vous voit-on plus souvent dans leurs salons que dans la chaumière du pauvre? pourquoi ces discours vains, dangereux et flatteurs? Avez-vou s oublié ces paroles : Vœ vobis divitibus! Ce ne sont pas seulement les pauvres mendiants qui ont besoin de votre assistance, mais surtout les pauvres honteux, ces vieillards qui ne peuvent travailler, ces veuves qui ne peuvent élever leurs enfants, ces infirmes qui endurent dès qu'ils ne peuvent se servir de leurs bras. Vous êtes leur père, prêtre ; vous devez être envers eux le ministre de la Providence. Pourquoi serez-vous superbement vêtu, bien nourri, mollement couché, tandis que tomk v. 11
//regemf 11 mourra, ce chrétien que vous avez négligé, et s'il est condamné, à qui s'en prendra-t-il? à vous, qui aimez tant voire repos, la société et le jeu.
Oh ! que les âmes doivent paraître précieuses au moment où elles vont paraître devant le tribunal du souverain Juge! Il y a des malades qui sont difficiles à disposer : les uns croient que leur maladie n'est pas grave, les autres sont épouvantés par le désordre de leur conscience, d'autres sont vraiment endurcis ; quelquefois on est obligé de reprendre toutes les confessions précédentes, qui ont été mauvaises. Qu'un prêtre soit négligent dans ces circonstances, le malade mourra, et le Seigneur crie : Sanguinem ejus de manu tua requiram. Le prêtre a été insouciant, le démon ne l'a pas été ; car il n'a pas quitté le malade avant d'entraîner l'âme dans l'enfer.
Le malade est administré, mais la sollicitude du prêtre n'est pas satisfaite. Il sait bien que des inquiétudes peuvent lui survenir; des scrupules, des tentations ou des remords sur ses confessions, des frayeurs causées par le malin esprit ; peut-être le désespoir s'emparera de cet infortuné. Pour obvier à de si grands maux, vous irez voir votre ami Lazare, pour connaître l'état de son âme, pour le calmer, pour le consoler, l'instruire, lui inspirer la confiance et disputer son âme à l'enfer jusqu'à la fin. La moindre faute, la moindre négligence dans ces moments décisifs est irréparable. Vous avez perdu pour cette âme les moments précieux que la miséricorde lui ménageait ; sa réprobation pèsera éternellement sur votre tête. Vos larmes répareront-elles un si grand malheur?
Il y a des prêtres qui croient avoir assez fait pour le salut des âmes en prêchant souvent ; qu'ils se trompent ! Quelques paroles bien senties feront plus auprès d'un malade que de beaux discours dans un grand auditoire. On a vu souvent de prétendus incrédules, de grands pécheurs, gagnés par la visite d'un prêtre charitable, faire une sincère pénitence. N'avez-vous aucun reproche à