‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 97 sur 168 · TRENTE-QUATRIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

TRENTE-QUATRIÈME MÉDITATION

Quelle est la fin de l'élection ecclésiastique.

Pensez que Jésus-Christ est ici présent et qu'il vous parle en ces termes : Suivez-moi (1). Seigneur, je vous suivrai partout ou vous irez; attirez-moi après vous, nous courrons à l'odeur de vos parfums (2).

Jésus dit à ses apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez « choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis (3). » Cette élection spéciale des ecclésiastiques entraîne avec elle des secours puissants pour les aider à faire des progrès dans les plus hautes vertus.

Ier Point. — Entendez, enfants de Lèvi : est-ce peu de chose à vos yeux que le Seigneur vous ait séparés de tout son peuple, afin que vous le serviez dans le culte de son tabernacle (4) ? est-ce peu qu'il vous ait choisis et appelés

(i) Jean 1. — (2) Mattli. 19 et Cant. 1. — (3) Jean 15. — (4) Nombr. 16.

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de préférence, parce qu'il l'a voulu, à une sublime dignité, à une sainteté pareille à la dignité, et qui l'emporte même sur la sainteté monastique?

1° Autant l'âme l'emporte sur le corps, dit saint Clément, autant le sacerdoce l'emporte sur la royauté. 0 vénérable dignité des prêtres, s'écrie saint Augustin, dans les mains desquels le Fils de Dieu prend un corps comme dans le sein de la Vierge! 0 puissance ineffable que Dieu n'a accordée ni aux anges ni aux archanges, la puissance qui remet les péchés, qui ferme l'enfer, qui ouvre le ciel et qui en fait descendre le Fils du Père éternel pour l'immoler ! La suprême puissance obéit au prêtre, Dieu se rend docile à la voix de l'homme !

Regardons-nous comme peu de chose que le Seigneur nous ait choisis pour son peuple spécial et privilégié, pour être les dispensateurs des mystères de Dieu et de la grâce céleste, ses médiateurs parmi les hommes, ses chefs et ses amis, pour remplir la fonction du Sauveur? L'Ecriture nous appelle des hommes de Dieu, ses anges, ses coadjuteurs. C'est à nous que Jésus-Christ révèle ses secrets ; c'est à nous qu'il confie ses trésors, son épouse, lui-même et tout ce qui lui appartient ; c'est nous qu'il ne craint pas d'appeler ses frères, ses amis.

2° Une si grande perfection d'état prouve la grandeur de la fin, exige une sainteté égale à la dignité, la perfection de la vertu, enfin une sainteté sublime. Ce que Dieu exige du prêtre est différent de ce qu'il exige du laïque. Ne croyons pas qu'il nous suffise pour le salut d'être semblables à la foule ignorante : on demande au laïque qu'il travaille à son salut, et à vous que vous travailliez au salut des autres. Le laïque sera sauvé en observant les commandements de Dieu, mais vous en suivant les conseils. On ne vous invite pas à la perfection évangélique comme les laïques, mais on vous ordonne, avec menace du jugement de Dieu, de vous y élever comme les religieux, au moins selon vos forces ; c'est le langage du vénérable Bède.

C'est pour cela qu'on exige aussi bien de vous le vœu de chasteté et d'obéissance ; si on ne vous demande pas celui de pauvreté, vous y êtes néanmoins tenu par profession ; car l'Eglise ne vous donne pas la possession de ses biens, mais seulement l'administration. Celui qui a dit : Pars mea Dominus, ne peut rien posséder que le Seigneur. S'il a autre chose que le Seigneur, le Seigneur n'est plus son partage, dit saint Jérôme.

3° De plus, comme dit saint Augustin, à peine un bon moine peut-il faire un bon clerc, parce qu'il faut une plus grande sainteté pour les saints mystères que pour l'état religieux. 1° Parce que le clerc, dit saint Denis, doit précéder en sainteté comme en dignité tous les autres Ordres ecclésiastiques et s'élever à tout ce qui est divin. Les vœux religieux n'exigent pas qu'on soit un parfait homme de Dieu, mais ceux qui sont employés aux mystères divins, dit saint Thomas, doivent être d'une vertu parfaite. 2° Parce que le prêtre ne vit pas pour luimême, comme le moine, mais pour plusieurs peuples ; il faut donc qu'il soit si riche en vertu, qu'il en répande la plénitude sur les autres. 3° Parce qu'enfin la vie de l'ecclésiastique se passe comme sur un théâtre, mais la vie du moine dans le secret ; l'une est cachée, l'autre est donnée en spectacle et se trouve exposée à bien des occasions, à bien des dangers très-graves.

Demandez-vous donc comme saint Bernard : Pourquoi es-tu venu là ? est-ce pour le luxe et la mollesse, pour le faste et la vanité du siècle? est-ce pour violer tes vœux et profaner les saints mystères? est-ce pour couvrir de honte Jésus-Christ, le clergé et l'Eglise, pour la perte et la ruine des âmes? Le prêtre est semblable au laïque: l'un et l'autre désire, l'un et l'autre aime le monde. Réformons-nous enfin, réveillons-nous, je vous le demande en grâce ; menons sur la terre une vie toute céleste, que notre conduite soit digne des anges, et si la sainteté n'a pas précédé, qu'elle suive au moins, dit saint Bernard.

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Prêtez l'oreille, ô mon Dieu, et exaucez-moi. Que je suis indigent et pauvre ! mais gardez mon âme et je serai saint ; je ne le suis jusqu'ici que de bouche et par ma profession, je le serai désormais de cœur et dans mes œuvres par votre grâce.

11° Pomr. — Loquere ad sacerdotes; sancti erunt Dec suo (1). Trois choses doivent vous exciter à une sainteté spéciale et à la plus sublime sainteté : c'est la prédilection spéciale, la convention spéciale, la menace spéciale.

1° N'est-ce pas par une prédilection spéciale et gratuite que, dans le temps où vous étiez dans la bassesse et l'abjection, le Seigneur vous ait choisi, et vous ait choisi entre mille, sans que vous l'ayez mérité, lorsque vous n'étiez utile à rien, lorsque vous n'étiez même qu'un indigne et un pécheur ? Il vous a choisi pour être le chef de sa famille, le prince de son peuple, pour entrer dans le sacerdoce royal, pour être le pasteur des âmes, le docteur des nations, il vous a choisi non seulement pour que vous ayez une grande gloire et un grand bonheur dans le ciel, mais entendez : « Celui qui aura fait et qui aura « enseigné sera appelé grand dans le royaume du ciel, et « ceux qui en instruisent plusieurs dans la justice bril- « leront comme des étoiles dans les éternités sans fin (2).»

Et moi, Seigneur, je vous ai donné le mal pour le bien et la haine pour votre amour. Que vous rendrai-je pour votre immense et éternelle charité ? Vous ne m'avez pas oublié lorsque je fuyais ; mais, augmentant sans cesse vos dons, vous me rappelez et m'amenez à vous. Faites que ma tendresse réponde à votre bonté et que je vous suive avec d'autant plus d'ardeur que je le fais plus tard, que désormais je vous aime de toute la puissance de mon âme. Vous ouvrirez mes lèvres, et ma bouche annoncera vos louanges ; j'enseignerai vos voies aux pécheurs, et les impies se convertiront (3).

(1) Lévit. 21. — (2) Matth. S. et Dan. 12. - (3) Ps. 3Q

2° Votum vovi Domine; vota mea Domino reddam, guœ distinxerunt labia mea. Il est vrai que le Seigneur a choisi le prêtre, mais le prêtre aussi a choisi le Seigneur. Ainsi, le prêtre est la part de Dieu, et le Seigneur est la part du prêtre : Erunt levitœ mei et ego hœreditas eorum. Voilà le pacte éternel ; par cette nouvelle alliance, vous êtes tout à Dieu et Dieu est tout à vous. C'est un pacte solennel confirmé sur la foi du serment : Juravit Dominus et non pœnitebit eum : tu es sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisedech ego pars tua et hœreditas in medio filiorum Israël. A votre tour, vous avez fait un vœu et vous avez juré en disant : Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei (1). On est libre de faire un vœu ou non, mais on est absolument obligé d'accomplir un vœu fait, parce que se rétracter après un vœu, c'est se perdre (2). Une promesse insensée et infidèle déplaît à Dieu. Il vaut beaucoup mieux ne pas faire un vœu gue de ne pas l'accomplir et de manguer à sa promesse.

3° Aussi le Seigneur menace les ecclésiastiques d'une manière effrayante et leur prépare des supplices plus terribles qu'aux autres. C'est à vous, prêtres, gue je parle, ditil ; ri vous ne voulez pas m entendre et rendre la gloire à mon nom, je maudirai vos bénédictions, je vous jetterai au visage les ordures de vos solennités, et elles vous entraîneront avec elles. Vous avez quitté la voie et vous en avez scandalisé plusieurs dans la loi; vous avez rompu le pacte de Lévi: c'est pourquoi je vous rendrai l'objet du mépris de tous les peuples (3). Le prêtre est un ange; mais les anges gui ne surent pas conserver leur principauté, Dieu les réserva pour le grand jour du jugement dans les ténèbres et des chaînes éternelles (4). Voyez ce que vous êtes ou ce que vous voulez être : est-ce un ange? Il n'y a pas de milieu pour un prêtre. Aussi le Seigneur avertit ses apôtres en leur disant : Videbam Satanam guasi fulgur cadcntem. C'est-à-

(1) Ps. 45. — (2) Prov. 20. - (3) Malach. 2. — (4) Jud. 5.

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dire, vous êtes des anges, mais prenez garde que vous ne deveniez pas des démons. Ne vous ai-je pas choisis douze? Il y en a un d'entre vous qui est un démon (1). Il n'y a pas de milieu pour un prêtre, ou il monte au plus haut point, ou il descend au plus profond ; Dieu ne veut en lui rien qui soit ordinaire, et il ne lui propose rien de médiocre.

Il vaudrait certainement mieux se sauver dans l'humble rang du peuple que de vivre mal dans la sublimité du sacerdoce pour y être jugé d'une manière rigoureuse. Mais mon héritage est magnifique, dit saint Bernard ; que d'autres se choisissent des biens temporels et terrestres, mon bien, ma part, c'est le Seigneur ; que d'autres boivent des voluptés qui donnent la mort, le Seigneur est la part de mon calice , et que mon calice me cause une douce ivresse ! Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei ; tu es gui restitues hœreditatem meam mihi.

IIIe Point. — Sint ergo sancti, quia et ego sanctus sum qui sanctifico eos (2). Le Seigneur sanctifie lui-même les prêtres d'une manière toute spéciale; il leur donne une force spéciale pour marcher dans la voie de la perfection par le renoncement total au siècle : separavit vos; il les affermit en leur communiquant une grâce plus abondante : junxit sibi ; il les presse et les excite par la continuelle administration des choses saintes : ut serviretis ei in cultu tabernaculi.

4° Le Seigneur vous a séparé de tout le peuple, afin que, débarrassé des soins terrestres, de tout désir mondain et de toute affaire, vous vous appliquassiez de toutes vos forces à la sanctification de votre âme, et que vous n'eussiez point d'autre sollicitude ; il n'a pas voulu que vous fussiez lié par le nœud du mariage , afin que vous fussiez entièrement pur et dégagé, car celui qui a une épouse a des sollicitudes temporelles, et il est partagé; il vous a accordé les oblations des fidèles pour votre hon-

(1) Jean 6.- (2) Levit. 21.

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