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allait selon sa coutume. Sachant bien ce qui devait arriver, il y alla (1). Pourquoi n'alla-t-il pas ailleurs, ou pourquoi ne prit-il pas la fuite? Pour vous inspirer du courage aussi bien par son exemple que par ses paroles, et pour faire ce qu'il avait enseigné : « Ne craignez point ceux « qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme, mais « craignez plutôt celui qui peut perdre le corps et l'âme « dans l'enfer (2) ; » pour nous apprendre par son exemple à ne point omettre une œuvre de piété par la crainte des hommes , tandis que la moindre raison vous sert d'excuse, et si vous n'en avez point, vous en cherchez et vous en inventez. « Que notre Seigneur Jésus-Christ affermisse « nos cœurs dans toutes sortes de bons discours et de « bonnes œuvres (3). »
2° En second lieu, Jésus-Christ ne voulut pas s'arracher à la mort, afin d'accomplir la volonté de son Père, et pour nous donner l'exemple de l'obéissance : a Le prince « de ce monde est venu, il n'a aucun pouvoir sur moi ; « mais afin que le monde connaisse que j'aime mon Père, « je fais ce qu'il m'a commandé ; levez-vous, allons-nous- « en d'ici.» L'obéissance et l'observance exacte des commandements est une preuve certaine de l'amour : Celui qui connaît mes commandements et qui les observe, celui-là m aime (4) .
Obéissez donc de gaîté de cœur, comme Jésus-Christ, qui n'attend pas la mort, mais qui va au devant d'elle. Dans la chose la plus difficile, il se fait obéissant jusqu'à souffrir la mort, et la mort de la croix ; il veut ainsi rétablir le genre humain, qui s'est perdu par sa désobéissance.
3° Comprenez par là l'immense miséricorde du Sauveur envers les hommes qui s'étaient perdus : il s'offre à la mort pour nous rendre la vie, et il donne son âme pour sauver la nôtre ; il s'avance vers la vallée et le torrent de
(1) Jean 18 — (2) Matth. 10.— (3) IL Thess 2. — (4) Jean 14.
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Cédron, c'est-à-dire des larmes, de la douleur, des calamités, jusqu'à la montagne des Oliviers, c'est-à-dire la montagne de la paix, de la réconciliation et delà miséricorde ; il entre dans le jardin afin de nous donner le commencement de la liberté et du salut où avait commencé notre captivité et notre mort.
Qu'il est bon, le Dieu d'Israël (1)1 Le Seigneur est bon et plein de miséricorde. J'ai espéré en votre miséricorde. et j'espère de plus en plus, parce que vous avez retiré mon àme du profond de l'enfer.
IIe Point. — Alors le Seigneur leur dit : Vous serez tous scandalisés à mo/2 sujet cette nuit (2). Ces paroles que saint Luc rapporte comme ayant été dites après la dispute des apôtres, saint Matthieu les raconte comme ayant été prononcées en chemin; ne craignons pas de les rappeler, afin de considérer la sollicitude de Jésus pour les apôtres. sa douceur et sa charité.
1° L'heure de la passion étant sur le point d'arriver. déjà les tourments les plus horribles étant comme sous ses yeux, le Seigneur, plein de sollicitude pour ses disciples, leur prédit un scandale universel : Vomi serez tous scandalisés à mon sujet cette nuit; et il le confirme par le témoignage d'un prophète : Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées. A quelle fin parlet-il ainsi? Pour les prévenir et les prémunir, afin que chacun d'eux prenne garde, veille et prie. Pour avoir négligé ce devoir, chacun d'eux tomba plus ou moins gravement par son imprudence. Pierre tomba très-gravement, car, s'étant confié à ses propres forces, il alla jusqu'à renier son Dieu. Thomas tomba gravement, car non seulement il abandonna le Sauveur, mais il quitta même la société des apôtres, et demeura huit jours dans l'incrédulité de la résurrection du Sauveur. Jean pécha légèrement, et, je pense, ce fut par un privilège spécial
(l)Ps.72. — (2) Malth. 26.
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accordé à sa virginité, et à cause de son tendre amour pour Jésus; il s'enfuit, il est vrai, mais il revint bientôt pour prendre part aux souffrances de son Maître, et se tint fidèlement au pied de la croix jusqu'à sa mort.
Puisse, ô mon Dieu, la sollicitude de mon salut me rendre prudent, vigilant et inquiet ! Si des hommes si recommandâmes, qui avaient été formés à votre école et affermis dans la vertu pendant trois ans, tombèrent à la première tentation, qui pourra se soutenir, à moins que par ses prières il n'obtienne votre secours? « Je suis comme t< un pauvre et un mendiant, mais le Seigneur a soin de a moi (l) ; si j'espère en lui, je ne serai point renversé. »
2° Pierre répondit : Quand même tous les autres seraient scandalisés, pour moi, je ne le serai jamais. Pierre, en niant qu'il doive tomber, prépare sa chute ; il ne comprend pas son imprudence de contredire la vérité même, ni sa présomption qui fait qu'il se regarde comme bien au dessus des autres et qu'il les induit dans son erreur ; car tous les disciples dirent de même (2). 11 ne comprend pas mieux son entêtement qui ne lui permet pas de croire à l'affirmation répétée du Sauveur. Avec quelle douceur le Seigneur reçoit cette contradiction téméraire ! Il ne réplique^ pas avec aigreur, il ne montre point que son esprit en soit blessé; mais en corrigeant l'erreur du disciple, il montre qu'il connaît parfaitement ce qui doit arriver : « Je vous « dis en vérité que cette nuit, avant que le coq chante, a vous me renoncerez trois fois. Pierre réplique avec plus « d'ardeur : Quand même il me faudrait mourir avec « vous, je ne vous renierai pas.» Laissant là ce débat, le Seigneur semble n'avoir rien ajouté, sinon quelques paroles de consolation.
Que de choses, ô bon Jésus, qui me plaisent dans mes paroles, dans mes actions, et qui vous déplaisent avec justice ! Cependant vous les supportez avec patience. Je
(!) Ps. 39. — (2) Marc 14.
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vous en demande pardon, et en même temps la grâce de supporter avec patience, en suivant votre exemple, les défauts des autres, ayant soin d'observer ce conseil : « Ne ' disputez point avec celui qui, après avoir été averti i une ou deux fois, ne veut pas acquiescer, mais laissez h tout à la garde de Dieu (1). »
3° Mais admirez la charité du Seigneur qui, en avertissant ses disciples du scandale, leur prépare le remède, afin que le désespoir ne s'empare pas de leur âme après leur chute, et qu'il puisse rappeler les fuyards, relever ceux qui sont tombés, guérir les blessés, affermir ceux qui sont guéris. Après que je serai ressuscité, dit-il, je vous précéderai en Galilée. Il prend aussi Pierre pour témoin de sa douleur et de son agonie ; il lui promet la conversion 5S sa triple apostasie, et le confirme dans sa primauté sur ses condisciples : « J'ai prié pour vous, Pierre, afin « que votre foi ne fasse pas défaut, et une fois converti. « affermissez vos frères. »
Malheureux et faibles que nous sommes, nous ne devons donc pas désespérer si quelquefois, vaincus par la tentation, nous avons abandonné Dieu ; mais il faut pleurer amèrement avec Pierre, afin de rentrer promptement en grâce. 0 bon Jésus, bon Pasteur, qui donnez votre vie pour vos brebis, vous avez retiré votre serviteur de dessous le glaive des méchants (:>). Je mettrai mon espérance en Dieu mon Sauveur, et j'agirai sans crainte ; je vous ai été confié dès le sein de ma mère ; vous êtes mon Dieu dès avant ma naissance, ne vous éloignez pas de moi.
IIIe Poi.NT. — Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort (3). À peine le Seigneur était-il entré dans le jardin que son àme fut saisie d'une affliction extrême, causée, soit par sa volonté, soit par la multitude des maux. soit par la rigueur des souffrances qu'il allait endurer.
1° Qui put ainsi affliger cette âme bienheureuse quoi-
I [mit., I. I, c. 16. — (2) ?s. 143 — [5) Mallh. 26.
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qu'elle jouît de la vision intuitive de Dieu ? Qui fut capable de la troubler, puisqu'elle gouvernait selon sa volonté les mouvements intérieurs, et qu'elle pouvait, si elle le voulait, réprimer toutes les passions par la raison éminente dont elle était douée aussi bien que par sa science et sa vertu? Mais le Seigneur exerça sa puissance non pour calmer, mais pour augmenter ses tourments, et par son pouvoir divin il intercepta l'influence naturelle de la partie supérieure sur l'inférieure, qu'on appelle sensitive ; il rejeta toute consolation, il se livra à tous ses mouvements, il les excita même par sa volonté, afin d'être troublé, fatigué, tourmenté, et de nous fortifier par sa faiblesse volontaire, de nous donner ce qu'il s'enlevait à luimême, et de nous faire supporter pour l'amour de lui ce que lui-même avait bien voulu souffrir pour nous. C'est pourquoi il fit part de sa tristesse à ses disciples, afin que tout le monde en eût connaissance et que nous n'eussions pas le droit de dire : C'était un Dieu, et je ne suis qu'un homme; il était fort, et je suis faible. Lui aussi était un homme faible, tenté en toute manière comme un homme, et tourmenté comme jamais homme ne le fut.
« Seigneur, vous fuyez toute consolation, et moi je la « recherche; vous désirez les tourments, moi je les fuis. a II n'y a cependant point de salut pour l'âme, ni d'es- « pérance pour la vie éternelle, sinon dans la croix (i). »
2° Ce qui agitait l'âme du Sauveur et ce qui l'accablait de chagrin, c'était la multitude infinie des maux qui se préparaient : Des maux sans nombre mont environné (2). D'une part, la vengeance de son Père qu'il se représentait vivement, l'image de la mort qui le menaçait, l'énormité des tourments, la cruauté des bourreaux, l'indignité des outrages; de l'autre, la grandeur et la multitude de tous les péchés qui avaient été commis et qui devaient l'être encore : « Les torrents de l'iniquité m'ont troublé (3) ;
(l) [mit., !. II, c. 12. — (2) Ps. 59. — (3) Ps. il,
a les eaux sont montées jusqu'à mon âme (1). C'est que u le Seigneur a mis sur lui toutes nos iniquités (2). » Ce qui l'affligeait encore, c'était le peu de fruit de sa passion, le petit nombre clés élus, la foule immense des réprouvés : Quelle utilité aura mon sang répandu (3)? dit-il. D'autre part, l'affliction de sa Mère, la trahison de Judas, la fuite des disciples, la réprobation des Juifs, la persécution des chrétiens.
Il a pleuré nos péchés, et nous rions en commettant les fautes les plus énormes ; il a pleuré la perte des hommes, et nous augmentons sa douleur ; le chef a souffert à cause des membres, et nous ne prenons aucune part à tant de maux.
3° L'Ecriture explique ainsi quel fut ce tourment et ce combat intérieur de Jésus-Christ : // commença à être >: [frayé, à être ennuyé et accablé de douleur. La frayeur indique une crainte violente et une violente appréhension des maux qui menacent ; elle fait pâlir le visage, hérisser les cheveux, trembler les membres, et remplit d'horreur tout le corps. L'ennui est une peine del'âmequi sedégoûte de toutes choses, qui fait que tout semble nous fatiguer et s'opposer à nous. La chagrin est une tristesse d'esprit qui l'accable sous le poids des maux présents, à tel point qu'il ne peut se relever. 11 s'ensuivit une douleur si grande, que, si le Seigneur n'eût soutenu sa vie par sa puissance divine, il en fût mort : Mon âme, dit-il, est triste jusqu'à la mort.
Oh! quel combat le Seigneur s'est imposé pour vous vaincre et vous apprendre à vous vaincre vous-même et à vous dompter à votre tour ! 11 fut saisi d'effroi, afin que vous n'eussiez pas peur et que vous ne tombassiez pas dans le découragement ; il fut accablé d'ennui, pour détruire l'ennui que vous cause la peine, pour vous soulager, pour vous guérir, afin qu'au moment de la tentation
{i) P*. G3. - (?) Isaïe 55. — (5) Ps. 29.