TOME II
- - fil. MERCREDI DE CARÊME.
commença à lui voiler la figure, soit pour le railler davantage, soit de peur que la majesté naturelle et la sérénité de son visage n'arrêtât le mouvement de leur fureur et n'inspirât de la compassion.
Montrez-moi votre face, ô mon Dieu, cette face si admirable dont la beauté n'a rien de commun avec celle des enfants des hommes, cette face que les anges désirent contempler. Hélas ! elle est souillée de crachats et cachée sous un voile immonde . « Il n'a plus ni forme ni beauté; a nous l'avons vu, il était méconnaissable, son visage « était comme caché ; nous avons désiré le voir, lui mé- « prisé et comme le dernier des hommes (1). »
2° Il y eut un autre genre d'outrages : on lui donna des coups de poing, et les autres lui donnaient des soufflets ; ainsi on le frappa de la main et du poing sur les joues, sur les lèvres et sur le visage, tellement qu'il n'y avait pas un endroit sans blessure, mais partout blessure, couleur livide, et plaie enflée, sans être bandée, sans aucun appareil et sans baume (2). Ils commencèrent, dit Isaïe, à lui arracher la barbe et les cheveux. «Je ne me suis point retiré; j'ai liât vré mon corps à ceux qui le frappaient et mon visage à a ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai point détourné « ma face de ceux qui m'outrageaient et qui crachaient a sur moi (3). »
Quelle patience d'une part, de l'autre que d'abominations! Vous faites à Dieu un semblable outrage lorsque vous péchez en sa présence et sous ses yeux.
3° Le troisième genre d'outrages consiste en ce que l'on ajouta les paroles aux coups; on insultait par des moqueries piquantes le Roi de gloire, on l'accablait d'injures, on vomissait les plus affreux blasphèmes, on le raillait effrontément : Christ, dis-nous qui t'a frappé. Ils prononçaient beaucoup d'autres blasphèmes (4). Ils disaient
(1) Isuie 53. — (2) Ibid. 1. — (3) Ibid. 50. — (4) Matth. 26 et Luc 22.
FIERRF RÎNiE TROIS FOIS J.-C
tout ce que la fureur de l'enfer pouvait leur suggérer. Si l'on vous traitait de la même manière, que de cris vous feriez entendre! que de plaintes amères! quelle colère ! C'est cependant pour vous et par vous que le Seigneur Jésus a souffert tous ces outrages : o Je vous le dis e en vérité, lorsque vous l'avez fait au dernier de mes « frères, c'est à moi que vous l'avez fait; celui qui vous « méprise me méprise (1). » Combien de fois donc avezvous méprisé Jésus-Christ et Tavez-vous raillé ? Combien de fois l'avez- vous accablé de vos sarcasmes, de vos injures, de vos calomnies, de vos dérisions? Combien de fois l'avez-vous frappé au visage à coups de poing et par des soufflets ? Combien de fois avez- vous voilé la face de vos supérieurs spirituels ou temporels? Combien de fois avez-vous souillé en vous un membre de Jésus-Chrisl? Mon fils, avez-vous péché? N'ajoutez plus péché sur péché; demandez pardon du passé, afin qu'on vous en fasse grâce (2).
Pierre renie trois fois Jésus- Christ.
Pierre le suivait de loin jusqu'au vestibule du prince des prêtres (3). Une douleur extrême se joignit aux autres douleurs de Jésus-Christ; elle fut causée par la chute de Pierre, qu'il avait désigné comme le chef de ses apôtree, lui qui avait fait des promesses admirables, qui s'était vanté d'un grand courage, et qui bientôt, vaincu par le démon, était criblé d'une manière honteuse. Profitons d'un tel exemple, ou plutôt que chacun devienne sage aux dépens de cet apôtre, en méditant sur l'occasion, sur sa tentation et sa conversion.
Ier Point. — Pierre, après avoir été prévenu, chercha
(î) Matth. S5 et Lue i0.~ (2) Ercli. 2<. — (3) Ms'th 2€
l'occasion ; il s'y exposa sans y être préparé ; ébranlé, il ne la quitta pas.
4° Le Seigneur, comme un maître prévoyant et plein de tendresse, n'avait-il pas averti son disciple Pierre, et ne lui avait-il pas prédit sa chute par ces paroles : « Sice mon, Simon, Satan vous a recherchés pour vous cribler « comme le froment; je vous le dis, Pierre, le coq ne « chantera pas aujourd'hui que vous ne m'ayez renié « trois fois (!). » La prophétie du Sauveur n'était pas tellement absolue qu'elle ne dépendît d'aucune condition ni d'aucune circonstance ; elle n'emportait pas lanécessité de pécher, mais plutôt elle montrait l'obligation de prendre ses précautions et de fuir. Pierre cependant, sans précautions, mais plein de présomption, lui répond : Je ne vous renierai pas, et, appuyé sur son courage, il suit le Sauveur jusqu'au vestibule du prince des prêtres; y étant entré, il s'assied avec les domestiques pour voir la (in. Quelle imprudente curiosité ! Cependant elle avait un prétexte.
2° En effet, ce fut son amour et sa piété envers Jésus- Christ qui l'engagea dans l'occasion ; il ne pouvait supporter le désir que son absence lui inspirait de le voir, et il désirait, comme un tendre ami, soulager la douleur de son Bien-Aimé, ou du moins en être le témoin en y compatissant. Mais il négligea d'affermir son âme et de la prémunir contre la tentation ; au lieu de prier lorsqu'on le lui ordonne, il dort. Si?non, vous dormez, dit Jésus-Christ, vous n'avez pas pu veiller une heure avec rnoiip.). Il descendit donc dans l'arène sans y être préparé, il se jeta au milieu des armes ennemies, et, vaincu, il succomba. Quelle témérité !
3° Il ne se retira pas même lorsqu'il en était temps encore et que son courage affaibli commençait à s'ébranler ; car il ne s'affaiblit que peu à peu, et ne succomba pas
[] Lu.; 22. — X Marc II.