PIERRE RENIE TROIS FOIS J.-C
tout d'an coup. D'abord, lorsqu'il comprit qu'il s'agissait de la vie, qu'il ne fallait pas combattre, mais mourir, il abandonna le Seigneur ; ensuite, étant revenu un peu de sa frayeur et reprenant courage, il le suivait de loin, la crainte ralentissait ses pas et la ferveur de son amour; il n'était pas assez courageux pour aller en prison ou à la mort, mais, languissant et presque vaincu, il entra dans le vestibule du grand-prêtre et se mêla à la foule des impies. Pierre était au milieu d'eux (1). Il s'arrêta dans l'occasion, et dans son engourdissement il ne recouvra plus sa première ferveur : Pierre était là7 et il se chauffait (2). Enfin il s'assit familièrement et se reposa comme si le danger eût été passé. // s'était assis avec les domestiques et se chauffait, dit saint Marc, car il faisait froid, ajoute saint Jean (3). Son âme était froide, et son corps se chauffait parce qu'il ne sentait pas le froid de son âme ; la flamme de la divine charité ne l'enflammait plus. Quel aveuglement 1
« Heureux l'homme qui ne va pas dans les assemblées a des impies, qui ne s'arrête point dans la voie des pé- « cheurs, et qui ne s'assied pas dans la chaire de pesti- « lence (4)! » car c'est ainsi que tout pécheur descend comme par degrés jusqu'à la mort; il y va par occasion, il s'y arrête, il s'y assied; c'est ce qu'il est plus important de croire que d'éprouver, et cependant quel homme ne l'a pas éprouvé? Que vous seriez encore innocent, quel énorme fardeau de péchés vous auriez de moins, que de choses mauvaises vous ignoreriez heureusement, si vous ne vous fussiez pas laissé entraîner imprudemment dans l'occasion! car il est écrit : « L'occasion m'ayant été dons née, le péché m'a séduit et a opéré en moi la concuc< piscence (5). Ne vous appuyez pas sur votre pru- « dence (6), » ni sur votre vertu. Pierre, la colonne de l'E-
(1) Luc 22. — (2) Jean 18.— (5) Ibid. — (4) ?s, [.— (5) ftwa ï. — i6) Frov. 5.
glise, est tombé. Cependant il y a- une occasion que la piété ou la charité amène, ou que la nécessité impose; méfiez-vous-en, et ne vous y engagez qu'après vous être préparé et prémuni. Mon Dieu, ne perdez pas mon âme avec les impies ; je ne me mêlerai point à ceux qui font des choses injustes, et je ne prendrai point place au foyer des impies. Retirez-vous de moi, vous tous qui corn mettez l'iniquité (I).
IIe Point. — Pierre était assis en dehors dans le vestibule ; une servante s approcha de lui (2). L'occasion engendre la tentation, et la tentation la chute. Pierre est tenté trois fois, et il tombe toujours plus gravemen! : d'abord il nie, ensuite il se parjure, enfin il anathématise.
1° Le démon l'attaque lorsqu'il était tranquillement assis sans inquiétude et au moment où il y pensait le moins; une des servantes du grand-prêtre s'approche, 6 ;t,le regardant, elle dit: Vousétiezavec Jésus de Nazareth (3). La voix d'une servante est dangereuse. « C'est un puits « étroit qui est d'une grande profondeur. C'est par la « femme que le péché a pris naissance, et c'est par elle « que nous mourons (4). » C'est par elle que Satan vainquit Adam; c'est par elle qu'il fit tomber Pierre, le prince des apôtres, et le perdit, car il nia publiquement en disant : « Je ne sais ce que vous dites, je n'y étais pas ; a femme, je ne le connais pas (5). » Ainsi il a honte de confesser son Seigneur au milieu des hommes les plus pervers, mais il n'a pas honte de mentir. Pierre, vous n'avez pas connu celui que vous confessiez être le vrai Fils de Dieu, celui dont vous n'étiez pas seulement le disciple, mais le premier'de ses disciples? Quelle injure vous lui faites? quelle douleur vous ajoutez à celles qu'il éprouve !
0 fragilité humaine! cet enfant de la colombe, ce
(t) Ps. 23 et 6. — (2) Malth. 26. — (5) Mare I i —{A) Prov. cl Eccii. 23. — ^0} Mat!h 26.
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bienheureux Simon, cet athlète si fort et si puissant, qui brûlait d'ardeur, le voilà écrasé et renversé par la voix d'une servante ; il est emporté comme une feuille par le vent, un souffle léger le jette à terre et l'étouffé. Oh ! combien de fois une petite occasion vous a séduit ! combien de fois la crainte des hommes et le respect humain vous a fait quitter le chemin de la vertu ! Seigneur, du haut de votre demeure, affermissez ce que vous avez fait en nous (4).
2P q Comme il sortait, une autre servante le vit et dit à « ceux qui étaient là : Cet homme était avec Jésus de « Nazareth (2). » Vaincu, il s'enfuit, il fuit trop tard • le vainqueur vient après lui et le poursuit jusqu'à ce qu'il l'ait complètement abattu. Pierre nia de nouveau avec serment qu'il n'avait pas vu cet homme. Il n'est déjà plus déserteur et menteur, il devient parjure, tant il y a peu d'espace entre le mensonge et le parjure. Il s'ensuit que celui qui a l'habitude de mentir devient facilement parjure; le pécheur va toujours de mal en pis, jusqu'à ce qu'enfin il se plonge dans le bourbier où il ne trouve plus moyen de se relever.
Plus marche en avant celui qui s'éloigne une fois du sentier de la vertu, plus il s'égare : les plus grands crimes n'ont souvent pour principe qu'une chose légère, et l'on n'en aperçoit qu'à peine l'accroissement. Celui qui s'excuse en mentant jure obstinément et impudemment contre la vérité, et celui qui n'ose pas résister courageusement aux impies se laisse peu à peu entraîner à leur manière de voir et à leur impiété.
3° « Et peu après, c'est-à-dire, selon saint Luc, après a un intervalle d'une heure, ceux qui étaient là disaient « encore à Pierre : Vous êtes vraiment un de ces gens- « là (3). » L'ennemi de l'âme ne lâche pas sa proie avant de l'avoir dévorée; il emploie toutes sortes de machinations
I] PS. 07. -- ;2; Matth. 2& — (5) Luc 23 et Marc 14.
jusqu'à ce qu'il l'ait entièrement dévorée. Pierre sortit dehors devant la porte du vestibule ; le coq chanta, mais, agité comme il l'était, il n'entendit pas le chant : dans un aussi grand trouble, on ne peut pas assez refléchir. Comment Pierre se trouve-t-il encore là ? Ou bien il ne s'éloigna pas assez de l'occasion, ou l'ennemi le retint dans sa fuite ; car il est rare qu'on se retire de l'occasion qui a conduit au péché, ou on y retombe très-facilement. Comme Satan assaillit avec fureur! comme il presse cruellement ! comme il insiste avec opiniâtreté ! Il amène toute une foule qui dit : Vous êtes de ces hommes-là ; elle l'affirme en disant : Vous êtes Ga/iléen; elle le prouve en ajoutant -.Votre langage vous fait connaître; elle le démontre jusqu'à l'évidence, car « l'un des serviteurs du pontife, « parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, ce ajouta : Ne vous ai-je pas vu clans le jardin avec lui(l)?» Après une chute, la tentation devient plus dangereuse, et alors elle rend aussi la faute bien plus grave. « Alors il « commença à faire des imprécations, à anathématiser « et à jurer qu'il ne connaissait pas cet homme. » Enfin, il ne viole pas seulement la religion du serment, mais il dévoue avec exécration sa tête à la colère divine, Satan le pousse de plus en plus aux dernières extrémités. Détruisez, détruisez dans cette âme jusqu'aux fondements (2) de la vertu.
Oh! combien l'occasion amena une terrible tentation, et la tentation une affreuse prévarication ! « Seigneur, a j'élève mon âme vers vous, je me confie à vous, je ne « serai point couvert de honte. Que mes ennemis ne se « raillent pas de moi, car tous ceux qui vous attendent « ne seront pas confondus (3). »
ille Point. — Et aussitôt le coq chanta, et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite (4). Remarquez ce
I) Matth. 26 et Jean 13. — (2) Ps. 136. — [3) Ps. 24. — itlh. 26.
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qui ramène Pierre à la pénitence, quelle pénitence il t'ait. quel fruit il retire de sa pénitence.
1° Le coq chante, Jésus regarde Pierre. Pierre se rappelle la parole de Jésus, qu'il avait contredite ; il est éclairé, il est ému, il reconnaît sa faute, et il fait pénitence. « Le coq chanta encore, et Pierre se rappela la c< parole que Jésus lui avait dite, et il commença à pleu- « rer (1). » Le Seigneur, se retournant, regarda Pierre, qui se rappelala parole que Jésus lui avait dite, et, sortant, il commença à pleurer amèrement (2). Telle fut la puissance du regard miséricordieux de Jésus sur Pierre, regard par lequel il lui reprochait tacitement sa faute; tel fut l'effet du regard de Pierre sur Jésus souffrant.
Jésus se tourne aussi vers vous et parle intérieurement à votre cœur; il se plaint du fardeau de vos péchés ; il vous montre les fouets, sa croix, les clous, la lance. 0 cœur de fer, qui n'est point amolli à cette vue et qui s'endurcit môme davantage ! Jésus, jetez un regard sur des infortunés qui sont tombés; en les regardant daignez les corriger : votre regard efface les souillures, et les fautes sont lavées par leurs larmes.
2° Et, sortant, il pleura amèrement. La pénitence de Pierre fut prompte et amère : «Aussitôt, tandis qu'il u parlait encore, le coq chanta, et, étant sorti, il pleura « amèrement (3). » Il fit ce qu'ordonne l'Ecriture : Xe tardez pas.à vous convertir, et ne différez pas de jour en jour ; car sa colère arrivera subitement (4). C'est la malédiction réservée au pécheur impénitent : Celui qui est dans les souillures se souillera encore (5). C'est ce que dit le prophète qui l'avait éprouvé: Parce que j'ai gardé le silence, mes os ont vieilli, mes iniquités sont montées au dessus de ma tête , mes plaies se sont corrompues par l'excès de ma folie (6). Pierre pleura amèrement, parce qu'il est dur et amer d'avoir abandonné son Dieu (7).
Xi Marc 14. — (*) Luc 22. - (5) Ibid. — (4) Eccli. 5. — (5) Apoc. 22. — [63 Ps. 51 et 51. — (7) Jcr t.