JÙ III. VENDREDI DE CARÊME
pour que ma dignité de chrétien et d'enfant de Dieu n'élève pas mon cœur? Toutes les grâces que j'ai reçues de Dieu ne me serviront à rien si elles ne me rendent meilleur. A qui aurai-je recours, sinon à Dieu mon Sauveur, qui guérit toutes les infirmités? Soyez mon protecteur et mon asile, ô mon Dieu, et sauvez-moi.
2° C'est un prodige que Judas, oubliant sa vocation et perdant peu à peu son ancienne ferveur et l'amour de la pauvreté, que Jésus-Chris avait tant recommandée, soit tombé subitement dans les crimes les plus énormes, soit parvenu par de légers larcinsà une telle avarice, aune incroyable cupidité; par une indignation et un murmure, à haine mortelle et à une inimitié que rien ne peut calmer ; par l'ingratitude, à une perfidie monstrueuse; par le sacrilège, à la trahison et au déicide; par l'aveuglement, à une dureté incapable d'être amollie; par l'impénitence, à un extrême désespoir et à la consommation de toute iniquité.
Qu'il est dangereux, dans la voie de Dieu, de devenir tiède petit à petit, et de ne pas répondre constamment et de toutes ses forces à sa vocation ! Plus la miséricorde de Dieu est grande lorsqu'elle nous appelle, plus est prompte aussi la vengeance divine, et plus on est élevé, plus la chute est funeste. « C'est par la miséricorde de Dieu que « nous ne sommes pas consumés (1). Souvenez-vous donc « d'où vous êtes tombé et faites pénitence, reprenez vos « premières œuvres, sans quoi je vais venir et je chan- « gérai de place mon chandelier (2), » dit le Seigneur.
3° C'est un prodige qu'un ministre de Dieu, un apôtre, abandonné de Dieu, livré à Satan, tombant dans le désespoir et devenu furieux, se soit puni lui-même de son crime, et que n'ayant ni juge ni bourreau, il se soit fait juge et bourreau, qu'il ait péri de sa propre main, la plus digne de ce forfait comme étant la plus criminelle : S'é-
l Thren. 3. — [2] Apoc. 2.
LES JUIFS LIVRENT JÉSUS AUX GENTILS. 2o7
tant pendu, il creva par le milieu, et ses entrailles se répandirent (1), elles qui avaient été fermées à la compassion. Quel fut le tourment de Jésus-Christ, non de ce que Judas avait vendu son Rédempteur, mais de ce qu'il avait négligé d'avoir recours à la grâce et de demander le pardon ! Quel chagrin pour ses condisciples! quel triomphe pour les démons qui ont perverti celui qui devait convertir plusieurs nations s'il eût seulement persévéré dans le bien jusqu'à la descente du Saint-Esprit ! Jamais ils ne précipitèrent de si haut qui que ce soit dans les abîmes des enfers.
Le voilà enseveli au milieu des flammes, enseveli dans les ténèbres pour trente pièces d'argent, enseveli dans le gouffre affreux depuis dix-huit siècles; et il n'en sortira que pour être condamné par son propre jugement, lui qui devait juger non seulement les hommes, mais les anges. Que celui qui se croit debout prenne garde de ne pas tomber (2).