I»U COMBAT DE LA NATURE ET DE IX GRACE
mécliarite nature et qui délivre l'homme des choses terrestres pour l'élever jusqu'à l'amour des choses célestes.
3° La grâce surmonte, par la crainte de Dieu et par la douceur que procure la joie céleste, toutes les terreurs de la nature. Que craint en effet la nature, sinon la perte et la disette des biens temporels, les misères du travail et de l'obéissance, les tourments du corps et de l'esprit? Ce sont là de véritables maux si vous n'aimez rien, si vous n'espérez rien au delà de cette misérable vie ; mais ce sont des biens si vous les supportez avec patience et que vous les offriez à Dieu. Ainsi ce que la nature fuit, ce qu'elle a en horreur, la grâce l'accepte volontiers. Elle change la tristesse en joie, quoiqu'elle soit tentée de diverses manières. Elle ne craint qu'un seul mal, dans lequel la nature se précipite avec une aveugle fureur; ce mal lui déplaît et la fait fuir. Elle n'a horreur que d'une seule chose, c'est le péché, et, par un mouvement d'opposition, elle repousse toute impulsion qui vient de la nature, soit qu'elle lui déplaise, soit qu'elle la flatte.
Il appartient à la volonté propre de recevoir la grâce ou de lui faire opposition, dit saint Augustin. Voyez celle qui domine dans votre cœur : la nature craint la confusion et le mépris ; la grâce se réjouit de souffrir le mépris avec Jésus-Christ. La nature se plaint facilement de l'indigence et de tout ce qui la gène ; la grâce supporte la privation avec constance. La nature ne veut ni mourir, ni être gênée, ni se soumettre, ni obéir à l'esprit ; la grâce s'étudie à la mortification propre, elle veut se soumettre, elle ne veut pas jouir de sa propre liberté, mais elle aime à être tenue sous la discipline. C'est encore l'auteur de Y Imitation qui parle ainsi.
IIIe Point. — Comme le péché a régné pour donner la mort y il faut aussi que la grâce règne par la justice en donnant la vie éternelle. La nature procure une double mort, et la grâce une double vie : l'une la mort à l'âme, l'autre la vie; l'une une seconde mort, l'autre la vie éternelle.
22 VI. MERCREDI APRÈS l'lPII'HA.NIE.
I aies bien-airaés, dit saint Pierre, je vous conjure, « comme e:taat des pèlerins et des voyageurs, de vous « abstenir de tous les désirs charnels qui combattent « contre L'âme (1), » qui. à moins d'une résistance courageuse, en reçoit la mort. C'est la nature qui a fait naître le vice, parce qu'elle conduit et pousse au péché; mais lorsque le péché est consommé, il donne la mortel). C'est pourquoi l'apôtre appelle la loi des membres la loi du péché, un corps de mort; car la concupiscence de la chair entraîne-au péché et à la mort, et si on laisse échapper le frein, elle y précipite. La prudence de la chair, dit-il, c'est la mort, l'ennemie de Dieu ; car elle n'est pas soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut pas. « Si vous a vivez selon la chair, vous mourrez : mais si vous morti- « fiez par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez >3 . Quel est cet esprit, sinon celui qui par le secours de la grâce aide notre faiblesse? Quelle est cette vie, sinon la vie surnaturelle de l'âme qui est ressuscitée par la grâce sanctifiante, qui habite en elle, qui la vivifie et qui la justifie ?
Que vous servira-t-ii d'avoir été enseveli avec Jésus- Christ par le baptême et régénéré dans son sang, rendu plus tard à la première innocence par la grâce de la pénitence, et d'avoir ainsi recouvré la santé de l'âme, si vous ressuscitez de nouveau le vieil homme, et si vous en revêtez votre âme? Vous ne servez plus Dieu pour avoir la vie, mais vous servez le péché pour avoir la mort.
2° Une seconde mort vous est réservée, mort très-mauvaise : la mort de l'enfer, la mort éternelle. L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé. « Celui qui sème a dans sa chair ne recueillera de sa chair que comipo tion (4). Comme donc nous avons porté l'image de « l'homme terrestre , portons désormais l'image de a l'homme céleste, caria chair et le sang ne peuvent pas
\ Jac. 1. —(3) Rom. i. — (4) Gui. 6.