DU COMBAT DE LA NATURE ET DE LA GÏU^E
pas la mort tant que la volonté ne donne pas son consentement aux sens et qu'elle les réprime. Mais, hélas ! l'esprit de l'homme n'est ni sain ni droit, il est courbé comme un arc ; son cœur est souillé de la tache d'Adam ; il est dur et animal, comme dit saint Paul, et ne comprend pas ce qui vient de l'esprit de Dieu ; il aime les choses terrestres, il éprouve du dégoût et de la répugnance pour les choses célestes. Il y a donc un grand combat entre la nature et la grâce, qui opère surtout dans le cœur par le Saint- Esprit ; elle détruit sa malice et tout ce qu'il y a en lui du vieil homme ; elle purifie et corrige toute affection ; elle change et transforme le cœur.
Faites, Seigneur, en faveur de votre serviteur ce que vous avez promis. Vous avez dit : Je vous donnerai un cœur nouveau, et je vous enlèverai votre cœur de pierre (i). Donnez-moi un cœur pur et renouvelez au fond de mes entrailles l'esprit de droiture et de justice.
IIe Point. — Quittez toutes vos anciennes habitudes, dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous de l'homme nouveau (2). La nature corrompue est portée au mal dans toutes ses puissances ; par tous ses actes elle pousse au péché et entraîne la volonté; elle cherche la volupté et se repose dans la créature comme dans le souverain bien. Qui ne conçoit combien les mouvements de la grâce et de la nature sont opposés ? Celui qui se dépouille de ses erreurs, de ses amours et de ses craintes, dépouille le vieil homme et se revêt du nouveau, tandis que la grâce, venant à son aide, dissipe les erreurs, réprouve les amours et surmonte les terreurs.
d° De quel déluge d'erreurs la nature est environnée ! La principale, qui est la source de toutes les autres, c'est celle qui consiste à se tromper sur la fin dernière de l'homme et à placer son souverain bonheur dans l'usage de la vie présente. C'est ce qui est cause que le plus sou- Ci) Ezccîi. 36 et Ps. aO. — (2) Coîoss 5.
20 VI. MERCREDI APRÈS l'éHPS»
vent elle ne consulte pornt la lumière de la droite raison, qu'elle regarde comme honnête ce qui lui plaît et licite tout ce qui lui est avantageux. Mais la grâce considère la vanité des choses temporelles et montre quelque chose de plus durable et de meilleur. C'est ainsi que l'homme charnel loue et estime les dons de la nature, la beauté du corps, les qualités de l'esprit ; il exalte et admire l'abondance des biens et l'éclat des dignités, jusqu'à ce qu'en fin, précipité dans l'enfer avec les méchants, il s'écrie : Je me suis trompé (1). Mais V homme spirituel juge de tout et n est jugé par personne (2), parce qu'en toute chose il se demande : Que sert cela pour la vie éternelle? et il n'estime que les dons de la grâce, la charité, la patience, l'humilité, la chasteté. X'êtes-vous point encore charnel, vous qui estimez à un si haut prix les dons de la nature et si peu ceux de la grâce ?
2° La différence de jugements conduit à la différence d'amours, qui produit encore un combat entre la nature et la grâce, parce que ces amours opposés sont poussés par des désirs contraires. Qu'aime en effet la nature, que désire-t-elle , sinon ce que la grâce rejette et réprouve ? Car elle est la mère du bel amour dont les fleurs produisent des fruits d'honneur ; c'est en elle qu'est toute V espérance de la vie et de la vertu (3). La nature est rusée, elle entraîne et trompe en se donnant toujours pour dernière tin ; la grâce va avec simplicité et n'agit en tout que pour ïa gloire de Dieu, dans lequel elle se repose comme dans :.a dernière fin. La nature reçoit avec plaisir l'honneur et le respect; la grâce rend tout honneur et toute gloire à Dieu. La nature est cupide, elle reçoit plus volontiers qu'elle ne donne; la grâce se contente de peu et pense qu'il est plus heureux de donner que de recevoir, dit l'auteur de Y Imitation.
Donnez-moi, Seigneur, cette grâce qui triomphe de la
■{] Sap. o. — (2) I Cor. 2. — (5) Eccli. 24.