‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 146 sur 212 · JÉSUS EST COURONNÉ D 'ÉPINES · texte numérisé non relu

JÉSUS EST COURONNÉ D 'ÉPINES

parce que l'insensé fait le mal en riant (1) ; mais il se rit aussi de la pompe et de la folle vanité du siècle et la livre à la raillerie. L'enfant du siècle s'apprécie et s'estime au prix de ses vêtements : il porte sur ses souliers des boucles d'argent, il vaut déjà plus à ses yeux ; un galon orne sa manche, il s'estime davantage aux yeux du peuple ; des broderies sont répandues sur ses vêtements, il passe aux yeux de tous pour un homme riche, noble, sage et honnête, et il s'en glorifie. Isaïe reprochait ce péché aux jeunes filles de Sion, Jésus le reprochait aux pharisiens, et aujourd'hui il l'expie pour tous les chrétiens et surtout pour les personnes mondaines. Il montre que la valeur de l'homme ne consiste pas dans le prix ou la beauté des vêtements, mais dans la grandeur de la vertu ; un manteau vil et usé couvre les trésors de la sagesse et de la science divine, le Maître du ciel et de la terre ; ce qu'on y ajoute n'y fait rien, et ce qu'on en retranche n'en diminue pas la valeur. Si Jésus sous ce manteau paraît hideux aux yeux des insensés, il est beau aux yeux de son Père et des anges; c'est le plus beau des enfants des hommes. Mundum muliebrem clericorum Jésus calcat.

0 miséricordieux Jésus , la lumière de mon cœur et le guide de ma vie, que ne faites-vous pas, que ne souffrezvous pas, pour expier ma folie et lui venir en aide ? Vous connaissez ma sottise, et mes péchés ne vous sont pas cachés (2). Je suis le plus insensé des hommes, je n'ai point appris la sagesse, et je ne connais pas la science des saints, moi qui ai recherché l'ornement du corps et négligé celui de l'âme. Je vous demanderai deux choses, ne me les refusez pas : « Eloignez de moi la vanité, et revêtez-moi d'orne- « ments blancs, afin que la confusion de ma nudité n'ap- « paraisse pas (3). »

IIe Point. — Ayant fait une couronne (V épines entrelacées, ils la lui placèrent sur la tête. L'orgueil monte toujours :

(1) Prov. iO. — (2) Fs. 68. — (3) Prov. 50.

on en voit des signes extérieurs, mais il réside à l'intérieur et au sommet de la tête. Jésus est accusé d'ambition romme s'il eût brigué la royauté, et l'on punit cette tête innocente. En réalité, les soldats, en agissant ainsi, châtient leur ambition et la nôtre ;la couronne d'épines signifie donc la punition de l'ambition, le sceptre de roseau la vanité de l'ambition, les coups sur la tête l'humiliation de l'ambition.

1° Faisant une couronne d'épines entrelacées, ils la lui placèrent sur la tête ; ils ne se contentent pas de la placer, mais ils la font entrer profondément à coups de bâtons. Les épines percent sa tête sacrée, leurs pointes ouvrent les veines ; sur le front, elles pénètrent près des yeux; sur les tempes, elles viennent près des oreilles; autant d'épines, autant de sources de sang qui coulent sur ses épaules et dans sa bouche ; c'est une douleur affreuse qui pique et qui brûle partout. Sortez, filles de Sion, sortez, mon âme, et voyez votre roi couvert du diadème que vous lui avez donné : c'est votre ambition, c'est la folie de votre ambition et votre présomption qui l'ont ainsi couronné. Les épines sont les pensées d'ambition, les conseils d'ambition, le désir de dominer, les moyens employés pour l'emporter ; les pointes sont les inquiétudes, les soins, les sollicitudes, les disputes, les jalousies. Ce sont là autant d'épines qui tourmentent votre tête et qui percent celle de Jésus. Arrachez cette couronne ignominieuse qui ensanglante la tête du Sauveur; vous la soulagerez et vous vous délivrerez. Malheur à la couronne de f orgueil (\)\

Jésus, Roi de gloire, salut de mon âme, ne m'épargnez pas, faites tout ce qu'il faut pour m'enlever la couronne d'orgueil: faites que, portant la vôtre hérissée d'épines, je mérite d'en recevoir un jour de vos mains une autre incorruptible.

2° //s lui mirent un roseau à la main droite. Par cette es-

(1) Isaïe 28.

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pèce de sceptre insultant et ce nouveau témoignage de mépris, ces impies bouffons veulent signifier que le règne de Jésus-Christ n'est qu'un règne artificiel et sans réalité ; mais ils mentent, car son règne est de tous les siècles et n'aura point de fin. Le Sauveur, ayant les mains liées, tient fortement le roseau, afin d'apprendre à ses disciples que la puissance de ce siècle est vaine, ses honneurs fragiles, sa gloire une fumée, un roseau agité par le vent.

Mais souvenez-vous que vous renouvelez l'injure faite à Jésus-Christ toutes les fois que vous ambitionnez les honneurs de la terre et que vous désirez la gloire fugitive de ce siècle; toutes les fois que vous placez le royaume de ce monde au dessus du règne de Jésus-Christ, vous montrez que le sien vous paraît méprisable au prix de l'autre. Je vous honore comme mon Roi, ô Jésus, et je vous adore comme mon Dieu ; j'ai résolu de vous servir afin que je mérite de régner avec vous.

3° Ils prirent le roseau, et ils le frappaient sur la tête. Le Sauveur ne met point de fin à ses souffrances et à ses humiliations, parce que le pécheur ne met point de fin à son orgueil et qu'il veut toujours s'élever. Sa tête peut à peine sesoutenir, tant elle est souffrante; il ne peut plus lever les yeux au ciel lorsqu'on la frappe encore et qu'à coups redoublés on la fait incliner vers la terre ; chaque coup renouvelle toutes ses plaies et les enflamme davantage: une douleur vive répond à chaque ouverture causée par les épines ; le sang s'y porte avec plus de violence et coule plus abondamment. « Montez, orgueil, montez jusqu'à la «< hauteur des nuées ; allez jusqu'au ciel, placez votre « trône au dessus des astres de Dieu, ô ambition, vous « descendrez jusqu'à l'enfer, jusqu'au fond du lac ; le « Seigneur des armées s'élèvera au dessus de vous pour « vous fouler et vous écraser, et vous ne vous relèverez « plus (1), » parce qu'il a été humilié excessivement à

(O Isaïe 14 et 22.

cause de vos péchés, lui qui n'a pas regardé comme une usurpation de se dire égal à Dieu ; il a été frappé au sommet de la tête, mais il humiliera la vôtre; quand même elle s élèverait jusqu'au ciel, vous serez précipité dans V enfer (1). C'est le châtiment de l'orgueil, le même que celui des démons.

Qu'il est bien plus avantageux, humble Jésus, de descendre avec vous, d'être humilié sur la terre et d'être élevé dans les cieux ! Répandez dans mon cœur votre humilité, afin que je ne me glorifie que dans votre croix.

IIIe Point. — Fléchissant les genoux devant lui, ils le raillaient en disant : Je vous salue, roi des Juifs. Jamais Jésus ne chercha sa gloire, et cependant il en reçoit le châtiment. C'est encore là une espèce d'orgueil, le soin de sa propre gloire; de là vient l'arrogance, la vaine complaisance et la sotte forfanterie. Jésus, pour votre présomption, a été adoré par dérision, et l'on fléchissait le genou devant lui comme devant un Dieu ; on l'a salué comme roi, par mépris, à cause de la vaine complaisance que vous avez en vous-même; on a sali son visage par des soufflets et des crachats, en se moquant de lui, à cause de votre jactance. •

1° Et, fléchissant le genou, ils le raillaient. Parce qu'il se disait Dieu et Fils de Dieu, cette cohorte impie, singeant un culte de latrie, se raille par toute sorte de gestes ignobles de celui qu'adorent les puissances et les dominations. Combien de chrétiens dans le saint temple imitent celte adoration dérisoire! Mais il y a un autre genre de péché qui ressemble à celui-ci et qu'on n'efface pas facilement.

Jésus avait prouvé sa divinité par ses œuvres et par ses miracles ; mais c'est une dérision de lui refuser ce qui lui appartient et ce qui lui est dùà toute sorte de titres, vous lé faites lorsque vous vous enorgueillissez et que vous vous

(1) Luc 10.

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glorifiez des dons de Dieu, comme si vous ne les aviez point reçus ; vous vous appropriez ce qui est à autrui, vous vous adjugez ce qui ne vous est pas dû. Par le désir de la louange et de la gloire, vous feignez hypocritement la piété et la vertu, vous montez dans les cieux, vous méprisez votre prochain, vous le raillez, vous le tournez en ridicule; vous outragez aussi la majesté divine en fléchissant le genou. Absit a clericis tanta impietas !

2° Ils disaient : Je vous salue, roi des Juifs. Dieu le Père i établi son Fils roi sur la montagne de Sion, afin qu'il gouverne les nations et qu'il juge les peuples. Des sujets félicitent leur Roi de sa dignité, mais avec quel mépris et quelle dérision ! C'est un prodige de la grande patience de Jésus d'avoir pu le supporter. Pourquoi la terre ne s'entr'ouvre-t-elle pas pour engloutir au fond des enfers cette vile populace? Seigneur, voulez-vous ? nous demanderons que le feu du ciel descende et les consume (1) ? Mais le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes, c'est pour les sauver. Vous ne voulez pas que je boive le calice que mon Père m'a donné, et que votre vaine complaisance, ainsi que le plaisir secret qui provient du consentement que vous y donnez, a rempli d'un fiel bien amer ? vous ne voulez pas que je l'expie? La flatterie coulait doucement de vos oreilles dans votre esprit et vous chatouillait agréablement; vous aimiez à être loué, honoré, rehaussé, à être remarqué et exalté ; c'était doux pour vous, bien amer pour moi. J'ai goûté un peu de miel et je meurs (2).

C'est ainsi que vous aimez, Seigneur, et c'est ainsi que je paie votre amour; moi qui ai contribué à toutes les douleurs, à tous les tourments que vous avez endurés dans votre passion, et qui en ai été la cause en grande partie, je n'ai pas eu soin d'adoucir votre affliction et de mêler mes larmes aux vôtres. Je ferai cependant ce que je pourrai, et j'humilierai mon esprit orgueilleux jusqu'au centre de la terre.

(l)Luc9. — (2)1 Rois 14. 15.

3° Et, crachant sur lui, ils lui donnaient des soufflets (i), comme si le Sauveur se fût vanté en blasphémant, et qu'il eût blasphémé en se vantant; on le frappe rudement sur la bouche, on la lui couvre de soufflets et de crachats, on lui ébranle les dents. Ne comprenez-vous pas encore pour quelle espèce de péché ce supplice a été infligé à votre Sauveur? Vous qui parlez et qui pensez si bien de vous, vous savez si bien rappeler vos mérites, vous avez Fart d'insinuer si adroitement que vousavez reçu certains dons de la nature, vous vous louez avec tant de délicatesse, et comme vous êtes dépourvu de vertus, vous vantez même vos vices et vos péchés; on aurait dû vous couvrir la bouche de crachats et de soufflets, afin de vous empêcher de vous louer sottement de votre propre bouche.

Seigneur, mettez une garde à ma bouche, et autour de mes lèvres une porte qui en défende Centrée (2) ; que ma bouche ne publie point mes louanges. A vous seul honneur et gloire dans les siècles des siècles.

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