‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 145 sur 212 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

290 ÏV. MKRCREDi DE CARÊME.

présente ses épaules pour recevoir ies coups. A quoi ne pousse pas l'amour? Vous ne fuyez pas plus ardemment les supplices que Jésus ne les recherche ; vous n'aimezpas Jésus-Christ, car vous ne fuiriez pas si vous aimiez.

2° Cependant autre chose est de désirer, autre chose de supporter. La charité qui donnait au Sauveur le désir de souffrir le soutint avec joie au moment du supplice ; son visage était serein, ses lèvres tranquilles, son regard calme ; vous n'entendez ni cri ni gémissement, mais seulement le bruit des coups ; vous le prendriez pour un rocher immobile ; on ne voit aucune contraction dans sa pose, point de membres hors de leur position naturelle aucun signe d'indignation sur le front.

Jésus , l'époux de mon âme, le véritable époux du sang, mon bien-aimê, blanc et coloré de rouge (1) ; y ei a-t-il un plus aimable et plus aimant? Jésus, infiniment aimable et infiniment aimant, votre amour est fort comme la mort. En donnant toute votre substance par excès d'amour, vous regardez ce sacrifice comme rien (2). La charité supporte tout, elle cherche les choses difficiles, elle opère de grandes œuvres.: tel n'est pas mon amour, il ne cherche pas de grandes choses, c'est à peine s'il peut supporter les plus légères. Enflammez mon cœur , ù mon Dieu, du feu de votre amour ; consumez-le par le feu du Saint-Esprit, qui s'est reposé sur vous sans mesure Si l'amour ne peut m'émouvoir, qu'au moins la honte m'excite, qu'elle stimule mon âme, qu'elle la brûle, qu'elle 'enflamme, afin que je n'abandonne pas vos traces, qui sont marquées par l'abondance de votre sang répandu.

3° L'amour est volage comme la flamme qui est agitée par le vent et qui s'éteint ; l'amour de Jésus persévère jusqu'à la fin. Il pouvait se plaindre, supplier, chercher à attendrir par ses larmes, lui qui avait pleuré sur )u ville de Jérusalem ; il pouvait s'appuyer sur la loi et l'op-

I Exod. 1 etCant. 5. - (2) Cant. 8.

JÉSUS EST COURONNÉ d'éPINES. 291

poser à ses bourreaux ; il se tait. Les bourreaux frappent sur ses membres avec un bruit horrible, ils prolongent les coups afin de les rendre plus durs et plus sensibles, ils ne les comptent pas, ils ne cessent de frapper, et il se tait. Les forces manqueront plutôt à lui et à ses bourreaux que le courage et l'amour de Jésus ne feront défaut. « Les « eaux les plus abondantes ne pourront éteindre la cha- « rite, et les fleuves de sang qui coulent ne pourront a l'étouffer (1). »

La charité est patiente, et l'amour surmonte tout ; mais c'est l'amour de Jésus et non le vôtre qui est facilement vaincu et abattu par une tribulation d'un moment ; on le voit se dissoudre et se dissiper. 0 charité infinie! ô charité immense! Fasse le ciel que vous me preniez dans votre sein, que vous embrasiez mon cœur et mon âme de vos flammes divines ! Puissiez-vous me lier et m'unir inséparablement avec Jésus à la même colonne, et me faire participer à ses douleurs et à ses mérites !

Jésus est couronné d'épines.

« Les soldats du gouverneur prirent Jésus, et l'ayant « mené dans le prétoire, ils réunirent autour de lui toute « la cohorte (2). » La luxure flagella Jésus, l'orgueil le couronna. Lesfi lies de ce vice sont le luxe qui s'applique à orner le corps, l'ambition qui porte la tête haute, la vaine gloire qui recherche les louanges : le luxe revêtit Jésus de la pourpre, l'ambition le couronna d'épines, la vaine gloire le tourna en dérision; ou autrement : Jésus, à cause de notre vanité, est revêtu de pourpre; à cause de notre ambition, il est couronné d'épines ; à cause de notre vaine gloire, il est tourné en dérision.

(1) Cant. 8. -(2) Matth. 27.

ïer Point. — Après lui avoir ôtê ses habits, ils le couvrirent d'un manteau d'écarlate. L'âme superbe ne peut supporter l'humiliation de la chair, elle voile sa corruption avec beaucoup d'art, elle cache sa honte et son ignominie sous l'appareil splendide des vêtements. Jésus s'oppose à ce vice, il lui oppose sa nudité et son manteau en lambeaux.

1° A peine la flagellation finie, il est revêtu de sa robe sur sa chair déchirée, et on l'emmène dans le prétoire avec de grands éclats de rire pour -faire de lui le sujet d'un spectacle inouï et lamentable. On convoque toute la cohorte, et lui arrachant sa robe déjà collée sur ses plaies par le sang inhérent aux blessures, on arrachr ainsi toute la chair qui avait été déchirée par les coup-, et on montre à tous les regards ce corps ensanglanté. Aucune pudeur ne les arrête, aucune pitié ne les touche sa patience ne les adoucit point.

Qu'est-ce à dire? Jésus paie pour ce monde efféminé, il le méprise et le foule à ses pieds ; au lieu d'un habit bien fait, son sang couvre ses membres : au lieu de cheveux frisés avec symétrie, ses cheveux sont épars et sans ordre ; au lieu de poudre, ce sont des souillures et des taches ; au lieu de peigne et dornement, c'est une tête rendue chauve au sommet ; au lieu d'un regard hautain. ses yeux sont baissés ; au lieu d'un visage éclatant, ce sont des joues et des mains souillées. Celui qui est le plus beau des enfants des hommes n'a plus ni forme ni beauté: au lieu d'une tête fièrement rehaussée, la sienne est penchée et languissante ; au lieu d'un large cordon ou d'une chaîne d'or, on voit imprimée sur sa chair la place des chaînes. L'ignominie de Jésus serait-elle capable de vous déplaire? Vous ne verrez pas sa gloire.

2° On lui mit un manteau d'écarlate. Tels sont les insigne? de votre Roi : de la pourpre, afin que vous sachiez qu'il est roi, mais déchirée de vétusté et entièrement usée, afin que vous compreniez son amour pour la pauvreté et l'humilité. Jésus est tourné en ridicule sous ce vêtement.

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