‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 148 sur 212 · JÉSUS EST MONTRÉ AL PEUPLE · texte numérisé non relu

JÉSUS EST MONTRÉ AL PEUPLE

et le monde, ou qui prétend les servir tous deux ! Personne ne l'expose à plus de dangers et ne la perd plus indignement.

1° Personne ne l'expose à un plus grand danger. D'abord on présente la cause de Jésus-Christ à Anne etàCaïphe ; là elle est exposée au plus grand danger, parce que ce sont des ennemis déclarés et des juges corrompus par l'envie, mais la crainte et l'infamie de la condamnation les retient. Alors il est conduit à Pilate, homme païen ; là cette même cause est exposée à un nouveau danger, mais la raison et l'équité l'emportent. 11 est renvoyé àHérode ; ici encore il est fort exposé, car ce roi est impie et sans religion, mais une certaine compassion le tient en suspens. Enfin Pilate défère l'accusation au peuple, dans l'intention de le calmer et par la crainte de lui déplaire : « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le selon votre loi ; le- « quel voulez-vous que je délivre ? Je vous l'amène de- « hors, afin que vous preniez connaissance. » Il ne reste plus d'espérance ; le monde hait Jésus-Christ, et Jésus- Christ hait le monde ; il n'y a plus non seulement passion, comme vers le pontife; non seulement infidélité, comme chez le gouverneur; non seulement impiété et irréligion, comme vers le roi ; mais ici les monstres de tous les vices dominent ; ici la multitude ose tout ce qu'elle peut, elle peut tout ce qu'elle ose. Lorsque l'iniquité l'emporte sur la justice, l'erreur détruit la vérité, l'audace écrase la crainte, l'impudence refoule la honte. Lorsque la raison ne gouverne pas, ni la crainte de Dieu ou des hommes, ni la pitié ou la tendresse ne peuvent émouvoir.

Pourquoi hésitez-vous entre deux partis ? Si Jésus-Christ est votre Dieu et votre Seigneur, suivez-le ) si c'est le raonde^ écoutez-le ; vous ne pouvez plaire à deux maîtres ni les servir, lorsque leurs projets, leurs croyances, leurs desseins, leurs actions et leurs intérêts, non seulement sont différents, mais tout à fait opposés ; celui qui veut plaire à tous deux déplaît à tous les deux. Personne ainsi

n'expose la cause de Jésus-Christ à un plus grand danger, rien ne la détruit plus injurieuseraent.

2° En effet, Jésus-Christ n'eût pas tant souffert si Pilate eût pris ouvertement le parti du peuple contre luimême ; car il ne diminua pas ainsi ses maux et ses peines, mais il les aggrava et dépassa le vœu de ses ennemis. Par ordre du gouverneur, Jésus est conduit à Hérode à travers les places publiques ; on le fatigue, on le raille, il est rassasié d'opprobres, on le compare à Barrabas; et si le gouverneur n'ordonne pas, du moins il consent et approuve que, contrairement aux prescriptions de la loi, on le frappe de verges, qu'on le déchire de coups. Contrairement à la loi, Jésus est livré aux insultes et à l'insolence des soldats ; on perce sa tête d'épines, il devient l'objet d'une horrible raillerie, on le met dans un état affreux; enfin on l'expose aux moqueries insultantes d'un peuple insensé, on le présente comme un trophée aux pharisiens, comme un lugubre spectacle à ses disciples et a ses amis, comme un supplice épouvantable aux yeux de sa Mère. Pour cela on a soin de le placer dans un lieu élevé pour le faire voir. Pilate agit ainsi ou le permit pour calmer ou émouvoir de compassion un peuple féroce et barbare ; il ne l'eût pas fait s'il n'eût craint le monde, s'il n'eût voulu lui plaire, et s'il n'eût pour cela éloigné toute ombre de vertu et de justice.

Vous ne servez point la cause de Jésus-Christ, vous la désertez et vous la perdez, si, partagé entre Dieu et le monde, vous ne renoncez ni à l'un ni à l'autre, et que vous vouliez plaire à tous deux et les conserver tous deux. II n'y a rien de pire qu'un chrétien qui se dit à Jésus- Christ et qui montre qu'il est au monde, qui ne sait détendre la cause de Dieu qu'en parole et non en action. Seigneur, faites miséricorde à votre serviteur, et enseignez-moi votre volonté ; je suis votre serviteur et le fils de votre servante. Je rendrai mes vœux au Seigneur en présence de tout le peuple, je ne craindrai rien.

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il8 Point. — Jésus sortit donc, portant une couronne d'épines et un manteau de pourpre, et Pilate leur dit : Voilà l'homme. Jésus ne fait point de difficulté; il se montre à ses ennemis d'un air plein de bonté, non pour demander la vie, mais pour la leur donner. Il se montre aux pécheurs afin qu'ils se repentent et qu'en le voyant ils obtiennent le salut. Vous aussi, pécheur, regardez la face de Jésus-Christ : Voilà l'homme, votre rédempteur et le prix de votre âme, celui que vous devez aimer ; voilà l'homme, votre protecteur et votre refuge, en qui vous devez espérer ; voilà l'homme, votre précurseur et votre modèle, auquel vous devez vous conformer.

1° Voilà l'homme, votre rédempteur et votre rançon, Le frère ne rachète pas, l'homme rachètera (1) ; cet homme rachètera à un prix qu'une mère ou un frère ne voudrait pas donner. Comptez les blessures et les plaies : autant vous en avez dans votre âme, autant il en a de graves sur le corps; c'est votre iniquité qui a fait tout cela, c'est Jésus qui le souffre ; c'est son amour qui l'a mis dans cet état, c'est son amour pour vous qui Ta ainsi traité. Considérez cette figure enflée par les soufflets, salie par les crachats, ces épaules livides de coups, cette poitrine déchirée, ce corps tout percé, qui ne forme qu'une plaie, et tout couvert de sang. Cela est suffisant pour satisfaire à la justice divine, mais cela ne suffit pas pour l'amour de Jésus ; il paraît devant vous, et sur le point de mourir pour vous, il vous dit adieu, il vous demande un dernier baiser en signe d'un amour éternel. Approchez, tenez-le, étreignez-le ; vous l'avez gravement olfensé, mais il vous pardonne et vous aime atin que vous l'aimiez ; il ne vous demande que cela en vous quittant, il ne vous recommande que cela, il vous prie de n'oublier jamais ni lui ni vous.

Et mon cœur n'«es4 pas brisé do compassion, ô mon

(i) Ps. 43.

Dieu, il n'est pas brûlé et consumé par l'ardeur d'une telle charité ! Pourquoi m'épargnez-vous quand vous ne vous épargnez pas ? Qui me donnera de mourir pour vous , sinon sans vous, du moins avec vous ? Plût à Dieu que la mort unit les corps comme l'amour unit les âmes I car, je l'ai promis, je l'ai juré, aucune créature ne me séparera de vous. 0 excellent ami, ma douce consolation, la lumière de mes yeux , pourquoi me quittez-vous? pourquoi ne me conduisez-vous pas à votre suite?

2° Voilà l'homme, votre protecteur et votre refuge. Le paralytique demeurait dans son infirmité parce qu'il n'avait pas un homme, voilà l'homme. « Son visage est a comme caché, couvert de mépris ; il a vraiment porté a nos infirmités et nos langueurs (1).» C'est lui qui guérit votre âme et toutes vos infirmités. « L'épouse demeurera a cachée et en sûreté dans les trous du rocher, dans les <( fentes du mur (-2). Voici la fontaine ouverte à la maison k de David et aux habitants de Jérusalem pour la rémis- (( sion des péchés (3). » C'est la source de la vie et de la grâce. « Je vous louerai, Seigneur, parce que vous avez c. été irrité contre moi ; votre fureur s'est calmée, et vous i m'avez consolé. Voici Dieu mon Sauveur, j'agirai avec .-. confiance, et je ne craindrai pas, parce que vous êtes « ma force et ma gloire. Le Seigneur s'est fait mon salut; « je puiserai avec joie les eaux aux fontaines du Sauu veur (-4), » où sont cachés tous les trésors de la divine miséricorde.

Approchez avec confiance, et prenez garde qu'on ne dise pas de vous un jour : Voici l'homme qui n'a pas mis en Dieu son espérance. Voyez quelle est la force de Jésus , elle n'a pas succombé sous le poids si énorme de vos péchés : voyez sa bonté et sa miséricorde, qui fait découler la grâce et le pardon de ses graves et profondes blessures.

3° Voilà l'homme, votre précurseur et votre modèle, à la

(1) Isaïe 55. — (2) Cont. 2. — (5) Zach. 13. — (4) haie i.

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