‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 182 sur 212 · MERCREDI SAISI · texte numérisé non relu

MERCREDI SAISI

des gouttes de sang qui coulaient sur tout son corps jusqu'à terre.

Vous le comprendrez, en second lieu, si vous considérez qu'étant né d'une Vierge, il reçut une chair virginale et des membres d'une extrême délicatesse : l'Esprit saint les avait formés, comme un habile ouvrier , chacun dans toute leur perfection ; ils ne l'emportaient pas seulement en beauté sur tous ceux des enfants des hommes, mais ils étaient aptes à recevoir avec une grande facilité et trèsvivement toutes les sensations. Combien donc fut pénible dans ce tendre corps le sentiment delà douleur !

Vous le comprendrez, en troisième lieu, si vous examinez la grandeur, la variété, la multitude des tourments. On se jette sur lui avec des épées et des bâtons, on le lie et on le traîne avec des chaînes et des cordes, on le pousse, on le jette à terre, on le frappe avec les mains , avec les pieds, avec des verges et des fouets de la plante des pieds .tu sommet de la tète ; il n'y a pas en lui un endroit qui soit sain , partout blessure, tumeur, plaie enflée. Ses yeux furent troublés par la fureur de ses ennemis, sa vue en fut obscurcie: ses oreilles retentissaient des rugissements des lions, elles frémissaient des reproches, des calomnies, des blasphèmes et des opprobres ; son cœur tremblait en présence de tant de paroles impies : son visage était bouffi par les pleurs ; ses dents ébranlées s'entrechoquaient; les soufflets avaient rendu son visage livide et tout couvert de sang. Sa tête fut percée d'épines, son front tout hérissé de pointes, son corps tout déchiré de coups; il n'est plus qu'une plaie immense et couverte de sang. Un poids énorme pèse sur ses épaules et fait fléchir ses genoux : ses mains et ses pieds sont percés; tout son corps, suspendu à trois clous, se déchire par son propre poids ; le côté ouvert par la lance épuise le reste du sang.

Vous le comprendrez, en quatrième lieu, d'après la durée du supplice. Pendant une nuit tout entière et un jour presque entier aussi, les membres du Sauveur, dé-

voués aux flammes de toutes les tribulations pour expier nos crimes, sont consumés comme dans un fourneau, à petit feu ; ses os n'ont point de repos, point de paix ; chaque instant ajoute une plaie nouvelle sur celle qui existe déjà. 0 longue nuit qu'éclairera un jour affreux! ô long jour qu'une nuit lamentable couvrira enfin de ses ombres !

Puisque Jésus-Christ fut livré à lui-même, sans secours, entre les mains des pécheurs, vous en conclurez qu'il .souffrit toute l'amertume de ses douleurs sans aucun adoucissement ; il attendit quelqu'un qui le consolât, et il ne trouva personne, quelqu'un qui s'attristât, et il n'y en eut pas. L'un de ses disciples le trahit, l'autre le renia, tous les autres s'enfuirent. Et plût au ciel que sa Mère affligée s'en allât aussi, et que sa douleur n'augmentât pas celle de son Fils ! Il élève vers le ciel ses mains suppliantes , et celui qui ouvre à tous les trésors de sa miséricorde les lui refuse ; le ciel devient pour lui plus impénétrable que l'airain. L'innocent par excellence demande, il pleure ; lui qui est le Fils unique du Père des miséricordes , lui par qui tous obtiennent, il n'obtient rien. Un ange descend, mais pour lui présenter le calice qu'il voudrait voir s'éloigner ; il le fortifie, mais afin qu'il puisse supporter de plus grands tourments. Jésus se l'ait ainsi malédiction pour nous ; c'est pour nous qu'il éprouve en quelque sorte la sévérité de la réprobation. Il est facile de comprendre ce qu'il éprouva, puisque, préparé à tous les maux, il garda le silence ; il ne se plaignit que d'une chose, et le dit à haute voix : Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné?

0 bon Jésus, mon Dieu et mon amour, « votre douleur « est grande comme la mer ; qui soulagera vos maux (i)? « Vos plaies n'ont point reçu d'appareil, on n'y a appli- « que aucun médicament, on n'y a point fait d'applica-

(i)Thren.2.

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