‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 186 sur 212 · VENDREDI SAINT · texte numérisé non relu

VENDREDI SAINT

Cependant l'amour du père est bien plus grand encore. Il veille avec soin surla vie de son fils: lorsqu'il a péri, il devient inconsolable, il voudrait racheter sa vie par sa propre mort. Voilà une bien faible figure du Sauveur. David, en chérissant son fils, chérissait un ennemi. Jésus- Christ ne trouvait rien en vous qui fût digne de son amour: il vous aime cependant, et son amour est plus grand que votre fureur; tous les désirs de votre fureur ne sont point aussi grands que les désirs de son amour : toute votre fureur ne fait pas tant que l'amour n'en fasse davantage.

1° Toute la fureur des impies était impuissante et ne pouvait rien contre Jésus-Christ, si son amour, plus puissant encore, ne l'eût vaincu : il échappa à leurs mains aussi longtemps qu'il le voulut; il pouvait leur échapper encore, puisqu'il prévoyait ce qui devait arriver ; il n'avait pas besoin de fuir, puisqu'il pouvait d'une parole les renverser: mais lui-même les relève, il leur montre sa puissance, et il se livre à leur malice pour être crucifié. Ce ne sont pas des liens étrangers qui le traînent, mais ceux de son amour ; on le traîne cependant comme un agneau plein de douceur qui est conduit au sacrifice. Toute la cruauté des bourreaux ne saurait lui ôter la vie. ear il est maître de la vie. « Personne ne m'enlève la vie. : dit-il, mais je la quitte moi-même : j'ai le pouvoir de la

quitter et celui de la reprendre (1). » Voilà comme il vous a aimé : ce que votre fureur ne pourrait faire, Fainour qu'il a pour vous a pu seul l'exécuter: ainsi la plus cruelle barbarie ne peut concevoir ce que l'amour du Sauveur lui fait désirer.

2° Combien de fois et en quels termes n'a-t-il pas exprimé cet ardent désir de souffrir: « J'ai désiré avec ■ beaucoup d'ardeur de manger cette pâque avec vous : i je dois être baptisé d'un baptême, et combien je suis

m Jean 10.

RÉCAPITLLATIO>- DES MÉDIT VTI0NS PRÉCÉDEMtS. 381

« pressé de le recevoir (4) ! » Montant à Jérusalem, il les précède tous ; comme il traite mal, contrairement à sa coutume, l'apôtre Pierre, qui l'engage à ne pas souffrir sa passion ! Les impies lui firent tout ce qu'ils voulurent (2) . et cependant pas plus qu'il ne voulut; car il y ajouta beaucoup, et il affligea son âme par des peines volontaires. Celui qui, à cause de son innocence, ne pouvait éprouver aucun trouble, voulut être troublé par la tristesse, la frayeur et l'ennui; celui qui, à cause de sa dignité, jouissait des joies du ciel, empêcha que l'influence de la béatitude céleste ne se fit sentir à la partie sensitive, afin d'éprouver toutes les pointes de la douleur ; celui qui adoucit ordinairement les tourments des martyrs n'adoucit point les siens. Sur le point d'expirer, il s'écrie : J'ai soif! Il avait soif de tourments, il avait soif des âmes. Ainsi la fureur ne peut jamais désirer faire tant de mal, que l'amour ne désire en souffrir davantage, et la fureur ne fait pas tant, que l'amour n'en rende plus encore.

3° Les pécheurs, en effet, enlèvent à Jésus-Christ une vie courte et temporelle ; ils lui font souffrir une mort et un tourment temporel ; mais lui délivre les pécheurs des supplices de la mort éternelle, et leur rend l'héritage céleste et la vie éternelle qu'il leur laisse dans son Testament. C'est pour cela qu'il prie son Père au moment de mourir, et excuse, autant qu'il peut, leur crime énorme, l'horrible déicide : Mon Père, pardonnez-leur, dit-il, il ne savent ce quils font (3). Que n'excuse point l'amour?

L'amour de Jésus surmonte tout, et il est lui-même digne d'être aimé. Vous avez blessé mon cœur, Seigneur, et mon âme s'est épanchée comme de l'eau ; car il n'y a point de poitrine si dure qui ne soit amollie par l'ardeur d'une si grande charité. Votre bonté l'emporte sur toute ma malice, et votre générosité triomphe de toute ma barbarie. Vous triomphez non seulement avec douceur, mais encore avec amour ; car toutes les eaux des tribulations

(1) Luc 22 et 12. — (2) Malth. 17 et 1G. —(5) Luc 25.

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7i ont pu vaincre votre charité, ni les fleuves de sang n'ont pu la modérer : vous avez regardé comme rien de donner votre vie et tout ce qui est à vous pour satisfaire votre charité (i). Aimable Jésus, que vous rendrai-je? Je vous dois tout pour ce que vous avez fait pour moi; que vous rendrai-je pour m'avoir régénéré, et d'une telle manière ? que pourrai-je souffrir pour vous, qui non seulement avez tant souffert pour moi, mais encore par moi? Cependant vous m'aimez, vous surmontez, vous détruisez la haine la plus injuste par l'excès de votre amour.

Voilà ses bras étendus pour me recevoir , voilà son cœur ouvert par la lance pour me former un asile et me cacher dans ses propres entrailles ; le foyer de son amour est ouvert par la blessure faite au corps, afin que la flamme de son amour trouve une issue. N'aimerai-je pas un ami qui a tant aimé son ennemi? Que celui qui n aime pas notre Seigneur Jésus-Christ soit anathème. Mon amour a été crucitlé. A Dieu ne plaise que je me glorifie en quoi que ce soit, .<inon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ par laquelle le monde m est crucifié et je suis crucifié au monde (2) ! Jésus qui nous avez tant aimés, auteur de ma vie, zélateur de mon àme, si je vous oublie, que j'oublie ma main droite; que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens de vous et si vous n'êtes le principe de toutes mes joies. Vivre sans vous, c'est mourir; et mourir pour vous, c'est vivre. Jésus, bon Pasteur, ma force et mon refuge, la lumière de mes yeux, mes délices et mon espérance pour l'éternité, qui me donnera de mourir pour vous, de vivre en vous, de vous voir éternellement, de vous posséder et de vous aimer?

A l'adoration de la croix.

Je vous adore et je vous bénis, ô Jésus ; que toute la terre vous adore et chante vos louanges; qu'elle chante la

(i) Cant. 8. — (2) I Cor. 15 et Gai, 60.

SLR LA DESCENTE DE J.-C. AUX LIXBES- 383

gloire de votre nom, parce que, par votre croix, vous avez racheté le monde. Seigneur Jésus, par la blessure de votre pied droit, je vous demande de me conduire par le chemin de la croix. Seigneur, par celle de votre pied gauche, je vous prie de me diriger dans la voie du salut. Seigneur Jésus, par la plaie de votre main droite, je vous prie de me prendre, de m'affermir jusqu'à la fin et de me sauver. Par la blessure de votre main gauche, je vous demande, lorsque vous viendrez juger l'univers, de ne pas me placer à votre gauche et de ne pas me rejeter de votre présence. Seigneur Jésus-Christ, par la plaie de votre côté et de votre cœur, je vous demande que mon dernier soupir soit un acte d'amour, et ma dernière parole la prononciation de votre saint nom.

Nous vous en prions. Seigneur, jetez un regard sur votre famille, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ n'a pas craint de se livrer aux mains des coupables et de souffrir le tourment de la croix.

SAMEDI SâLYT.

* Sur la descente de Jésus-Christ aux limbes.

Adorez l'âme de Jésus au moment où, quittant son corps, elle se rend dans le lieu qui renfermait les âmes des justes. Admirez la tendresse du Sauveur, à peine at-il rendu le dernier soupir qu'il se hâte d'aller consoler les âmes qui gémissaient en attendant leur délivrance; car le ciel était fermé depuis le péché d'Adam, il ne devait s'ouvrir qu'en présence de Jésus-Christ vainqueur de l'enfer au jour de son ascension glorieuse. Jésus, parvenu au terme de ses travaux, va donc consoler ses amis qui soupirent et leur annoncer que bientôt le ciel s'ouvrira. Jésus visite ainsi les lieux inférieurs, selon le langage de l'Ecriture ; il entre dans les limbes ; il se rend même dans le purgatoire, mais non dans l'enfer.

o8i SÀÏLDI SA1M.

Ier Point. — Jésus s'est nommé le bon Pasteur; il en fait les fonctions non seulement pendant sa vie mortelle, en parcourant les villes eLles bourgades delà Judée, afin de rassembler son troupeau comme la poule réunit ses poussins sous ses ailes; il n'oublie pas à sa mort qu'il a des brebis qui l'attendent, il va les voir, il les console, il les remplit d'espérance.

i° Dans les limbes se trouvait le juste Abel, qui avait reçu la mort delà main de son propre frère en haine de sa vertu. Quatre mille ans s'étaient écoulés depuis qu'il avait quitté la terre. Là étaient les saints patriarches Abraham, ïsaac et Jacob, ces hommes de foi et d'espérance qui avaient tant désiré de voir Jésus-Christ, le Messie promis; là, Job qui, voyant son corps tomber en pourriture, palpait son bras amaigri par la souffrance et s'écriait, plein de confiance en son Dieu : « Je sais que « mon Sauveur est vivant, que je ressusciterai dans cette a même chair, et que je serai de nouveau enveloppé de a ma peau ; » là, le grand législateur du peuple de Dieu, qui avait annoncé à toute la nation qu'il y aurait après lui un nouveau législateur et un guide envoyé de Dieu ; là, David, le saint roi, qui avait par anticipation publié dans ses psaumes la vie et la mort du Rédempteur, et qui avait demandé avec tant d'ardeur la grâce de puiser dans la fontaine de Siloê, dans la source même du Sauveur; là enfin, un nombre infini d'àmes justes qui avaient servi Dieu dans l'espoir que leur confiance ne serait pas vaine et qu'elles auraient part aux mérites de Jésus. Quel moment heureux pour toutes ces saintes âmes !

2° « Piéjouissez-vous, vous qui fûtes longtemps dans la a tristesse ; tressaillez d'allégresse à la vue des consola- « tions abondantes de votre cœur. » Voici le Messie, l'Agneau immolé qui paraît tout inondé de son propre sang ; ses vêtements sont semblables à ceux d'un homme qui s'est rougi en pressant la vendange; il est comme un lion fatigué par le combat livré à sa proie : le combat a été

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