MOYENS DE VAINCRE NOS TASSIONS
rement le repos de votre âme, et éloignez promptement ce désordre dans son principe autant que possible. Lorsque les vents sont sans mouvementées flots sont calmes, et les fleuves tarissent lorsque les sources se dessèchent. Les causes de la passion sont quelquefois extérieures, d'autres fois intérieures. Enlevez la cause et vous détruisez la passion.
1° Quelqu'un ou quelque chose vous agace et vous provoque grossièrement ; vous serez en sûreté si vous évitez sa présence. Un vêtement élégant et bien ajusté vous enfle l'esprit ; un vêtement plus humble et plus modeste détruira cette vaine enflure. Une nourriture ou une boisson abondante, un tableau, un livre, la société et la familiarité des femmes excitent en vous la passion impure ; abstenez-vous-en. Le jeu vous conduit à la colère et à la fureur ; éloignez les cartes et les jeux de hasard. Un ami vous attire à lui ; fuyez. Votre état et votre emploi excitent votre dépit et causent de grands troubles dans votre âme ; abandonnez-les si vous le pouvez, une grande tranquillité succédera à la tempête.
Vous vous plaignez de la nature et de la grâce parce que vous ne pouvez dompter ni réprimer votre passion, vous ne faites rien pour l'étouffer, et vous faites tout pour lui donner plus de puissance.
2° Il y a aussi une cause de passion qui est intérieure, c'est un caractère difficile ou une affection mauvaise, ou enfin une certaine inclination, une humeur ardente qui brûle et qui dévore intérieurement ; c'est une bile noire que des bagatelles suffisent à émouvoir et qui vous rend incapable de vous posséder. Soyez flegmatique , calmez cette bile, mêlez beaucoup d'eau à votre vin, et domptez-vous. Quelque chose d'insignifiant, tel qu'un oiseau ou un chien, suffit pour occuper votre esprit, qui est agité tour à tour par la compassion, la tristesse, l'ennui, la crainte et la colère : quittez ces affections si sensibles. Gain fut enflammé d'une haine féroce contre son
38 VI. SAMEDI APRÈS l'ÉPIPHAME.
frère, Saùl contre David, Aman contre Mardochée, Hérode contre Jésus-Christ. Une autre passion fut la cause de cette passion, il fallait la détruire pour pouvoir détruire la haine.
Examinez ce qu'il y a de caché dans votre coeur, ce qui vous plaît en cet instant, ce qui vous déplaît dans un autre, afin de découvrir ainsi la source et l'origine de cette passion qui agite votre âme. Enlevez la cause si vous le pouvez, c'est la première chose qu'il faut faire ; si vous ne le pouvez, réprimez l'émotion et l'ardeur de votre esprit, c'est le second moyen.
IIe Point. — Celui qui domine sur son esprit remporte sur celui qui prend les villes d'assaut (1). Celui qui sait maîtriser son esprit est supérieur à toutes les choses créées 5 ni la bonne ou mauvaise fortune, ni la malice des hommes ne sont capables de l'abattre. Il y en a qui semblent avoir dompté leurs passions tant qu'ils peuvent fuir ou que le démon ne les attaque pas ; mais une occasion imprévue et inévitable les montre tels qu'ils sont. Nous ne pouvons pas toujours vaincre par la fuite. Il est plus sûr d'éviter le combat quand on le peut, mais il est plus parfait de se tenir ferme et à front découvert devant l'ennemi (j'en excepte le vice- impur) ; souvent cela est même nécessaire, car sans combat on ne peut vaincre une passion : elle ne meurt pas. Apprenons à battre cet ennemi lorsqu'il s'insurge, à le dompter lorqu'il résiste, à le forcer et à le saisir quand il fuit.
1° Fatigué par une injure que vous ne pouviez pas prévoir, votre esprit est subitement ému, agité par les flots de la colère, il se trouve bouleversé et troublé, comme un tourbillon d'écume, par le désir de la vengeance ; si vous fuyez, vous évitez l'assaut de la passion, mais vous ne la battez pas, vous ne la mettez pas en fuite. Je ne dis pas cependant qu'il faille mépriser cette victoire, elle mérite plutôt d'être louée.
(1) Prov. 16.